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    Les fortunes du vice

    On peut toujours faire pire. Surtout quand on est un Assad.

    Personne mieux que les Libanais, à part naturellement le peuple de Syrie, ne connaît, dans la théorie et dans la pratique, la nature viciée et vicieuse du régime syrien. Sa haine de l’autre, quel qu’il soit. Son culte de la terreur permanente, de la mise sous tutelle de toutes les libertés, de l’Anschluss des volontés individuelles ; son culte de la paranoïa, de l’espionnage, de la délation, du secret, des manigances et du complot ; son culte de la minorité. Personne mieux que les Libanais, à part naturellement le peuple de Syrie, ne (re)connaît dans sa chair la haine du régime syrien pour la vie, pour des (sou)rires, pour un dessin, pour une chanson, pour un web-hopping, pour un quotidien simple, civilisé, serein. C’est exactement cela : le régime syrien ne supporte pas la sérénité des hommes et des femmes, sunnites, alaouites et chrétiens, qui font la Syrie.

    La barbarie de Damas est désormais normée. Institutionnalisée. À échelle réduite, ses exactions heure par heure n’auront un de ces jours plus grand-chose à envier à celles commises par les nazis contre les juifs. Roberto Begnini pourrait tourner une simili-La Vita è Bella à Homs, Hama, Deraa, Deir ez-Zor, n’importe où dans cette Syrie suppliciée jusqu’à la moelle, pratiquement auschwitzée. Le Baas n’est plus qu’une immense, une bestiale milice : le Quai d’Orsay s’horrifiait ces dernières heures d’une info, dont il dit attendre une éventuelle confirmation, de la mort d’un petit garçon de huit ans, torturé jusqu’à l’os par un régime sauvage, qui balaie tous les interdits d’un revers de kalachnikov. Et Hamza el-Khatib et ses tout frêles treize ans assassinés de sang-froid par les chabbiha ? Et Ibrahim Kachouh et sa trachée dynamitée parce qu’il a chanté contre le sayyed el-raïs ? Et Ali Farzat et sa délicieuse espièglerie et ses doigts fracassés et ses caricatures qui hurlent et qui appellent à l’aide Sélim el-Laouzi, ce journaliste libanais tué sous l’occupation syrienne, avant ou après que ses mains n’eurent été trempées dans de l’acide ? Et Rafah Nached et sa détermination à aider l’autre, chaque autre de ses compatriotes à vaincre sa peur infinie, avec ou sans kebbé aux cerises ; cette psychanalyste brillante et solaire et qui ne verra peut-être jamais sa petite-fille ? Et Ghayath Matar, enfin, le doux, le petit Gandhi Ghayath Matar, qui offrait des roses blanches et des baraziks aux monstres dépêchés dans son quartier pour tout réduire de nouveau à ce silence vital pour le Baas, le doux Ghayath Matar martyrisé jusqu’à plus soif ?

    Tout cela n’est pas bien grave : la famille Assad a fait pire.

    Assommé par les atrocités du régime syrien et par l’inconscience et l’indécence absolues de Moscou, de Pékin, de Pretoria, de Brasilia, de New Delhi, de Téhéran et, surtout, de Beyrouth, le citoyen du monde, et en particulier le Libanais, se réveille chaque matin, chaque vendredi, en espérant davantage, bien davantage de morts en Syrie pour que les Syriens puissent espérer voir le début de la fin de leur Golgotha et pour que cessent les crimes contre l’humanité de la famille Assad, dont ce citoyen se sent, bon gré, mal gré, le très silencieux complice.

    Cela, personne, personne avant ces Assad bien aidés d’ici et d’ailleurs, n’avait réussi à le faire.

    P.S. : on peut toujours faire pire. Les vices et les vicissitudes du régime syrien continueront décidément toujours, toutes proportions certes gardées, de contaminer les alliés de Damas au Liban. Voilà ainsi le très aouniste président de la municipalité de Hadeth qui prend une inédite et illégale initiative : obliger les débits d’alcool, sans le moindre préavis et sous le très fallacieux prétexte que cela dérange les habitants, à fermer leurs portes dès 21h00. Inédite puisque même son collègue de Nabatiyeh ne s’y était pas autorisé : c’est la milice du Hezbollah qui s’y est employée, il lui a juste suffi de deux ou de trois menaces. Sans le vouloir sans doute, Georges Aoun est le premier élu local à introduire au Liban, dans ses décrets et sur le terrain, le concept de cantons, faisant d’un Hadeth qui n’a rien demandé à personne la dernière (mais non pas l’ultime) acquisition de la wilayet el-faqih, et prouvant finalement que rien n’égale les vertus immarcescibles du changement et de la réforme. C’est grandiose – en attendant, bien sûr, les explications fumeuses du très gaillard ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel himself.

    Ziyad MAKHOUL
    L’Orient-Le Jour
    17.09.2011

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