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    Pour l’avenir libano-syrien

    Les grandes lignes d’une feuille de route portant sur les conditions de l’établissement de relations saines entre le Liban et la Syrie ont été définies par une centaine d’intellectuels libanais et syriens qui ont signé un document ayant pour titre « Pour l’avenir libano-syrien ». Le secrétaire général du Renouveau Démocratique (RD) Antoine Haddad, les membres du comité exécutif Hares Sleiman, Malek Mrowa et Ayman Mhanna, ainsi que Mona Fayad et Bernard Khoury (également membres du RD) ont cosigné le document.

    « L’intifada syrienne, qui fait planer l’espoir en des jours meilleurs, pèse de tout son poids, du fait des interrogations et des préoccupations qu’elle soulève, sur les relations libano-syriennes et sur la vision à laquelle nous aspirons tous. Nous devons rendre hommage à cette intifada du fait des sacrifices consentis, et nous devons lui assurer tout le soutien requis, d’autant qu’elle porte en elle l’espoir en une nouvelle phase marquée par la liberté et la dignité humaine qui se substitueraient à l’oppression. Cette phase nouvelle devrait nous permettre de plancher sur les dossiers de nos relations en tant qu’individus et groupements libres. Il apparaît évident que cette question, qui a été traitée, en d’autres circonstances, dans la déclaration Beyrouth-Damas, Damas-Beyrouth, est d’autant plus vitale qu’il existe une interaction entre les affaires, l’histoire et les intérêts des deux pays. »

    « Le problème dépasse la solidarité entre les peuples libanais et syrien. À l’évidence, il ne s’agit pas de faire prévaloir un point de vue libanais sur un autre. La question se rapporte, d’un point de vue libanais, à la vision profonde et à long terme que la révolution syrienne pose aux Libanais qui désirent bâtir un avenir meilleur et plus libre. D’un point de vue syrien, la question se rapporte à la vision que la Syrie a d’elle-même et de son avenir. Il suffit dans ce cadre de rappeler que les deux pays ont été gouvernés pendant trois décennies par un même régime : en Syrie, ce régime gouvernait directement, et au Liban, il se manifestait par alternance en sous-traitant le système confessionnel et en exploitant ses revenus.

    L’objectif que nous nous sommes fixé nous pousse à poser les grandes lignes de relations positives et saines entre nos deux pays :

    – La révolution syrienne est une révolution nationale, axée dans une large mesure sur l’entité syrienne et sur le contexte social et politique interne, intervenant après une longue exploitation des conditions internes et externes de la stabilité du pouvoir en place. Cela n’implique pas que la Syrie devrait s’isoler de l’environnement arabe et machreki, mais qu’une nouvelle approche du patriotisme syrien devrait poindre à l’horizon dans un proche avenir, ce qui aurait un impact sur le Liban et sur la Syrie. Du fait que la Syrie sera occupée à remettre sur pied ce que le régime actuel a détruit, et ce qu’il pourrait détruire jusqu’à ce qu’il s’effondre, nous assisterons à une physionomie machrekie différente et à un certain vide au Liban, lequel était comblé d’une façon ou d’une autre par une présence syrienne. Cela sans prendre en considération l’éventualité la plus douloureuse et la plus dangereuse, en l’occurrence l’apparition sur la scène syrienne de conflits internes et d’ingérences régionales et internationales, ce qui ne pourrait qu’avoir un fort impact sur le Liban.
    De ce fait, nous nous engageons à suivre de près la situation syrienne et à nous tenir aux côtés des Syriens dans leur lutte pour une Syrie démocratique et indépendante. En résumé, en soutenant la lutte des Syriens pour la liberté, nous appuyons aussi dans le même temps un Liban indépendant et uni.

    – La Syrie de demain, issue de l’intifada du peuple syrien, ne perçoit pas le Liban comme une partie qui lui a été arrachée, ou comme un ventre mou, ni comme une carte exploitée dans les conflits régionaux et internationaux, ou aussi comme une entité soumise à la tutelle et forcée à faire preuve de suivisme. De même, le Liban de demain auquel nous aspirons ne perçoit pas la Syrie dans un esprit condescendant ou raciste, ni avec un sentiment d’agressivité et de peur.

    – Les véritables relations privilégiées entre le Liban et la Syrie doivent être des relations naturelles, d’égal à égal, et équitables entre deux États qui vivent dans un espace culturel commun, à l’ombre d’une activité économique fondée sur des liens solides et entretenant des rapports basés sur des liens sociaux profonds. Le régime de la tutelle qui a imposé la dictature à la Syrie et son hégémonie sur le Liban a porté un grave préjudice à ces liens.

    – La reconnaissance définitive de l’indépendance du Liban par la Syrie et l’établissement de relations diplomatiques ont été arrachés au régime baassiste contre son gré. Mais nous estimons que la confirmation de cette reconnaissance sera le fruit d’une conviction totale de la part du peuple syrien sur ce plan. Afin de dissiper tout malentendu à cet égard, la mission commune des deux États devra être de délimiter définitivement les frontières, sous l’impulsion d’une volonté conjointe, afin d’éliminer toute équivoque concernant ces frontières. Une délimitation claire des frontières est susceptible d’assurer une ouverture mutuelle entre les deux parties, dans une atmosphère saine, de manière à éliminer toute réserve possible.
    Des relations politiques et économiques entre une Syrie et un Liban démocratiques ne seront pas faciles à établir en raison de la disparité dans l’évolution des deux pays. Il reste que ces relations seront régies par une approche rationnelle, de la même manière que les problèmes sont réglés entre pays démocratiques. La source de la tension chronique entre le Liban et la Syrie était la différence entre leurs systèmes politiques et la grande divergence dans leur conception du monde.

    – L’édification d’un État national, régi par un système démocratique, soumis au règne de la loi, et au sein duquel les libertés publiques et individuelles ainsi les droits de l’homme seraient préservés, constitue une aspiration syro-libanaise commune. La question qui se pose en Syrie est de savoir comment se débarrasser de l’oppression sans verser dans le confessionnalisme, alors qu’au Liban, la question qui se pose est de savoir comment se débarrasser du confessionnalisme sans verser dans l’oppression. Dans les deux cas, il s’agit de savoir comment édifier un État démocratique développé. Naturellement, il est difficile de concevoir une démocratie sans libertés d’expression et d’information. Nous sommes soucieux de renforcer et de développer ces libertés dans les deux pays, loin de toute intimidation ou tout chantage.

    – La réalisation des aspirations du peuple syrien au changement et à l’édification d’un État fondé sur la liberté et la justice, de même que la réalisation des aspirations du peuple libanais à l’édification d’un État souverain et indépendant constituent l’espoir en l’émergence d’un Machreq arabe au sein duquel se développerait la citoyenneté, de sorte qu’aucune communauté ne serait prépondérante, aucune minorité ne subirait d’injustice, aucun groupe ethnique ne serait opprimé et aucune collectivité nationale ne serait victime de discrimination. Un tel Machreq, riche par son pluralisme, ses cultures, son potentiel, est seul capable d’aller à la rencontre du monde et de répondre aux défis de la mondialisation, pour s’intégrer ainsi dans la modernité et réaliser le développement, la prospérité et la paix.

    – À notre sens, la Syrie démocratique et le Liban libre constituent le soutien naturel aux aspirations du peuple palestinien à l’édification de son État indépendant avec Jérusalem pour capitale, de même qu’ils représentent un appui pour les causes du droit et de la justice partout dans le monde. La capacité des Libanais et des Syriens à décider de leur sort en toute liberté représenterait un coup sévère porté à la politique expansionniste israélienne, laquelle bénéficie du mutisme international à son égard du fait du pourrissement qui caractérise le monde arabe et de l’absence d’un modèle politique évolué.

    – Les deux pays sont solidaires dans leur revendication respective à récupérer leurs terres occupées par les moyens que les deux peuples jugeront adéquats.

    – L’établissement de relations avancées entre les deux pays, fondées sur la démocratie et les intérêts communs, n’est pas en contradiction avec la franche reconnaissance du droit de chacun des deux pays à opter pour le régime économique que son peuple jugera adéquat. Il reste que nous estimons qu’aussi bien la politique de la porte ouverte sans garde-fous qu’une politique de repli sur soi sans ouvertures ne sauraient être adéquates pour un développement économique durable ou pour une aide aux couches les plus défavorisées de la population.

    – Tout comportement raciste à l’égard d’un ouvrier syrien au Liban constitue un crime envers le Liban et les Libanais avant que d’être un crime envers la Syrie et les Syriens. Un tel comportement devrait être condamné et passible de poursuites judiciaires, de même qu’il devrait être un stimulant pour l’élaboration de lois modernes régissant ce type de rapports. Nous avons la conviction que la Syrie démocratique sera plus soucieuse de la dignité de ses citoyens et de leur protection, sur le double plan interne et externe.

    – Les relations bilatérales ne seront à nouveau chaleureuses que lorsque les Libanais détenus dans les prisons syriennes seront tous libérés. À cette occasion, nous mettons en garde contre certaines positions libanaises extrêmement préjudiciables qui occultent l’intifada syrienne, la considérant comme un événement anodin. Ceux qui ont adopté une telle attitude ont entrepris de livrer des réfugiés syriens aux services du régime syrien, coupables de crimes caractérisés. Ceux qui adoptent cette attitude ont une vision réductrice non seulement à l’égard de l’intifada, mais aussi à l’égard de l’avenir de nos deux pays, considérés uniquement sous l’angle d’un passé désastreux, basé sur les tendances hégémoniques et les sentiments de peur. Sans compter les voix immorales qui ont soutenu, d’une façon ou d’une autre, le régime syrien, sous prétexte qu’elles soutiennent le camp de la résistance et de la moumanaa, ou sous prétexte que l’on craint pour les minorités. Le problème des minorités et de leur avenir dans le Machreq est plus grand que la légèreté manifestée par certains responsables des deux parties en conflit au Liban. Ceux qui prônent une alliance des minorités dans les deux pays ne font que prôner l’hostilité à l’égard de la majorité religieuse dans la région et risquent par le fait même de provoquer une alliance de la majorité, entraînant ainsi des projets d’oppression sectaire.

    « L’intifada syrienne fait l’histoire dans nos deux pays et pour nos deux peuples. Rien ne justifie d’adopter un profil bas en ces moments cruciaux de notre vie. La liberté des Syriens ne règle pas les problèmes des Libanais, mais l’asservissement des Syriens rend les problèmes du Liban plus complexes. »

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