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    Ziad Majed : La neutralité militaire et la réforme institutionnelle, seules solutions aux crises politiques répétées

    Politologue, chercheur à Sciences-Po Paris et militant de la Gauche Démocratique, Ziad Majed a répondu aux questions de « L’Orient-Le Jour » autour de l’enjeu des prochaines élections législatives, de l’impasse du système libanais et du positionnement de la communauté chiite par rapport au projet de l’État.

    Quel est l’enjeu essentiel des législatives du 7 juin pour le Liban ?
    « Certes, la loi électorale actuelle ne peut pas assurer le renouvellement de la vie politique et la régénération de la classe dirigeante. Toujours est-il qu’aujourd’hui, les choix des uns et des autres sont beaucoup plus tranchés qu’en 2005, vu qu’il ne devrait pas y avoir d’alliance quadripartite.

    La bataille des législatives opposera donc, d’un côté, ceux qui œuvrent pour la stabilité du pays, à l’abri des conflits régionaux et de la violence des armes, ainsi que pour l’édification d’un véritable État, même si confessionnel et clientéliste, à ceux qui, d’un autre côté, souhaitent garder le Liban en état de guerre régionale permanente et qui se disent fiers de leur alliance avec le régime syrien et avec Téhéran.
    L’importance des législatives est décuplée du fait de la particularité du contexte régional marqué par l’adoption d’une nouvelle politique américaine dans la région et par une multitude de transformations majeures. D’autant plus que l’enjeu des élections porte notamment sur les orientations régionales du Liban. »

    Qu’en est-il du rôle chrétien que l’on dit déterminant lors des élections ?
    « Il semble que l’essentiel de la bataille électorale se déroulera dans les circonscriptions à dominante chrétienne. La question est de savoir ce que veulent les électeurs chrétiens du Liban de 2009. Le projet de l’État qui a été souvent conduit par la communauté chrétienne est aujourd’hui menacé. Les chrétiens continueront-ils à se comporter comme une minorité menacée par la démographie et devant s’allier avec d’autres « minorités », même au détriment de la stabilité politique et de l’État ? Ou bien réussiront-ils à se comporter comme une composante incontournable du Liban ?
    La politique du député Michel Aoun repose sur un comportement de minorité noyée dans des batailles chimériques où l’héroïsme se manifeste par la capacité à insulter les chefs des autres communautés. Le camp aouniste a ainsi tenté de convaincre le public chrétien que c’est le document d’entente avec le Hezbollah qui l’a protégé de la tempête du 7 mai pour tenter de remettre en avant la logique pernicieuse de l’alliance des minorités.
    En même temps, l’autre camp, celui des chrétiens du 14 Mars, doit comprendre qu’on ne peut s’opposer au aounisme en versant dans la surenchère chrétienne, c’est-à-dire en chassant sur le terrain de prédilection du député Aoun. Il doit aussi prendre conscience du fait que le retour à l’ancienne formule qui a longtemps gouverné le pays est devenu impossible, à cause de la nouvelle sociologie politique du Liban. »

    La démocratie consensuelle pourra-t-elle éviter au Liban des crises politiques similaires à celles des dernières années ?
    « La démocratie consensuelle à la libanaise est arrivée à une impasse car elle ne réunit pas les conditions nécessaires au succès de ce mode de gouvernance. En effet, selon Lejphart, la démocratie consensuelle concerne les décisions majeures prises dans une société multiethnique, multicommunautaire. Il indique que dans ce cas, une majorité ne peut pas imposer à la minorité ses choix en matière de frontières, de guerre, de paix, de diplomatie, de stratégie, etc. Mais cela n’élimine aucunement les notions de majorité et de minorité proprement dites. 
    D’ailleurs, un tel système requiert une décentralisation poussée en termes d’économie, de services et de développement parallèlement à une centralisation ferme des décisions majeures au sein d’une institution nationale, et avec un recours aux référendums quand nécessaire. Ceci ne s’applique pas au Liban où des questions ayant trait à la souveraineté du pays sont accaparées par un parti uniforme, et capable, au nom des droits de sa communauté, de bloquer le processus politique institutionnel. 
    Il reste que la démocratie consensuelle ne peut guère réussir dans le contexte libanais tant que les élections ne sont pas menées à la proportionnelle. Un tel système permettra d’en finir avec les monopoles des représentations communautaires, et par conséquent des problèmes de quorum, de gouvernance et de gouvernabilité. 
    Le système politique libanais ne pourra pas gérer ou résoudre ses crises tant qu’on n’a pas décidé du positionnement régional du pays et qu’on n’a pas fixé les principes fondateurs de son mode de gouvernement, en commençant par la loi électorale et allant graduellement au dépassement du confessionnalisme politique vers la laïcité. »

    Quid de la communauté chiite ? Est-elle aujourd’hui étrangère au projet de l’État ?
    « La “question chiite” relève surtout de l’ordre des choix régionaux des représentants qu’ils cherchent à imposer leur ligne par la force des armes. Parlant du Hezbollah, il convient de rappeler que le parti de Dieu a connu une évolution en 3 étapes. 
    Jusqu’à la fin des années 1980, le Hezbollah s’est contenté d’être un groupe militaire doté d’institutions partisanes et religieuses. En 1989, Damas et Téhéran ont procédé à une distribution des rôles en vertu de laquelle Amal a été consacrée comme partenaire chiite du clientélisme politique et le Hezbollah a hérité du monopole de la résistance d’autant plus que la gauche avait sévèrement reculé, même avant qu’elle ne soit victime d’une vague d’assassinats. 
    En 1992, sous la direction de son actuel secrétaire général, Hassan Nasrallah, le parti a participé aux élections législatives pour plusieurs raisons liées notamment à un besoin de participer à la vie politique du pays afin de se présenter comme un parti libanais et non comme une ramification iranienne.
    Tant que la vie politique libanaise était régie par son allié stratégique, le régime syrien, le Hezbollah se sentait en sécurité. Entre 2000 et 2005, le parti est donc demeuré essentiellement un groupe militaire, une sorte de résistance oisive contre une occupation révolue, avec un visage politique. 
    Depuis 2005, le Hezbollah a entamé la 3e étape de sa trajectoire en tentant de jouer le rôle de régent politique naguère rempli par le régime syrien, afin de maintenir son monopole des décisions de guerre et de paix.
    Si le parti a trouvé un soutien à ses choix catastrophiques dans les rangs chiites, c’est que sous le système confessionnel actuel, chaque collectivité aspire à avoir un parti fort face aux autres communautés. De plus, le Hezbollah a lancé une campagne de propagande pour tenter de montrer que son mini-État est le seul moyen de protéger le Liban-Sud face à Israël. Il tente aussi de répandre l’idée que seules ses armes peuvent protéger la communauté chiite après le retrait syrien. Il ne faut pas oublier également les réseaux sociaux et financiers du Hezbollah qui ont encadré plusieurs générations, aidés par l’incurie des institutions étatiques et notamment des municipalités. C’est grâce à ces facteurs que le parti a pu élargir sa base populaire et réduire les divergences entre les partisans d’Amal et les siens.
    Face à la montée en puissance du Hezbollah, la majorité, elle, a multiplié les bévues. Le 14 Mars aurait dû, dès 2005, mettre la pression sur le dossier des armes du parti tout en offrant à ce dernier les garanties dont il a besoin (protection de ses dirigeants, efforts diplomatiques pour l’ôter de la liste américaine des formations terroristes, etc.). Elles auraient dû également, durant la guerre de 2006, lancer une offensive politique et diplomatique plus agressive pour réclamer, dès le premier jour, un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, tout en condamnant le comportement du Hezbollah qui a mené une opération derrière la ligne bleue. Même si cela n’aurait pas modifié les plans du parti, on aurait quand même pu réfuter d’office ses arguments accusant la majorité de ne pas avoir “protégé les chiites” de l’ennemi. 
    Mais en aucun cas l’on ne peut mettre les deux camps sur un pied d’égalité. Le Hezbollah reste le 1er responsable de la détérioration de la situation vu qu’il s’agit du seul parti armé, et vu qu’il couvre politiquement la contre-offensive que mène le régime syrien depuis juin 2005 contre le Liban. Sa machine médiatique et les intellectuels qu’elle traîne dans son sillage distribuent les accusations de félonie et les médailles de patriotisme, alimentant la violence dans la rue.
    Il est regrettable de voir que malgré tous les événements des 3 dernières années, le Hezbollah n’a toujours pas compris que les Libanais ne veulent pas rester otages d’une équation régionale, menée par l’Iran, qui prend la cause palestinienne pour prétexte pour servir des intérêts qui n’ont rien à voir avec la Palestine.

    La seule solution aujourd’hui est de se ranger derrière l’État et de soutenir la Palestine par la politique, la diplomatie, l’économie, la finance et la culture, tout en observant une neutralité militaire et en œuvrant pour la réforme du système confessionnel.
    Le projet de l’État est la meilleure arme face au Hezbollah et à Amal, et non certains autres groupes chiites qui apparaissent dépourvus de projets modernistes et inféodés aux autres communautés. »

    Propos recueillis par Mahmoud HARB
    L’Orient-Le Jour
    14.03.2009

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