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    Silence !… On tue

    Sous forme de manchette de quotidien, une déclaration sibylline de l’administration US nous laisse songeurs : « La légalité du régime syrien près d’expirer. » Si le diagnostic des spécialistes de Washington se fonde sur l’état clinique du patient syrien, les mêmes spécialistes n’ont pas estimé devoir émettre le moindre pronostic. Pour combien de temps encore durera l’épreuve du moribond et que peut-on faire pour le soulager et écourter son insupportable agonie ? Combien de malheurs faudra-t-il encore avant que l’administration US ne juge que le moribond a atteint le stade de mort clinique et qu’elle arrête de le réanimer ?

    En l’absence de toute réponse, le malade est extrêmement agité et se débat dans des mouvements désordonnés qui vont dans toutes les directions. Chaque jour apporte son lot macabre de dépouilles abattues à bout portant, battues souvent, torturées presque toujours, mutilées parfois. Les témoignages surabondent malgré la chape de plomb qu’un régime de fer a établie sur le pays et par laquelle il verrouille son territoire. Rien ne filtre. L’ordre règne dans l’Apamène, la Palmyrène, la Syrie-Creuse, l’Euphratésie, l’Osrohène, l’Auranitide et la Décapole, des noms oubliés mais qui, dans notre mémoire, ne sont point associés aux torrents de sang innocent qui inondent le territoire de cette Syrie moderne, depuis Deraa et le Hauran jusqu’à la vallée de l’Oronte et les rivages de l’Euphrate, sur lequel règne le jeune et « réformateur » Docteur Bachar.

    Silence, on tue. Silence, nul n’entend les gémissements, les soupirs et les hurlements des hommes enfermés dans les geôles du régime. Il y a si longtemps qu’on a oublié jusqu’au nom de ces visages qu’il a fait disparaître sous le ciel du Liban et d’ailleurs. Tel est le mot d’ordre : Silence ! On tue. Oui mais c’était sans compter avec cette petite merveille perverse qu’est la révolution informatique. Tout le monde a vu le doux visage du petit Hamza. Tout le monde a pu voir les traces des sévices que le petit a dû subir grâce au traitement particulier des services de barbouzes de son pays. On n’ose pas imaginer les hurlements du gamin et les ricanements des tortionnaires. La Sainte Inquisition était jadis infiniment plus humaine que les geôliers de Syrie. Mais face au silence criminel du monde entier, le sort a voulu que la passion de cette victime innocente soit l’événement qui réveillera les consciences, si conscience encore il y a chez le genre humain.

    Qui a torturé Hamza ? Qui a tué Hamza ? Nous ne connaîtrons jamais l’identité des êtres pervers qui se sont directement acharnés sur le corps du petit. Mais nous connaissons parfaitement les bourreaux indirects ainsi que les complices de l’assassinat. Ce sont tous ceux qui, en dépit des évidences, s’obstinent à afficher leur appui aux bourreaux de Hamza. Il y a d’abord la sainte Russie. Je ne sais ce que doivent penser un saint Serge de Radonège, saint Jean de Cronstadt, saint Seraphim de Sarov, sainte Élisabeth de Russie, sainte Olga et saint Wladimir, les apôtres des Slaves, de l’appui que la Fédaration de Russie accorde au Docteur Bachar. Inutile de s’arrêter sur l’attitude de l’Occident, il y a si longtemps qu’on connaît la duplicité de son langage et le cynisme de sa politique.

    Mais il y a aussi les amis intimes du régime ainsi que ses obligés qui se prélassent dans la douceur de vivre du Liban. Passons sur Sa Clémence Hassan Nasrallah et les siens. Passons sur les multiples agents que le régime entretient ici et là. Mais comment passer sans s’arrêter face à l’appui dont ce régime bénéficie de la part de chrétiens convaincus ou qui ont fait du témoignage chrétien et de la lutte en faveur des « droits des minorités » leur cheval de bataille. Silence ! On tue. Tel est le mot d’ordre qu’ils observent dans le plus heureux des cas : ne rien voir, ne rien entendre. Mais d’autres, parmi eux : prélats, curaillons, nonettes ou individus ordinaires, se lancent dans de savantes rhétoriques dignes de l’appareil de propagande du parti Baas.

    Il n’est pas impossible qu’à leurs yeux le petit Hamza, né dans une famille sunnite, aurait été plus tard un le chef d’un émirat salafiste-sioniste-capitaliste etc. Comment voulez-vous qu’ils puissent appliquer le commandement de leur fondateur Jésus-Christ : aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent. Au lieu de cela, ils ne pensent qu’aux postes dans la moribonde administration libanaise ou aux privilèges que telle ou telle formule de gouvernance leur accorderait.

    Vous avez dit « chrétiens » ? Connaissent-ils encore Jésus de Nazareth ?

    Antoine COURBAN
    L’Orient-Le Jour
    04.06.2011

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