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    Dans le discours de Nasrallah, de nombreuses inconsistances

    Hassan Nasrallah a-t-il convaincu l’opinion publique de l’innocence des quatre membres de son parti visés par l’acte d’accusation ? Trois jours après le discours du secrétaire général du Hezbollah, il semblerait que seuls les partisans et sympathisants du parti chiite aient vraiment mordu à l’hameçon et pris, très religieusement d’ailleurs, ses arguments au sérieux. Le patron du Hezb a probablement réussi aussi à semer le doute dans l’esprit de quelques indécis, qui n’ont aucunement la possibilité de vérifier le bien-fondé des informations avancées et qui, de surcroît, ignorent l’historique de cette enquête complexe qui perdure depuis plusieurs années.

    Inutile de dire par ailleurs que Hassan Nasrallah ne s’adressait certainement pas au 14 Mars, sachant que de ce côté-là, la bataille est considérée comme perdue d’avance.

    Prise dans son ensemble, l’intervention du numéro un du parti chiite était certes étoffée de renseignements forts intéressants à plusieurs niveaux. Cependant, il n’a réussi à aucun moment à répondre à la question majeure que se pose l’opinion publique : les quatre membres du parti sont-ils ou non innocents ?

    Depuis les révélations faisant état de bévues qui auraient entaché le mandat du chef de la commission d’enquête, Detlev Mehlis, secondé par Gerhard Lehmann, jusqu’à l’affaire des ordinateurs qui auraient été transférés à La Haye via Israël, en passant par les accusations portées concernant l’amitié présumée du président du TSL Antonio Cassese à l’égard d’Israël, ou les fuites véhiculées par les médias sur la teneur de l’acte d’accusation et les noms des prévenus, rien dans l’exposé du chef du Hezbollah n’a été mentionné concernant l’innocence présumée des inculpés, sauf l’évocation timide par l’orateur des « preuves circonstancielles » qui, selon lui, ne « sauraient être acceptées ». Un argument qui suscite une interrogation de taille : comment le dignitaire chiite a pu deviner quel type de preuves sera avancé devant la cour, et quels sont les éléments que détient le procureur à l’encontre des prévenus ? Sans oublier le fait que le débat autour du bien-fondé des preuves revient aux avocats de la défense, et non au dignitaire chiite, investi d’un rôle on ne peut plus politique. Autrement dit, le discours du secrétaire général pèche par son caractère politico-idéologique, alors que le dossier est, à l’heure actuelle, on ne peut plus judiciaire.

    Même en défendant l’affaire des quatre généraux qui, reconnaissons-le, aurait dû constituer le cheval de bataille de son intervention, le patron du Hezb a failli à sa mission. Dire que la commission d’enquête présidée par Detlev Mehlis a commis des infractions, que ce soit au plan de l’arrestation des quatre généraux, ou de la corruption présumée de Gerhard Lehmann, ne peut entacher le processus dans son ensemble, encore moins la crédibilité du TSL, les deux instances étant complètement séparées. Or dans l’affaire des arrestations des quatre généraux, la seule prestation sur laquelle le tribunal peut éventuellement être « jugé » est bel et bien la remise en liberté des officiers. Autrement dit, le procureur du TSL et autres acteurs principaux au sein de cette cour ne sauraient être tenus pour responsables des erreurs ou malversations de M. Mehlis et de son équipe. C’est ce que le général Jamil Sayyed a d’ailleurs saisi dès le départ, en s’adressant d’une part à la justice libanaise, lui faisant assumer, à juste titre, le poids de sa détention arbitraire. L’officier a ensuite été à la source, c’est-à-dire au TSL, pour tenter de récupérer les documents susceptibles de l’aider à obtenir une compensation morale.

    Pour ce qui est en outre de l’affaire des pots-de-vin qu’aurait touchés l’adjoint de M. Mehlis, la vidéo diffusée samedi ne prouve rien en elle-même. C’est à l’ONU que devrait s’adresser le secrétaire général du Hezbollah et non au TSL, qui n’est pas habilité par son mandat à se saisir de l’affaire, pour demander l’ouverture d’une enquête. Une fois de plus, si M. Lehmann est effectivement reconnu comme « corrompu », cela ne veut pas dire, à ce stade de la procédure, que les inculpés désignés sont moins coupables.

    Quant à l’amitié présumée de M. Cassese envers Israël, elle reste purement théorique, puisque, dans le passage vidéo qui est montré, ce n’est pas le président du TSL personnellement qui revendique cette amitié, mais plutôt le modérateur de la réunion qui le fait en son nom. Force est de relever par ailleurs l’absence du juge italien à ce fameux congrès réunissant des organisations israéliennes, alors qu’il avait déjà été nommé à la tête du TSL, ce qui prouve bel et bien que le magistrat a respecté son engagement d’indépendance, quelle que soit son opinion personnelle sur l’État d’Israël.

    Le chef du Hezbollah, qui a tenu à montrer sur caméra les extraits d’un document dans lequel M. Cassese affirme qu’Israël est une « démocratie » – ce qui reste finalement une opinion – omet sciemment de montrer les quelques phrases qui suivent figurant sur le même document, Cassese ayant affirmé qu’en tant que démocratie, l’État hébreu n’aurait pas dû commettre de tels crimes à Gaza. Une phrase qui n’a pas échappé à un observateur averti ayant attentivement scruté le document exhibé dans les détails. Inutile de dire d’ailleurs que les écrits juridiques et prises de position de ce magistrat internationalement reconnu, notamment pour ses réalisations au sein du tribunal de l’ex-Yougoslavie, ne relèvent pas de secrets d’État. Ils sont facilement accessibles au public sur le moteur de recherche Google.

    Mais il convient de se demander aussi à quoi sert vraiment cette remise en cause du juge Cassese. En quoi intéresse-t-elle le sujet attaqué par le patron du Hezbollah ? Quel rôle a en effet joué M. Cassese, président du TSL et de la chambre d’appel, dans la préparation de l’acte d’accusation, alors que ce dernier est exclusivement le produit du bureau du procureur ?

    Quant à l’autre document qui provient, selon le secrétaire général, « des douanes israéliennes », il s’est avéré être un document de l’Onust. D’ailleurs, se demandent les analystes, comment se fait-il que Hassan Nasrallah n’ait jusqu’à présent pas remis à la presse ces deux documents pour apporter plus de crédibilité à ses propos ?

    utre question que l’on est en droit de se poser, celle de savoir pourquoi le greffier du TSL aurait pris tant de peine à faire transiter les ordinateurs par l’État hébreu, alors qu’un simple disque dur facilement transportable, ou un ensemble de clés USB auraient fait l’affaire ? Quel serait l’intérêt de ce remue-ménage surtout quand on connaît les mesures de sécurité et de précaution que prennent les enquêteurs internationaux dans ce genre d’affaires, notamment l’utilisation de clés USB qui ne fonctionnent qu’aux seules empreintes digitales de leur propriétaire ?

    Certes, les multiples fuites qui ont circulé dans les médias sur l’enquête, sa teneur, ainsi que sur les noms sont, incontestablement, préjudiciables et portent atteinte à l’enquête elle-même, mais ne sauraient remettre en cause l’ensemble de la crédibilité du TSL, encore moins la culpabilité des auteurs du crime qui serait déclarée par cette instance. Force est de constater que ce n’est ni la première ni la dernière fois que les journalistes tentent, par tous les moyens, d’arracher un scoop par tous les moyens. C’est à la défense d’ailleurs qu’incombe la tâche de plaider contre ce vice de forme ou appelons-le « accident de parcours ». L’affaire des fuites pourra d’ailleurs être soulevée devant le TSL, et non, encore une fois, dans les médias par un responsable politique comme Hassan Nasrallah. On le sait déjà : les précédents existent dans d’autres tribunaux internationaux, notamment au TPIY, qui avait d’ailleurs intenté un procès en bonne et due forme contre la personne responsable des fuites. Cela n’a pas pour autant empêché cette cour de retrouver et de juger les coupables.

    Venons-en enfin à la série des agents de la CIA, du FBI et de Scotland Yard, dont certains ont fait un court passage au bureau du procureur. Sur ce point, il est indiscutable que le secrétaire général du parti chiite a toutes les raisons de craindre le passé de ces nouveaux acteurs au sein du TSL. À la nuance près que rien, jusqu’à nouvel ordre, n’empêche en principe un ancien agent des services de renseignements de contribuer à une enquête internationale de cette envergure, sachant évidemment qu’il est censé avoir démissionné de son ancien poste. Les agents présumés de la CIA ont beau avoir le Hezbollah dans le collimateur, ou, à l’instar d’un Doreid Bcheraoui, faire preuve de leur hostilité à la résistance, cela n’ajoutera en rien aux preuves tangibles et irréfutables que le bureau du procureur est appelé à présenter devant la cour et que la défense pourra à tout moment réfuter.

    Le plus étonnant enfin dans l’exposé du secrétaire général du Hezbollah est le fait qu’à aucun moment il ne s’est adressé au juge de la mise en état, Daniel Fransen, dont il n’a même pas mentionné le nom. Or le chef du Hezbollah n’a épargné personne, jusqu’à présent, parmi les responsables du TSL depuis le début de sa bataille contre cette instance juridique. Sauf Fransen, dont la réputation ne semble guère reprochable aux yeux du chef du Hezbollah. Une attitude pour le moins surprenante, d’autant que Daniel Fransen est bien celui qui a confirmé l’acte d’accusation présenté par le procureur.

    Jeanine JALKH
    L’Orient-Le Jour
    05.07.2011

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