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    Le fait du prince

     

    Seizième semaine de 2009.

    Ses partisans, ses adversaires, ses admirateurs comme ses contempteurs, ceux qui n’en pensent absolument rien aussi, chaque personne concernée de très près comme de très loin par les législatives 2009 a reçu l’annonce du retrait de la candidature de Nassib Lahoud comme un coup – de fouet, de feu, de massue, de grâce, de semonce, de poker, de bonheur vautour, de délivrance, de triomphe, de vanité : walaw chéri(e) je t’avais dit, c’était prévisible, cette majorité ne vaut rien, peu importe ; mais comme un coup.
    Nassib Lahoud ne laisse pas indifférent. Personne.

    Nassib Lahoud conçoit la politique et la pratique comme s’il l’avait (ré)inventée, comme s’il l’avait faite : en puriste absolu ; convaincu, au-delà de toutes les contingences, de sa beauté, de son intelligence et de sa supériorité, de sa primauté sur tout autre concept, toute autre idée. Pour cet homme, la politique est la plus parfaite des créations, la plus aboutie, la plus indiscutable, la plus immédiate et la plus immanente – sa création. Surtout : elle n’est pas donnée à tout le monde. Elle n’est sans doute réservée qu’à une élite. À peine. Et que le peuple, le bon, le brave, le vaillant peuple libanais n’a pas à s’y noyer, à s’y perdre, à s’en mêler.
    Nassib Lahoud est l’absolu antithèse d’un démagogue. Peut-être même un peu trop.
    Il a tort.

    Parce que le Liban restera malheureusement pour longtemps ce qu’il est et que les Libanais continueront malheureusement d’exiger qu’on leur dise ce qu’ils ont envie d’entendre, d’exiger qu’on les caresse dans le sens du poil, qu’on leur mâche tout ; qu’on digère même à leur place – nous sommes un drôle de peuple. Et Nassib Lahoud ne s’en rend pas vraiment compte.
    Il a tout autant raison.

    Parce que tout son parcours le prouve ; chaque étape de son parcours, chacune de ses prises de position, chacun de ses gestes prouve que Nassib Lahoud travaille, à sa manière, à son rythme, sur la plus urgente des priorités, sur la vraie, la plus globale et la plus durable des révolutions : le changement des mentalités. C’est de la macro, au niveau d’une nation, et de la microchirurgie, au niveau d’une Alliance du 14 Mars. Et toutes les deux, la nation et l’Alliance en ont sacrément besoin.

    Le retrait par Nassib Lahoud de sa candidature aux législatives 2009 est freak, dans le sens que c’est une monstruosité comme seuls le système et la praxis libanais savent le faire. Le 14 Mars, à qui les Libanais doivent beaucoup, ne serait-ce que le démarrage de la normalisation des relations libano-syriennes, le Tribunal spécial et la 1701 (et c’est déjà énorme), a urgemment besoin, qu’il réussisse ou qu’il échoue au matin du 8 juin, d’une refonte totale, d’une renaissance, d’un changement radical de façon de faire et de défaire : un quelconque nip / tuck serait ridicule, c’est d’une véritable opération pro bono que la majorité a besoin. À tous les niveaux. La pluralité, la diversité et la même vision, grosso modo, du Liban sont une richesse inouïe, introuvable dans ce pays ailleurs qu’au sein de cette Alliance du 14 Mars. Sauf qu’elle est devenue rien moins qu’une ingérable, une dangereuse même, tour de Babel. Pire : un radeau de la Méduse.
    Il est aberrant, ubuesque, d’avoir à se battre à la fois contre ses prétendus partenaires et contre ses adversaires ; aberrant, ubuesque, d’en arriver à ne faire confiance ni aux uns ni aux autres ; aberrant, ubuesque, de manquer, à ce point, du minimum syndical requis de cohérence. Au Metn et ailleurs.
    Le retrait par Nassib Lahoud de sa candidature est le symptôme de cette métastase ; il devrait en être, aussi, la plus parfaite des chimiothérapies.

    Il y a beaucoup de seigneurs au Liban – ce sont tous des seigneurs de quelque chose : des seigneurs de guerre, des seigneurs en leur château, des seigneurs de diplomatie, des seigneurs de courage, des seigneurs de patience, des seigneurs de ridicule, des seigneurs de poujadisme, des seigneurs de résistance en tout genre, des seigneurs de pugnacité, des seigneurs de culture, des seigneurs de vivacité ; des seigneurs de quelque chose, il y en a, en ce pays, à la pelle. Au-delà de ses nombreux et (parfois très fatigants) défauts, Nassib Lahoud est un seigneur tout court. Samir Frangié aussi. Les avant-derniers des seigneurs tout court, après Fouad Boutros. Voilà sans doute son/leur défaut majeur : être nés dans le mauvais pays.

    Ziyad MAKHOUL
    L’Orient-Le Jour
    18.04.2009

    One response to “Le fait du prince”

    1. Parfaitement d’accord…
      Reste cependant une amertume, cette sensation de lassitude.
      Je sens qu’il nous a lâchés… Une décision pareille ne lui appartient pas…

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