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    Quel Avenir pour le Liban?

    Le président du Renouveau Démocratique Nassib Lahoud répond à la question que pose Michel Hajji Georgiou à plusieurs personnalités libanaises dans le hors-série annuel de L’Orient-Le Jour, publié en mars 2007. 

    Quand il faut répondre à la question «Quel avenir pour le Liban?», il est bien difficile de se détacher de l’actualité qui secoue le pays et paralyse en quelque sorte la capitale, des discussions autour du gouvernement d’union nationale et du bras de fer entre la majorité et l’opposition. Or ne pas s’en détacher c’est se limiter à l’arbre qui cache la forêt.
    L’un des plus grands problèmes auxquels est confronté le Liban aujourd’hui est l’incapacité de se projeter dans le long terme, voire dans le moyen terme; et cela pose un dilemme. Occulter l’actualité pressante relève de l’irréalisme; se contenter des circonstances actuelles relève de la myopie politique, voire de l’aventurisme, et empêche l’ouverture de perspectives nouvelles pour le pays. Il convient alors d’adopter une approche composite, qui tient compte des blocages actuels … pour mieux les dépasser.
    L’avenir auquel nous aspirons sera stable ou ne sera pas. Stabilité et pérennité ne peuvent être assurées que par des piliers solides, que nous résumerons au nombre de quatre.
    Tout d’abord, la justice. Depuis octobre 2004, le Liban a été secoué par une vague d’attentats terroristes qui a coûté la vie à des personnalités de premier plan, grièvement blessé d’autres et détruit la quiétude de plusieurs régions, dans le but d’empêcher le pays de recouvrer sa souveraineté et de punir ceux qui se sont investis, dans la politique, l’économie et le journalisme, pour restaurer le régime démocratique. Perpétuer la règle de l’impunité, en vigueur depuis 1976, n’est en aucun cas acceptable. C’est dans ce sens que s’inscrit la lutte du « 14 Mars » pour la création du tribunal international chargé de faire la lumière sur cette série d’assassinats, de permettre aux familles des victimes et à leurs supporters de faire le deuil, et ultimement d’empêcher l’instrumentalisation de la douleur à des fins confessionnelles et éviter ainsi la dislocation du tissu social libanais.
    Le second pilier est celui de la reconnaissance mutuelle des sacrifices, des efforts et des contributions de tous les Libanais. La logique de l’exclusion et de l’accaparation des mérites constitue un autre grave danger pour l’unité et le «vivre-ensemble» au Liban. Un avenir stable ne peut se fonder que lorsque tous les courants politiques reconnaîtront réciproquement la valeur du combat contre l’occupation israélienne du Sud-Liban, du combat pour garder la flamme de la résistance contre l’hégémonie syrienne allumée malgré l’oppression du régime policier gouvernant jusqu’en 2005, et enfin celui d’une frange politique qui a posé les bases de la réconciliation et de la main tendue afin de faire de la lutte pour la souveraineté une cause trans-confessionnelle.
    L’autre pilier essentiel est celui de la prospérité. Celle-ci comporte deux volets. Le premier est socio-économique et ne peut être assuré que par le retour de la croissance et le freinage du cercle vicieux des déficits et de l’endettement. Il suppose des efforts d’assainissement des comptes publics, des réformes structurelles, des sacrifices, mais aussi, des politiques sociales assurant des filets de sécurité pour les plus vulnérables et une logique de développement durable et équilibré de toutes les régions. Le social n’est pas un élément cosmétique pour faire passer la pilule économique, mais une condition fondamentale pour l’établissement d’un environnement propice à la réussite des efforts budgétaires. Le plan de réforme pour Paris-3 est un pas dans ce sens, qui mérite une discussion rationnelle et scientifique, afin de maximiser ses avantages et améliorer ce qui risque de limiter sa portée. Le second volet de la prospérité, lié au premier, est politique. Il passe par le strict respect des résolutions internationales, notamment la 1701, et des règles constitutionnelles libanaises. Ainsi naîtrait un climat apaisé, favorable au dialogue franc et à la reconstruction de la confiance des Libanais, de la communauté internationale et des investisseurs en ce pays, freinant ainsi l’hémorragie du capital humain libanais vers l’étranger.
    Enfin, et c’est là un pilier qui a longtemps été occulté, le développement des réseaux de la société civile libanaise, dans le sens de la citoyenneté et de la rencontre de l’autre. Durant la période de la mainmise syrienne, nombre d’initiatives citoyennes ont été combattues et interdites, retardant l’établissement de relations civiles au niveau de la base, entre les citoyens. Encourager les initiatives de cet ordre, sur des thèmes d’intérêt général, outre son intérêt en soi, est un rempart contre les tentatives de couper les liens du tissu social et de monter les Libanais les uns contre les autres sur des bases communautaires renfermées.
    A l’abris de tout fanatisme partisan, le Renouveau Démocratique entend jouer son rôle dans chacun de ces piliers: par son soutien et sa participation aux efforts pour la constitution du tribunal international, par son appel constant à un dialogue franc entre Libanais, immunisé contre les ingérences et les aspirations hégémoniques, par sa participation au débat socio-économique comme ses membres l’ont toujours fait et enfin par le développement de sa présence dans tous les secteurs de la société civile, comme vecteur d’idées nouvelles et lanceur d’initiatives.
    Ces quatre piliers fixés, l’avenir du Liban peut être envisagé sur des bases plus saines, moins émotives et plus prometteuses. Une fois « Taef » appliqué et son esprit scrupuleusement respecté, des réformes en profondeur pourraient être alors mises en oeuvre sur l’agenda national, dont le but ultime serait le renouveau et la modernisation de la vie politique libanaise. Cela passe nécessairement par le dépassement du cycle traditionnel du leadership politico-confessionnel.
    L’échéance présidentielle de 2007 est en ce sens un défi important à relever, où le vrai choix, au-delà des personnes, se ferait entre la soumission à la logique communautariste ou l’ouverture du système politique à la modernité. Cela devrait favoriser la tenue d’un débat serein et raisonné (quasi impossible dans le contexte actuel) sur la réforme du système électoral, vers une représentativité mieux respectée, la fin des monopoles confessionnels, la modernisation du financement et du mode des campagnes électorales et par l’accession au Parlement d’idées libérales, pluralistes et innovantes.
    On aurait ainsi, non seulement mérité, mais surtout consolidé, notre deuxième indépendance, très chèrement reconquise.

     

    Nassib Lahoud, L’Orient-Le Jour 

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