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    Affaires très étrangères

    Il y a neutralité et neutralité. Celle qui, dans les années 50 et 60, fut matière à vive polémique dans notre pays paraissait répondre naturellement au label de Suisse de l’Orient dont se parait à l’époque celui-ci. Ce n’était là qu’illusion cependant : le Liban, souffrant en permanence de profonds clivages internes – lesquels, à leur tour, appelaient irrésistiblement les ingérences étrangères –, allait très vite se trouver prisonnier des convulsions régionales.

    Morte et enterrée cette neutralité utopique, c’est d’une neutralité carrément mensongère face aux évènements de Syrie que cherche à se prévaloir aujourd’hui (et de manière pas très digne, de surcroît) le gouvernement libanais. Mensongère d’abord parce que ce gouvernement est notoirement dominé par des forces acharnées à arrimer bon gré, mal gré le pays à l’axe syro-iranien, et que ce sont elles en réalité, plutôt que Nagib Mikati, qui donnent le ton. Le Premier ministre a certes salué d’une main le dur appel qu’a lancé le roi d’Arabie à Bachar el-Assad pour qu’il arrête sur-le-champ le massacre ; et il a brandi de l’autre le principe de non-immixtion dans les affaires intérieures du voisin syrien. Mais tout centriste qu’on soit, il ne suffit pas de tenir le balancier par le milieu pour jouer de convaincante manière les funambules.

    Peu digne ensuite est la performance gouvernementale parce que c’est le régime baassiste lui-même qui se charge de lever toute équivoque, de dissiper tout malentendu pouvant subsister quant à la vassalité sans faille des autorités libanaises du moment. Invité – plus exactement convoqué – à Damas, le chef de la diplomatie libanaise Adnane Mansour s’est vu décerner par le président Assad en personne, un Assad faisant de plus en plus figure de pestiféré, le titre de premier chef de diplomatie arabe à fouler héroïquement le sol syrien depuis des mois. En revanche, c’est au ministre Mansour qu’a échu l’insigne honneur de relayer fidèlement aux médias la bonne parole présidentielle, à savoir qu’il est du devoir de tout État de sévir sans pitié contre les fauteurs de troubles…

    Il est vrai que la diplomatie libanaise en avait vu d’autres. Et cela se passait la veille seulement au Conseil de sécurité de l’ONU, où le Liban fut seul à prendre ses distances d’une déclaration présidentielle à la formulation si équilibrée pourtant qu’elle avait recueilli l’adhésion des amis ou protecteurs de la Syrie, et à leur tête la Russie. Le plus triste n’est pas là, mais dans l’indulgente, la charitable compréhension qu’a obtenue l’abstention libanaise de la part d’une communauté internationale de plus en plus exaspérée par la brutalité de la répression en Syrie. C’est à un pays aux traditions libérales, mais visiblement non maître de ses destinées, à un minuscule pays qui compta jadis parmi les membres fondateurs de l’ONU, mais une fois de plus retenu en otage, qu’est allée en effet ce qu’il faut bien appeler la commisération internationale.

    Cela dit, la diplomatie internationale vaut-elle beaucoup mieux, en termes d’efficacité, face à la folle, sanguinaire et irréversible dérive du régime de Damas ? Parti délivrer hier un message de la dernière chance, le ministre turc des AE n’a ramené de Damas que de nouvelles promesses de réforme ; le même et précaire résultat attend très probablement les émissaires du groupe IBAS (Inde, Brésil, Afrique du Sud) qui se rendront aujourd’hui dans la capitale syrienne. C’est que près de cinq mois après le début d’une contestation qui a déjà fait plus de 2 000 morts, on continue de s’égosiller à prêcher la réforme à un système policier tout simplement incapable de se démocratiser, auquel cas il se serait lui-même passé la corde au cou.

    De manière fort inattendue, c’est d’un monde arabe émergeant soudain de sa léthargie que vient de pointer l’espoir d’un discours plus sérieux en faveur des populations martyrisées de Syrie, même si demeure exclue une intervention militaire à la libyenne. Le courtois et néanmoins implacable réquisitoire du roi d’Arabie, les rappels d’ambassadeurs décrétés par trois royaumes du Golfe, le cri d’effroi d’al-Azhar, les alarmes de l’Égypte, tout cela constitue d’ores et déjà un large pan de parapluie arabe : condition nécessaire – encore que non suffisante – à toute action concertée contre les tyrannies du cru.

    Issa GORAIEB
    L’Orient-Le Jour
    10.08.2011

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