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    Communauté de libertés

    Si les événements en Syrie doivent inévitablement nous interpeller, ce n’est pas seulement par devoir éthique de solidarité face à une terrible répression, qui évoque l’inhumanité des temps de Ceausescu ou de Milosevic. Ce n’est pas non plus seulement parce que toute cette violence insupportable, dont nous sommes témoins par la téléréalité des mauvais enregistrements réalisés par le biais des téléphones mobiles, se déroule à quelques kilomètres à peine de chez nous. C’est surtout parce que le Liban est inséparable de la Syrie – au risque de décevoir ceux qui pensent encore que le pays du Cèdre est une petite île perdue au milieu de la Méditerranée ou de la mer Baltique. Or, le Liban n’est pas Chypre, encore moins Bornholm.

    De toute évidence, la relation n’est pas, et ne saurait être, inscrite sous le signe de la dépendance, celle « de la communauté des destins et des volets » que le régime syrien a asséné, par le biais de dirigeants libanais serviles, au peuple libanais durant plus de trois décennies pour légitimer une occupation militaire et une tutelle politique. Évidemment pas. Cependant, à la lumière des événements qui se déroulent actuellement sur l’ensemble du territoire syrien et de leurs répercussions immédiates au Liban, l’on peut constater à quel point un Liban souverain, indépendant, libre, stable, assumant pleinement sa vocation libérale, ne peut exister tant que la Syrie n’est pas débarrassée de la tyrannie du Baas et ne recouvre pas la démocratie et l’alternance au pouvoir.

    Il suffit en effet de passer en revue les événements des cinq dernières années pour se rendre compte que l’idée d’un Liban réellement pacifié et démocratique à l’ombre du Baas syrien est aussi impossible que celle d’une France libre amenée à coexister avec le IIIe Reich et Hitler. L’aventure souverainiste et proto-démocratique du printemps de Beyrouth s’est immédiatement heurtée, par le travail d’usure syro-iranien (et l’aide de moins en moins occulte d’Israël), à un véritable mur. Mais les signes qui montrent, ces dernières semaines, un retour en force du régime sécuritaire prosyrien et de ses méthodes antérieures à 2005, ainsi qu’un certain retour formel de la tutelle syrienne et de sa mentalité – et ce au moment même où le régime syrien lui-même vacille sérieusement chez lui ! – viennent encore plus confirmer cette relation symbiotique.

    De l’enlèvement en plein Beyrouth, sous la direction de l’un des fils des quatre généraux, de quatre ressortissants syriens opposants au régime, au sabotage, après intimidation orchestrée par les partis prosyriens, de la rencontre de solidarité avec le peuple syrien à l’hôtel Bristol, en passant par les campagnes menées par les médias syriens contre le 14 Mars, ou les excès de zèle de certains médias libanais pour encourager la répression syrienne – comme al-Manar qui a littéralement donné le coup d’envoi du siège de Tall Kalakh en annonçant la « fondation d’un émirat salafiste » dans la ville – les exemples abondent pour montrer que les libertés publiques et les droits civils et politiques, ainsi que le principe même de l’égalité des citoyens devant la loi, sont sérieusement menacés à l’ombre du parapluie baassiste. La raison du plus fort – celui qui a les armes et une partie de l’appareil sécuritaire étatique de son côté – est toujours la meilleure et le règne de la terreur l’emporte toujours.

    Plus grave encore est la remise de trois ou quatre soldats de l’armée syrienne, qui avaient fui la Syrie et trouvé refuge au Liban, aux autorités de Damas par les services de renseignements de l’armée, sans aucune procédure judiciaire, selon les ONG de défense des droits de l’homme. Cette opération intervient alors même qu’il est question, affirment ces milieux, d’une fosse commune à Deraa qui contiendrait plus de 700 militaires syriens, abattus à bout portant d’une balle dans la nuque pour avoir refusé de tirer sur la population civile.

    Le transfert des quatre soldats respecte à la lettre le traité libano-syrien de coopération signé en 1991 par un Liban occupé et une Syrie occupante, et il s’agit d’un acte honteux et inhumain qui contrevient aux principes les plus fondamentaux des droits de l’homme, puisque ces militaires ont vraisemblablement été exécutés sitôt leur retour en Syrie. Comment se taire devant cette non-assistance flagrante à personne en danger, d’autant que le Liban est signataire de toutes les conventions et les pactes internationaux, dont le respect est rendu impératif par une référence dans le préambule de sa Constitution ? Le pire c’est que l’on apprend des milieux des droits de l’homme que des dizaines de civils syriens, qui devraient bénéficier en principe du statut de réfugiés, auraient été également remis aux autorités syriennes et donc envoyés à une mort certaine par certaines parties et certains services libanais.

    Mais ce n’est pas tout, puisqu’il faudrait craindre maintenant, semble-t-il, une intervention de l’armée et des services syriens en territoire libanais, plus précisément dans le Akkar, pour kidnapper des citoyens libanais et les transférer en Syrie, le but étant d’alimenter la propagande officielle – selon laquelle des militants du Courant du futur parcourent, armés, la Syrie, en terrorisant les habitants.

    Et pourquoi pas aussi, bientôt, des demandes d’extradition – en vertu de ce même traité de 1991 – entre le Liban et la Syrie de quelques-uns de ces militants libanais qui soutiennent le droit du peuple syrien à disposer de lui-même ? D’autant que le fameux traité, qui n’a jamais été révisé, donne le droit aux autorités de Damas de réclamer le transfert de toute personne portant atteinte – selon les critères syriens, évidemment – à la sécurité nationale syrienne.

    Oui, n’en déplaise aux Ponce Pilate de tout genre, le sort des deux peuples syrien et libanais pour la liberté et contre la tyrannie est plus que jamais lié – il est temps de le comprendre. Inextricablement lié, dans l’asservissement et la mort surtout, tant que ce régime et ses acolytes syriens et libanais continuent en toute impunité de bénéficier d’un permis de déstabiliser et de tuer.

    Michel HAJJI GEORGIOU
    L’Orient-Le Jour
    23.05.2011

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