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    Dîner de gala de la Fondation Samir Kassir : des politiques rendent hommage, en musique, à la parole libre

    « Nous dépeindrons pour vous ce soir, avec des amis de la politique, une cérémonie de roses et de jasmin », déclare Gisèle Khoury-Kassir.

    Quand la musique se joint aux souvenirs qui défilent, l’âme reprend goût au présent. Et lorsque des hommes politiques s’essaient à l’authenticité de l’expression artistique, pour rendre hommage aux journalistes assassinés, la lutte se renforce. Les mélodies figurent la liberté. Autant d’émotions que la Fondation Samir Kassir a réussi à éveiller lors du dîner de gala organisé lundi soir au Casino du Liban. Animée par les prestations musicales de figures publiques, la soirée vise à réunir des fonds au bénéfice du Beirut Spring Festival (Festival du printemps de Beyrouth), événement culturel que la Fondation Samir Kassir organise depuis 2009.

    « Nous dépeindrons pour vous ce soir, avec des amis de la politique, une cérémonie de roses et de jasmin », déclare la journaliste Gisèle Khoury-Kassir. La première vague de ces effluves est transmise par des clichés spontanés du journaliste et écrivain Samir Kassir, filmés lors des interludes d’une interview télévisée à laquelle il participait par satellite, avant son assassinat en 2005. Des scènes projetées sur écran géant, à travers des cercles qui s’ouvrent sur fond noir, comme les bribes d’un passé qu’on ravive, des clins d’œil d’espoir. Une autre projection fait vibrer les mémoires : les noms des journalistes libanais assassinés, de 1958 à 2012, défilent sur l’écran qui affiche la question « Qui a tué ? » Un moment solennel, qui retransmet la fierté obstinée de la lutte. Et qui se poursuit ensuite sur les notes de piano jouées par Alecco Habib, inaugurant le spectacle. « Ce soir, tous les amis de Samir sont là (…) pour dire combien il nous manque, combien la vérité nous manque », murmure l’homme d’affaires qui a mis en scène le spectacle. Il interprète alors la chanson d’Enrico Macias Un berger vient de tomber, qu’il dédie à la journaliste May Chidiac, présente dans la salle. L’audience est alors absorbée par la lumière bleuâtre des projecteurs sur les planches noires, où d’une minute à l’autre une personnalité doit surgir pour interpréter « les chansons que Samir aimait ». C’est le député Ghassan Moukheiber qui paraît d’abord, devant des spectateurs amusés et enthousiastes. Sa voix grave épouse la chanson Ma liberté de Georges Moustaki, qu’il interprète avec sensibilité et sans en oublier les paroles, comme il le craignait. Dès la première strophe, des bras s’élèvent, en salut à la liberté chantée. À l’écoute ensuite de Quand on n’a que l’amour de Jacques Brel, dont le député aouniste tente de mimer les nuances vocales, des briquets illuminent les couleurs veloutées de la salle.

    Entre les deux interprétations, Ghassan Moukheiber rappelle son amitié avec Samir Kassir, « mon ami et le vôtre, martyr de tout le Liban ». « Nous honorons ce soir les valeurs qu’il a incarnées de son vivant : la liberté, la justice, que nous attendons toujours, et l’indépendance à laquelle nous avons contribué », ajoute-t-il.

    Ensuite, c’est l’ancien député Misbah Ahdab qui s’empare du micro, applaudi avec ferveur. Il fait son entrée sur scène au rythme de Vitta Italia, dont il prononce les paroles avec un accent maîtrisé, qui fait son effet sur l’assistance féminine. « Samir Kassir a présagé du printemps de Beyrouth, lorsqu’il a évoqué l’intifada dans l’intifada », déclare le vice-président du Renouveau démocratique. Il se remémore ensuite sa première rencontre avec le journaliste, seulement quelques jours avant son assassinat. Décrivant les reflets « d’une âme qui est toujours là », Misbah Ahdab entame la chanson de Barbara, Dis, quand reviendras-tu ? Des sentiments s’entremêlent, entre sourires sereins et regards fuyants. Amalgame de plaisir et de nostalgie, qui rejaillit de plus belle lorsque Misbah Ahdab est rejoint sur scène par la comédienne et responsable du Beirut Spring Festival Randa el-Asmar. Un duo qui épouse la tristesse contenue des paroles, relayées ensuite par la chanson Pour ne pas vivre seul de Dalida, que Rita Tawilé dédie à Gisèle et Samir.

    Cette sélection de classiques français prélude aux morceaux de blues, attendus avec impatience. « The Monday blues band », peut-on lire sur l’écran. C’est avec vigueur que les musiciens font leur entrée sur scène, après avoir ôté leur veste et déroulé les manches de leurs chemises, sur fond de Yesterday when Iwas young. D’un côté, le politologue Paul Salem à l’orgue, et de l’autre, l’éditorialiste de L’Orient-Le Jour Issa Goraieb au saxophone. Au milieu, les guitares bougent librement, maniées par Tony Rizkallah et Fouad Issa Goraieb. L’homme d’affaires Kamal Badaro agite déjà sa basse. La disposition des instruments est surplombée par la batterie du député Nabil de Freige, qui secoue paisiblement les bâtons de l’instrument. « Et le marquis sur le trône », annonce Misbah Ahdab qui lui tape sur l’épaule avec complicité. Le public, déjà envoûté, se délecte aux sons des paroles de Summer time and the living is easy, et de Mary had a little lamb, revisitées sur l’harmonie, par moment improvisée, du blues. La performance s’achève sur les sauts enthousiastes de Kamal Badaro, qui descend de la scène et sillonne les tables, où plusieurs convives dansent au rythme de sa basse.

    Le spectacle fini, les membres peinent à lâcher la cadence. Et les échos des propos tenus persistent, notamment les chiffres énumérés en début de soirée par Ayman Mhanna, directeur exécutif de la Fondation Samir Kassir et directeur du centre SKEyes pour les libertés médiatiques et culturelles. « Trente journalistes tués au Levant depuis un an. Vingt-neuf en Syrie et un au Liban, Ali Cheebane. Plus de 280 arrêtés depuis le début de 2011, dont plus de 200 en Syrie. Le temps est à la cueillette des roses dans les pays du printemps », conclut-il, avec la promesse d’une lutte « renforcée contre la censure, que le centre SKEyes mènera dans les prochains mois ». 

    Sandra NOUJEIM
    L’Orient-Le Jour
    09.05.2012

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