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    Mythologies

    S’il est une chose qu’il faudra retenir de ce scrutin 2009 présenté à mille et une reprises, et à raison, plusieurs mois avant ce long dimanche de (toutes les) fiançailles, comme étant au-delà du crucial et éminemment historique, c’est le formidable nombre de démystifications qu’il a, mathématiquement, donc indiscutablement, provoquées.

    Folklore 1 : la majorité issue des urnes en 2005 est factice et illusoire. Le 14 Mars, sans la loi Kanaan, sans l’alliance quadripartite, a réussi quatre ans plus tard non seulement à s’imposer de nouveau, mais aussi à augmenter son capital, passant de 67 à 71 députés.

    Folklore 2 : en 2005, les députés du bloc aouniste n’ont été élus, eux, que par les voix chrétiennes. En 2009, la victoire de ses lieutenants dans les cazas de Jbeil et de Baabda n’a été possible que grâce aux voix du Hezbollah.

    Folklore 3 : en 2005, Michel Aoun a été le dépositaire d’au moins 70 % des voix chrétiennes sur l’ensemble du territoire national. Le scrutin de 2009 n’a pas seulement confirmé la partielle du Metn de 2007 (Camille Khoury n’avait obtenu que 400 suffrages de plus qu’Amine Gemayel), il a été encore plus loin. Ainsi, au Kesrouan (qui était couplé avec Jbeil il y a quatre ans), l’écart de voix entre le dernier gagnant (aouniste) et le premier perdant (14 Mars) était d’environ 24 000 voix. Cette année, l’écart entre Gilberte Zouein et Mansour Ghanem el-Bone est de… 1 333 voix. Plus encore : dans le caza de Baabda, et les jours à venir démontreraient sans doute avec des chiffres à la virgule près cette tendance, les suffrages des votants chrétiens se sont déversés à 55 % entre Élias Abou Assi, Edmond Gharios et Salah Honein, les trois candidats de la coalition 14 Mars-indépendants, faisant passer de 75 à 45 % la popularité du maître de Rabieh dans son ultrafief de Baabda. Idem pour Farès Souhaid à Jbeil. En un mot comme en cent : Michel Aoun a certes un bloc parlementaire de 19 députés, mais il n’est plus qu’un leader chrétien comme tous les autres, n’en déplaise à un Simon Abiramia, par exemple, tout entier à son processus de désinformation hier sur les écrans de télévision.

    Folklore 4 : il y a une énorme différence entre une majorité parlementaire et une majorité populaire. Au lendemain de ce 7 juin qui fera date dans l’histoire contemporaine du Liban, Hassan Nasrallah a essayé de s’amuser comme il peut. Mais sa casuistique l’a piégé : que le secrétaire général du Hezbollah exige un référendum national sur les armes de son parti et la nécessité qu’elles soient absorbées par la troupe, c’est-à-dire sur l’un des deux plus gros enjeux des législatives 2009, et tous les Libanais, à commencer par les partisans du 14 Mars, diraient oui. Le résultat de ce référendum sera effarant.

    Folklore 5 : la majorité a été obtenue grâce à l’argent politique (autrement dit, les pétrodollars saoudiens). Personne, à moins d’être totalement crétin, ne nierait que l’argent ait coulé à flots, mais personne, non plus, ne pourrait pousser le culot jusqu’à prétendre que les quarante millions de dollars mensuels en provenance de Téhéran, dont une partie extrêmement substantielle est à chaque fois versée au CPL, servent à la culture du tabac ou à la construction d’écoles…

    Folklore 6 : la IIIe République naîtra le 8 juin 2009. En réalité, on est encore très loin d’en avoir fini avec la IIe. Le scrutin 2009 a été un plébiscite en faveur de cet accord de Taëf qu’il faudra appliquer dans sa totalité avant que de penser l’amender – ou le dynamiter. Le scrutin 2009 a implicitement mais totalement désavoué l’accord de Doha – pas dans son esprit, mais dans sa lettre, faisant résonner encore plus fort ce concept élémentaire asséné tour à tour par Nasrallah Sfeir et Michel Sleiman : une majorité gouverne, une minorité s’oppose. Le scrutin 2009 est une gifle, retentissante, au tiers de blocage.

    Folklore 7 : il n’y a pas/plus de bons ministres de l’Intérieur. Il suffira de trois ou quatre Ziyad Baroud dans le prochain gouvernement pour faire pencher toutes les balances. Le locataire de Sanayeh a réinventé le concept de résistance.

    Folklore 8 : les Libanais ne sont pas un peuple civilisé. Malgré les tonnes de problèmes liés à cette toute première fois, à ce scrutin organisé en une journée sur l’ensemble du territoire, jamais civisme et sens des responsabilités n’ont été aussi époustouflants.

    Folklore 9 : le Tachnag aura pour la première fois de son histoire un bloc de cinq députés dans l’hémicycle. Le Tachnag n’en aura que deux, qui ont d’ailleurs été élus d’office. Mais le problème n’est pas là : tout le monde comprend la volonté du parti de faire primer la sécurité et le bien-être des Arméniens au niveau régional, notamment en Syrie et en Iran. Mais au lieu de prendre exemple sur le PSP, qui a le même impératif en ce qui concerne les druzes, le Tachnag est en train de se hezbollahiser. C’est-à-dire de s’aligner sur un axe au lieu de privilégier la nature, la culture et l’identité du Liban.

    Folklore 10 : cette nature, cette culture et cette identité n’étaient pas en jeu. Ce constat est une gigantesque supercherie. Les mots que le patriarche Sfeir a prononcés en ce samedi 6 juin ont été écoutés et entendus ; ils devraient être inscrits en préambule de n’importe quelle Constitution.

    C’est beau, des masques qui tombent.

    Mais il en reste un onzième, de folklore. Un mythe monumental. Qui s’est créé dès la reconnaissance par un responsable hezbollahi de la défaite du 8 Mars. Le mythe de l’invincibilité du 14 Mars. Ce mythe-là est de loin le plus dangereux. Parce que l’équation est d’une simplicité affolante : si la façon de faire de l’alliance du 14 Mars, si son manque de vision et de prévision, si sa nonchalance et sa capacité inouïe à prendre les choses (et les électeurs) pour acquises et si sa détermination à faire primer les intérêts individuels sur ceux du groupe restent inchangés au cours des quatre prochaines années, elle se fera laminer sans aucune autre forme de procès en 2013. Même si le 8 Mars réoccupait ad vitam le centre-ville ou retournait de nouveau, chaque jour, ses armes contre l’intérieur.

    Les Libanais ont fait confiance deux fois à ce collectif – qui aurait pu faire des merveilles et qui s’est contenté du minimum syndical. Il n’y aura pas, il ne peut pas y avoir de troisième fois.

    Ziyad MAKHOUL
    L’Orient Le Jour
    09.06.2009

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