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    Libérations

    On ne le dira jamais assez : le début des travaux du Tribunal spécial, hier, à La Haye, représente une victoire pour le Liban tout entier. En aucun cas la marche pour la justice et la vérité ne devrait en effet être perçue comme une volonté de revanche d’une partie contre une autre. La justice n’est pas la vengeance : le monde du droit, dans toute sa noblesse et sa complexité, sépare ces deux concepts antinomiques.

    Partant, ceux qui continuent – au terme de ces quatre ans d’efforts ininterrompus pour garantir la mise sur pied de ce tribunal – de dégager des ondes négatives ; de manifester leur mauvaise humeur, en public comme en privé ; de continuer à certifier avec toute l’assurance du monde que « le tribunal ne démarrerait pas, qu’on ne découvrirait jamais la vérité », comme ce chef politique du 8 Mars l’a fait durant ces dernières années devant ses hôtes… Ceux-là doivent comprendre que ce sont eux qui ont choisi, délibérément, de se braquer contre le tribunal spécial, de se mettre en porte-à-faux avec (sinon en travers de) la dynamique de la justice, que rien ni personne ne les a obligés à suivre ce chemin. Qu’ils l’aient fait mus, littéralement métamorphosés, par une culture de la haine – ne disaient-ils pas d’ailleurs en privé qu’ils voulaient « transformer la sépulture de Rafic Hariri en toilettes publiques »… c’est dire si la haine peut rendre certains esprits complètement malades – ou pour des calculs de politicaille, peu importe. L’essentiel, c’est, qu’au final, aucun déterminisme n’a pesé de son poids pour obliger qui que ce soit à choisir son positionnement. Chacun assumera, devant l’histoire, sa propre responsabilité d’avoir tenté de torpiller la bonne marche pour la vérité, que ce soit par des troubles sécuritaires ou par une certaine posture de blocage. Et, surtout, tout cela n’aura en définitive servi à RIEN – c’est la morale de l’histoire – puisque le tribunal fonctionne désormais et établira ce que la Constituante d’un million et demi de Libanais avait réclamé dans la rue le 14 mars 2005 : la justice réparatrice. Qu’à cela ne tienne, rien n’empêche encore ceux qui ont tenu à prendre l’autoroute de l’histoire à contresens de revenir sur leurs pas et de procéder à une autocritique. Encore une fois, l’un des paramètres nouveaux, d’ailleurs introduit par la dynamique du tribunal international, c’est la capacité de faire son choix personnellement et d’assumer ses responsabilités et les conséquences de ses options. Cela est l’autre nom de l’individuation. Cette dernière ne faisant pas bon ménage avec le culte du chef et la frénésie des masses exaltées par les néo-patriarches politiques de pacotille, gageons qu’un tel processus de remise en question est devenu impossible à l’heure qu’il est. Tant pis.

    Mécontents ou pas, qu’on ne s’y trompe pas pour autant : l’impact des images en provenance de La Haye est énorme pour le Liban et le Moyen-Orient. Elles représentent rien moins qu’une sorte d’introduction, d’intronisation de la justice dans des contrées abandonnées, depuis près d’un demi-siècle, à la loi de la jungle, dans une région devenue la terre de prédilection du terrorisme des États contre leurs peuples et contre les peuples voisins.

    Cependant, la représentation symbolique que l’on retiendra forcément de ce 1er mars est cette image que le 14 Mars a voulu lui donner, en allant fleurir la tombe des hommes tombés pour la souveraineté du Liban : personnalités politiques, intellectuels, militaires, gardes du corps, ou simples citoyens victimes du terrorisme. C’est comme si l’imminence de la justice réveillait une aspiration transcendante à une patrie commune ; une patrie, un vouloir-vivre ensemble, fondés par l’établissement d’une mémoire collective reposant sur un cortège de martyrs. L’image est parfaitement symbolique : les martyrs, unis dans la mort par leur lutte, transmettent ainsi aux vivants un double témoignage, un double héritage, celui de rester fidèle à l’unité et d’entretenir la flamme de la volonté, pour préserver la souveraineté ; avec, comme seul et ultime garant, la justice.

    Ce processus complexe est tout à fait nouveau au Liban, et il ne faut pas relativiser l’ampleur de son importance au niveau des consciences individuelles et de la conscience collective, qui plus est dans un pays qui vivait, il y a moins de vingt ans encore, dans l’enfer des « lignes de démarcation » et des prises d’otages à caractère confessionnel. Certes, il s’est manifesté clairement pour la première fois le 14 mars 2005, mais il tient bon, malgré toutes les tentatives menées, depuis, pour le saborder.

    La grande nouveauté, en ce 1er mars 2009, c’est de réaliser comment la justice peut contribuer, dans tous les sens du terme, au propre comme au figuré, dans les faits et dans les esprits, à délivrer un peuple de ses chaînes.

    Michel HAJJI GEORGIOU
    L’Orient-Le Jour
    02.03.2009

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