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    L’autre mémoire – Le premier pas vers un Liban apaisé

    Du 12 au 14 mai, une exposition interactive d’un nouveau genre sur la Guerre civile a pris place à la Soléa V, à Sin el-Fil. Elle a été imaginée par les jeunes du mouvement du Renouveau démocratique et ceux du Parti social-libéral danois.

    Sur les murs blancs, sont affichées 26 dates-clés de la Guerre civile libanaise, de l’attaque de Aïn el-Remmané en 1975 à la signature des accords de Taëf en 1989. Ce ne sont pas les dates des événements à proprement parler, mais celles des lendemains. Car, en dessous d’elles, deux Unes de journaux se font face, l’une d’as-Safir, l’autre d’an-Nahar. Deux Unes, deux visions des événements, deux histoires. Sous elles, une table sur laquelle sont posés des stylos et des post-it fluo. Les visiteurs peuvent ainsi annoter et coller autour de ces Unes les souvenirs, les anecdotes qu’ils lient à ces dates. Donc, leurs tristesses, leurs joies ou leurs frustrations. Faut-il alors considérer que cette guerre n’est pas terminée et qu’elle se poursuit sous d’autres formes? Relire François Furet, le grand historien de la Révolution française, qui écrivait: «L’Histoire est idéologiquement marquée». Ou le philosophe marxiste allemand Walter Benjaminqui estimait: «L’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs».

    Vingt ans plus tard, cette histoire-là n’a pas encore été écrite. Elle est toujours l’objet et le produit de clivages encore prégnants. Non, les plaies de cette génération meurtrie ne se sont pas refermées.

    Sans doute est-ce à la jeunesse d’accomplir cette mission. Lyna Comaty, coorganisatrice de l’exposition et responsable des relations extérieures au sein du mouvement des jeunes du Renouveau démocratique (Tajaddod Youth), explique que l’idée était de confronter les histoires particulières de chacun et de comprendre le point de vue de l’autre sur ces événements. C’est le premier pas vers le travail collectif et de mémoire, nécessaire à la construction d’un avenir commun».

    La démarche est louable car le constat est cinglant. La polémique sur la rédaction d’un livre d’histoire fait encore polémique et tous les principaux acteurs de la guerre civile sont encore tous présents sur la scène publique. Tant que cette histoire n’aura pas fait l’objet d’un consensus positif et solennel, elle se racontera au sein des familles et des communautés. Le vide créé par l’absence de socle commun est comblé par la reproduction des schémas diviseurs. Bien que la jeunesse libanaise qui éclot n’ait pas vécu «les événements», si l’on s’en réfère à la terminologie officielle, elle évolue dans un pays qui n’a pas su, pu ou voulu tourner la page. En appeler à la jeunesse participe du bon sens. Les centaines de post-it accolés aux murs de l’exposition sont une première étape. Les suivantes seront à suivre attentivement. Après avoir parcouru la vingtaine d’Unes se dresse un mur avec deux mots: «What now?». Oui, et maintenant? Après le constat, quelles solutions? Les visiteurs sont appelés à proposer leurs idées. Elles vont d’un démarquage des intérêts des puissantes régionales agissantes à la création d’une commission comparable à celle qui a conclu la réconciliation entre Blancs et Noirs en Afrique du Sud. «Nous avons récupéré tous les post-it pour les numériser et les sauvegarder», explique Comaty.

    Et la suite? «Nous avons dans l’idée de rendre cette exposition itinérante. Nous voulons nous rendre à l’intérieur des régions libanaises, dans les écoles et dans les universités, car cette initiative doit être diffusée auprès du plus grand nombre». Une lecture, admise par tous, des événements de la Guerre civile constitue sans doute le premier pas vers un Liban apaisé. Si cette exposition sans parti pris qui se contente d’exposer deux lectures, acte d’un antagonisme toujours présent, elle a pour but d’amener les visiteurs à s’interroger, à l’empathie, à comprendre l’opinion de l’autre. Mais la décision d’aller plus loin dans ce chemin est de l’ordre de la volonté politique.

    Nelson Mandela n’était pas seul en Afrique du Sud. Il a fallu que les tortionnaires de la minorité blanche, au plus haut niveau, consentent à tourner la page. Voilà le défi qui attend les promoteurs de cette exposition.

    Julien ABI RAMIA
    L’Hebdo Magazine
    18.05.2012

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