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    ¡No Pasarán !

    S’il faut reconnaître à Hassan Nasrallah un mérite, c’est celui de laisser tomber le masque de velours et de dévoiler, enfin, ses intentions réelles.
    Jusque-là, en bon stratège, le secrétaire général du Hezbollah manipulait habilement le discours de la victime – comme son satellite chrétien, Michel Aoun, du reste. La manœuvre pernicieuse, depuis février 2006, était la même dans les deux camps : d’abord, diaboliser à outrance le camp souverainiste, surtout en milieu chrétien, en se mettant en permanence dans la peau de l’agressé, pour faire oublier que l’arsenal militaire existe uniquement dans un seul camp. Vendre ensuite au grand public l’idée selon laquelle la Résistance est noble, qu’elle est totalement désintéressée des enjeux de pouvoir et que son sacrifice historique au Liban-Sud a été accueilli avec une ingratitude sournoise par une majorité despotique. Vider enfin de son essence la date symbolique du 14 mars 2005, en profitant au passage des nombreuses erreurs et mauvais calculs de la majorité. Comment ? En incitant la composante chrétienne à se désengager du processus souverainiste, grâce à la manœuvre pernicieuse du général Aoun, et en chargeant ce dernier de diffuser l’ultrapuissante culture de la haine contre la communauté sunnite.
    Il s’agissait ainsi de jouer sur la terreur suscitée notamment par l’effet Ben Laden et Zarqaoui pour faire oublier aux chrétiens que Sobhi Saleh, Sélim Laouzi, Mohammad Choucair, Hassan Khaled, Nazem Kadri, puis Rafic Hariri et Walid Eido constituent autant de témoignages par le sang du virage progressif pris par la communauté sunnite vers l’idée libaniste et souverainiste depuis les années 80. Une évolution interdite à la communauté chiite du fait de l’implantation iranienne à partir de 1982 et de la mainmise du Hezbollah sur elle à partir de 1985. Que l’on se souvienne un instant du nombre d’intellectuels chiites de gauche qui ont été liquidés de l’intérieur de la communauté durant la guerre, et qui auraient probablement été durant le printemps de Beyrouth au côté de Nassir el-Assaad, Ziad Maged, Samir Kassir ou Élias Atallah. Et même sans aller jusque-là, il suffit de constater la violence exercée contre les partisans d’Ahmad el-Assaad ou bien de sayyed Ali el-Amine, uniquement parce qu’ils osent défier la ligne de conduite politique adoptée par le Hezbollah sur le plan national.
    Sans conteste, la vieille technique de l’entrisme, de l’infiltration, mise en application par Michel Aoun en milieu chrétien, a porté, avec deux genres de revendications fortement mobilisatrices : sociales, à coups de slogans démagogiques et populistes sur la corruption, le vol, etc., et communautaires, portant sur la marginalisation de la communauté chrétienne au niveau du pouvoir. Des revendications au demeurant fondées, mais qui ont progressivement été dirigées, propagande aouniste oblige, vers les personnalités du 14 Mars. L’occupant syrien, ses principaux collaborateurs au Liban, à commencer par les chefs des services de sécurité, ainsi que le pilier sur lequel reposait l’édifice syrien, à savoir le Hezbollah, ont ainsi été totalement lavés de tous soupçons. Dans la propagande aouniste, c’est donc le clan Hariri seul qui assume aujourd’hui la responsabilité de la période 1990-2005. Soit. Après tout, c’est de la propagande. La vérité est ailleurs et il n’est même pas besoin de l’établir : il suffit juste de revenir aux discours du général contre l’occupation et ses symboles avant qu’il ne retourne sa veste, c’est-à-dire du temps de son exil à Paris, et à ses affirmations répétées, à l’époque, selon lesquelles ce qui empêchait les leaders sunnites de venir le rencontrer dans la capitale française c’était l’occupation syrienne…

    ***

    Hassan Nasrallah a donc enfin fait son coming out politique, dans la continuation du coming out militaire du 7 mai 2008, lorsqu’il avait lancé que la fonction des armes (de la « résistance ») était de « défendre les armes ». Qui plus est, il l’a fait sur un ton menaçant et provocateur, comme pour mieux marquer le caractère solennel du coup d’État institutionnel qu’il souhaite mener à bout au sortir des urnes, le 7 juin prochain, celui de l’instauration de la fameuse « IIIe République », déjà annoncée par les panneaux couleur orange du CPL.
    C’est dans une logique subversive qu’il convient effectivement de replacer les deux discours, celui du général Aoun et celui de son Lord Protecteur, Hassan Nasrallah.
    Michel Aoun n’a jamais caché sa volonté de renverser tout système qu’il n’instaurerait pas lui-même personnellement ou dont il ne serait pas le chef. Pour se contenter uniquement de son expérience sur la scène publique – bien que son expérience partisane regorge également d’exemples d’autocratie -, il convient de rappeler que le général Aoun a toujours prôné la logique insurrectionnelle dans sa perception de la prise du pouvoir, loin du voile démocratique dont il s’est toujours paré. Mieux encore, sa reconnaissance d’un pouvoir ou d’une institution dépend exclusivement de l’influence qu’il possède sur ces derniers. Ainsi refuse-t-il, depuis 2005, de reconnaître toutes les institutions dont il ne possède pas le contrôle, dans une sorte de stratégie lepéniste de délégitimation permanente des institutions : les résultats du scrutin de 2005, et, par extension, la Chambre, parce qu’il n’était qu’au sein de la minorité, puis le gouvernement, jusqu’à ce que son courant y adhère, et, maintenant, la présidence de la République, parce qu’il ne s’y trouve pas.
    La seule objection récurrente du général Aoun à toutes les institutions, celle qui motive tous ses actes d’hostilité vis-à-vis du système, c’est de ne pas en être le roi. Dans cette perspective, que la IIIe République soit celle de la répartition par tiers ou de l’importation de la révolution islamique au Liban, peu importe, l’essentiel c’est que le chef du CPL en soit la star, le leader, l’empereur – et que, par conséquent, Michel Sleiman soit destitué. Ce qui explique son attaque, samedi, à Mayrouba, contre les candidats centristes qui se réclament du chef de l’État.
    Chez Hassan Nasrallah, la question dépasse la simple recherche du pouvoir pour le pouvoir. Le discours de vendredi est direct et s’inscrit dans la logique des mouvements de résistance qui aspirent clairement à établir leur mainmise sur le pouvoir une fois que leur fonction est terminée (le plus ironique est que le CPL ait également été l’un des principaux chefs de file de la résistance à l’occupation syrienne). Exit donc ce pseudodétachement de la recherche de la puissance au nom de la noble quête de la libération du territoire. Le chef du Hezbollah affirme non seulement qu’il peut gouverner seul le pays s’il le faut, mais se base sur sa légitimité (amplement perdue le 7 mai par le retournement des armes contre les Libanais) de libérateur pour démontrer qu’il peut gouverner un pays cent fois plus grand que les 10 452 km. Passée l’insulte pour le Liban de Michel Chiha, de Kamal el-Hajj, de Jawad Boulos ou de Charles Malek, c’est également un moyen de montrer que, dans la stratégie hezbollahie, le Liban n’est qu’une arène, un territoire sur lequel on joue au Risk à des fins d’expansion du territoire de l’Empire perse.
    Et plus explicite encore est sa proposition d’établir le scrutin proportionnel dans le cadre de la circonscription unique, qui révèle bien qu’aucune libanisation du Hezb n’est possible, que ce dernier n’a jamais renoncé, en définitive, à l’arme fatale que constitue la loi du nombre pour gouverner au Liban, et que sa Troisième République est l’État du Hezbollah prôné déjà dans la Lettre ouverte aux opprimés, la Constitution du parti, datant de 1985.

    ***

    Le procédé consistant à accuser de traîtrise et de collaboration l’adversaire, pour détruire son immunité et justifier ensuite, aux yeux du public, la violence physique qui serait exercée contre lui, est caractéristique de la culture fasciste. Ce procédé propre notamment aux Syriens, démonté à merveille par le père Sélim Abou dans son discours de mars 2001, « Les veilles de l’Université », à l’USJ, Hassan Nasrallah en abuse depuis longtemps. Il en avait d’ailleurs usé juste avant son offensive du 7 mai contre Beyrouth et la Montagne. Tout aussi fasciste est de menacer directement, à la manière d’un empereur tout-puissant qui possède un droit de vie ou de mort sur ses sujets, d’un nouveau 7 mai, alors même que le Hezb – et ceux parmi les candidats, députés et ministres chrétiens du CPL qui continuent à la télévision de justifier de mille et une manières obscènes et indécentes l’agression sauvage contre la capitale et la Montagne et de couvrir la violence abjecte – assument pleinement la responsabilité du sang qui a été versé ce jour-là, de cette opération soi-disant « chirurgicale » et « propre » qui a fait plus de 60 morts et 200 blessés !
    Cette apologie de la violence, qui considère que le 7 mai constitue un nouvel épisode « glorieux » des faits héroïques de la Résistance… contre des civils libanais, constitue un avant-goût de ce que pourrait être la IIIe République au cas où le coup d’État par les urnes aboutit, le 7 juin prochain.
    Face à tout cela, il convient plus que jamais de se souvenir du poème du pasteur allemand Martin Niemöller qui, après avoir admiré et contribué à la mise en place du régime hitlérien, fut lui-même arrêté en 1937 et interné au camp de concentration de Sachsenhausen, puis au camp de Dachau : « Quand ils sont venus chercher les communistes/Je n’ai rien dit/Je n’étais pas communiste. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes/Je n’ai rien dit/Je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les juifs/Je n’ai pas protesté/Je n’étais pas juif. Quand ils sont venus chercher les catholiques/Je n’ai pas protesté/Je n’étais pas catholique. Puis ils sont venus me chercher/Et il ne restait personne pour protester. »
    Face à la menace, à l’institutionnalisation du 7 mai 2008 par les urnes du 7 juin 2009, et face au retournement de la Résistance contre son peuple, il convient de se rendre aux urnes en gardant en mémoire le célèbre cri, salvateur, de ralliement des partisans de la Seconde République espagnole contre les rebelles nationalistes franquistes : « Ils ne passeront pas ! »
    ¡No pasarán !

    Michel HAJJI GEORGIOU
    L’Orient-Le Jour
    18.05.2009

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