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    Misbah Ahdab : Mikati n’aurait pas dû accepter d’être désigné par le Hezbollah

    Par Jérémie LANCHE – L’Orient Le Jour

    L’ancien député de Tripoli, écarté des listes du Premier ministre Saad Hariri aux législatives de 2009 au profit de Nagib Mikati, revient sur la désignation de celui-ci au poste de Premier ministre et sur les questions qu’elle soulève. Six ans après l’assassinat de Rafic Hariri, il parle aussi de ses relations houleuses, passées, avec le courant du 14 Mars. Sans amertume, dit-il, puisqu’il « avait raison ».

    Dans une interview donnée en 2009, vous aviez déclaré que la coalition du 14 Mars était morte. Après la chute du gouvernement Hariri, considérez-vous avoir eu raison ?
    Il y a deux choses différentes : d’une part, la structure administrative, d’autre part, le mouvement populaire. Et ce dernier est tout sauf mort. De même, les principes de la révolution du Cèdre sont toujours d’actualité. Il y a eu une mauvaise gestion des affaires de la part de l’ancienne majorité et les principes de la révolution du Cèdre ont été piratés. Samir Kassir avait eu cette formule à propos de l’Iran : « Il faut faire la révolution dans la révolution. » Je pense que la formule s’applique aussi au Liban et à la révolution du Cèdre.

    Quels sont ces principes ?
    Les relations avec la Syrie doivent être structurées et il doit y avoir une réforme des institutions : celles-ci n’ont presque pas changé depuis 1943 et la création de l’État. Surtout, les libertés doivent être garanties et l’indépendance du pays assurée : si le Liban a besoin d’un filtre pour empêcher que les eaux usées s’échappent dans la mer Méditerranée, on doit pouvoir le faire sans obtenir l’accord de Barack Obama ou de Mahmoud Ahmadinejad.

    Vous parlez du risque des influences extérieures au Liban. Pensez-vous que Nagib Mikati soit le candidat tant décrié du Hezbollah et de la Syrie ?
    Nagib Mikati est un homme d’affaires très respectable, avec une excellente réputation dans les pays du Golfe et en Europe. Mais il a des liens directs avec la Syrie. Déjà, après l’assassinat de Rafic Hariri, je n’avais pas approuvé sa nomination au poste de Premier ministre (du 15 avril et le 19 juillet 2005) : placer un ami personnel du président Bachar el-Assad à la tête du gouvernement après le retrait syrien était un peu « too much » pour moi. Je trouve cette « haine » entre les deux pays ridicule, mais je pense qu’il faut que les relations libano-syriennes soient structurées. En somme, il faut rassurer la Syrie en rassurant le Liban. Et je ne pense pas que Mikati ait la possibilité de le faire.
    Surtout, il se retrouve sous le contrôle du Hezbollah.
    Celui-ci a très bien su s’immiscer dans la vie politique libanaise depuis quelques années, notamment grâce au laxisme des dirigeants du 14 Mars. Parfois, sous la menace des armes, comme lorsque des hommes en noir du « parti de Dieu » se sont déployés dans le fief du leader druze Walid Joumblatt, le jour même où celui-ci a décidé d’annoncer son soutien à Mikati. D’autres, sous le couvert de la démocratie, une fois la peur installée. Le Hezbollah, qui contrôlait déjà le Parlement, contrôle désormais en plus le Sérail.

    Quid des autres influences extérieures ? Est-ce que la visite de l’ambassadrice américaine, peu avant les consultations pour désigner le nouveau Premier ministre, au député Nicolas Fattouche ou les prises de position de la France en faveur du TSL ne sont-elles pas d’autres signes d’ingérence dans les affaires internes libanaises ?
    L’Amérique n’a pas d’ami : elle n’a que des intérêts. La visite de l’ambassadrice Connelly était sans doute un faux pas. Fattouche a d’ailleurs donné sa voix à Mikati, ce qui est contre-productif pour les États-Unis. Vraiment, je ne crois pas que l’influence américaine puisse aider le Liban à résoudre ses problèmes car il y aura toujours un soupçon que les États-Unis se servent du Liban comme d’une monnaie d’échange dans leur projet pour le Moyen-Orient.
    Quant à la France, sa relation privilégiée avec le Liban ne doit pas disparaître, car elle est dans l’intérêt des deux pays. C’est d’ailleurs le meilleur moyen pour elle de garder un appui au Moyen-Orient. Mais il ne faut pas qu’elle suive l’exemple américain et qu’elle « libanise » sa politique dans la région : elle doit refuser les compromis et les arrangements personnels. Bref, elle devrait garder son rôle traditionnel de « médiateur ».

    Le traitement médiatique de la crise libanaise donne l’impression que la communauté sunnite est désormais divisée entre le Premier ministre sortant, Saad Hariri, et son successeur, Nagib Mikati. Les lignes de partage sont-elles aussi nettes ?
    Pas du tout. Mais nous sommes entrés dans le jeu du confessionnalisme, fruit du compromis des leaders du 14 Mars avec le Hezbollah. Dès le début de la révolution du Cèdre, le parti de Dieu avait imposé sa vision en demandant que tous les ministres chiites du gouvernement d’union nationale soient issus de ses rangs ou de ceux de ses alliés. En échange de quoi, le Hezbollah reconnaissait Saad Hariri comme le leader de la communauté sunnite. Ce dernier a fait des erreurs, c’est certain, mais Nagib Mikati n’a pas été porté au pouvoir par cette communauté : il a été élu député sur les listes du 14 Mars et n’aurait donc pas dû accepter d’être porté à la tête du gouvernement par le Hezbollah. Le succès de Mikati est un succès politique et non populaire.

    Quel est aujourd’hui l’état de vos relations avec le camp du 14 Mars ?
    Pendant un an et demi, le courant du Futur a dit que je m’étais éloigné de la révolution du Cèdre. J’étais par exemple interdit d’antenne sur la Future TV. Hier, pourtant, la rédaction m’a appelé pour participer à une émission en début de soirée. C’est donc moins ma position que celle du 14 Mars qui a changé. La mienne étant de dire que le Liban ne peut pas accepter qu’il y ait un contrôle étranger sur le pays, même avec une vitrine aussi belle que Nagib Mikati.

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