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    Majorité citoyenne

    La décision du Parlement de lancer le processus de révision de la Constitution en vue d’abaisser l’âge de vote à 18 ans mérite d’être qualifiée d’historique dans tous les sens du terme.
    Historique car elle marque l’aboutissement d’une longue lutte menée depuis des décennies par nombre de forces de gauche ou d’obédience libérale.

    Historique car elle porte le coup de grâce à l’un des épouvantails confessionnels les plus ridicules, les plus infantiles, les plus grotesques, à l’idée bouffonne selon laquelle la fixation de l’âge de vote à 21 ans est une muraille de protection pour les communautés chrétiennes, qui seraient, selon les partisans de cette position, des « minorités » menacées par le dynamisme démographique des autres collectivités.
    Historique car elle restaure une cohérence qui a longtemps fait défaut aux lois en vigueur en la matière, à la contradiction entre les normes pénales qui font de chaque jeune de 18 ans un être pleinement responsable de ses actes, un candidat potentiel à la potence, et les règles constitutionnelles qui dénient aux jeunes adultes de moins de 21 ans leur majorité citoyenne et leur droit de participation au suffrage universel.
    Historique car tout élargissement raisonnable, logique de la participation aux élections est un moyen d’améliorer la représentation de la population au sein des institutions étatiques ; de pallier partiellement les distorsions inhérentes aux systèmes de démocratie indirecte ; de consolider la liberté des scrutins, leur transparence, leur honnêteté et leur efficience démocratique.
    Historique car, pour une fois, la démocratie libanaise a profité de la fièvre préélectorale qui saisit habituellement les députés à la veille des législatives au lieu d’en pâtir.
    Historique pour mille et une bonnes raisons justifiant cette réforme et qu’il n’est pas lieu d’égrener ici.

    Il ne faut toutefois pas se laisser piéger par ses propres illusions. Obtenir le droit de vote est une chose. En faire bon usage en est une autre. Les jeunes sont peut-être moins sensibles que leurs aînés à l’argument de la corruption électorale, aux basses considérations confessionnelles. Mais rien n’indique qu’ils pourront se soustraire à l’emprise de la classe dirigeante en place depuis des lustres, pour initier un début de régénération de la vie politique. C’est même tout le contraire que laissent redouter les images de ces adultes à peine sortis de l’adolescence qui se sont entre-tués dans les rues, les universités, les villes et les villages au cours des trois dernières années pour le drapeau d’un parti quelconque ou le portrait d’un chef autoproclamé.
    D’ailleurs, rien ne garantit que les jeunes exerceront/rempliront pleinement leurs droits/devoirs électoraux, qu’ils se rendront compte de l’importance cruciale de l’acte en apparence anodin et qui consiste à déposer un bulletin dans une urne, car la prise de conscience citoyenne leur fait souvent défaut tout comme elle est fréquemment absente chez leurs aînés.

    L’amendement de l’article 21 de la Constitution restera une réforme tronquée, partielle, amputée tant que le système éducatif libanais restera dépourvu d’un véritable cursus d’initiation aux arcanes de la citoyenneté ; tant qu’il n’y aura pas de livre d’histoire unique et complet qui puisse apprendre aux jeunes les expériences et les tribulations passées des Libanais afin qu’ils puissent en tirer les leçons adéquates sur lesquelles ils fonderont leurs choix futurs ; tant que l’histoire de la guerre civile sera une série de contes mythologiques transmis de génération en génération et nourrissant une haine atavique de l’autre ; tant que la tranche du système scolaire livré au clergé continuera d’alimenter l’ignorance de l’autre, le mépris de la différence ; tant que l’éducation civique restera une discipline ringarde enseignée à force de maximes livresques et de paraboles théoriques ; tant qu’il n’y aura pas de système éducatif public de bon niveau qui puisse garantir à tous les enfants et adolescents un accès gratuit à une scolarité digne de ce nom ; tant que l’Université libanaise restera ce purgatoire où l’on recèle ceux qui n’ont pas les moyens financiers de s’inscrire dans les facultés privées ; tant que les organisations estudiantines continueront d’ignorer les aspirations des étudiants et de se livrer des batailles politiques chimériques ; tant que les écrans de télévision continueront à projeter les images de chefs vociférant des louanges à la violence et au langage des armes et pourfendant les règles les plus basiques de la démocratie ; et surtout, tant que des partis politiques continueront à porter et à distribuer des armes à leurs jeunes militants et à les envoyer au martyre pour une cause obscure et perdue d’avance, menaçant en permanence de remettre en cause l’acte même de voter. À 18 ans comme à tout âge.

    Mahmoud HARB
    L’Orient-Le Jour
    20.03.2009

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