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    En rire ou pas

    Le général Michel Aoun comparant sa visite projetée en Syrie à celle de Charles de Gaulle dans l’Allemagne de l’après-guerre ? Voici ce qu’un lecteur nous écrit au sujet de cet improbable parallèle : « Quelqu’un de bien connu a dit qu’il faudrait rire au moins une fois par jour pour rester en bonne santé. Merci infiniment au général Aoun pour contribuer régulièrement à notre bien-être. »
    Il y en a qui en rient, il y en a qui en pleurent. Certains applaudissent et d’autres hurlent à la « mégalomanie ». D’aucuns font même de la surenchère : à leurs yeux, de Gaulle n’est pas à la hauteur, c’est à Jules César qu’il faut remonter pour trouver matière à comparaison. Pendant qu’en face, on évoque une fable de La Fontaine où il est question d’une grenouille et d’un bœuf.

    Dans un registre moins excessif, plus argumenté, certains lecteurs s’interrogent : de Gaulle s’était rendu dans une Allemagne vaincue et dénazifiée, une Allemagne où des troupes françaises étaient encore stationnées. À qui Michel Aoun rend-il visite ? Au pays des Assad ou à celui de Michel Kilo ?
    Une chose est sûre : au vu des réactions que ses diverses interventions suscitent, le général Aoun ne laisse quasiment personne indifférent. Rares sont les hommes politiques qui suscitent autant d’éloges dithyrambiques que de sarcasmes au vitriol.
    Et cette tendance est précisément en plein essor en cette phase préélectorale, dans laquelle le chef du CPL se retrouve en permanence au centre de l’actualité. La raison en est bien simple : ses alliés ne pouvant faire, électoralement parlant, davantage que leur plein – déjà atteint -, c’est son score à lui, et à lui seul, qui déterminera la victoire ou la défaite du projet politique du Hezbollah aux prochaines législatives.
    Car le doute n’est plus permis : l’énigmatique troisième voie, que le général affirmait vouloir rechercher aux débuts de l’actuelle législature, est déjà très lointaine. Par choix ou par contrainte, le CPL s’est laissé glisser lentement mais sûrement dans le sillage du parti de Dieu jusqu’à en épouser souvent les vues et la rhétorique.
    Or cette évolution ne s’est pas faite sans reniements successifs, le plus lourd de conséquences n’étant peut-être pas la visite programmée en Syrie, mais plutôt le document du général Aoun sur la stratégie défensive.

    Laissons de côté la vision martiale (et spartiate) de la société et du pays que développe le général dans ce texte. Elle fait déjà l’objet d’une littérature, pour ou contre, de plus en plus approfondie et volumineuse. Après tout, c’est sa conception, et elle est partagée par de nombreux Libanais. Même si elle relève d’un volontarisme qui heurte les sentiments de nombreux autres Libanais dans ce qu’elle comporte de relents totalitaires.
    Attardons-nous simplement sur un passage qui témoigne de l’ampleur des reniements opérés et qui dit combien Michel Aoun n’est plus lui-même : « (…) La tentative d’Israël de désarmer la Résistance afin de contrôler le pouvoir de décision libanais et, partant, d’imposer ses solutions dans le contentieux avec le Liban et les Palestiniens. Il est aidé en cela par la communauté internationale qui s’emploie à mettre en œuvre de manière sélective les résolutions (du Conseil de sécurité) en insistant sur l’application des textes récents et en ignorant les anciens (…). »
    Ne parlons pas de l’époque où il vantait sa contribution personnelle à l’une de ces résolutions récentes (la 1559), ni de celle où, fraîchement élu à la Chambre, il ouvrait le premier le feu sur l’arsenal du Hezbollah, alors que certains piliers du 14 Mars en étaient encore à quêter piteusement les impossibles fruits de la désastreuse « alliance quadripartite ».
    « La tentative d’Israël de désarmer la Résistance (…) » : ainsi, le général partage aujourd’hui le mépris du Hezbollah pour tous les Libanais hostiles à son arsenal. Ils n’existent tout simplement pas ! Pis encore : ils sont sous-entendus dans le mot « Israël » !
    Voilà bien le genre de déclarations qui sied à une table de « dialogue » !

    Mais il y a plus grave encore : de tout temps, le Liban officiel, et en particulier le général Aoun, s’est accroché aux résolutions onusiennes concernant ce pays comme à une planche de salut afin de fuir la trappe que constituent pour lui les textes plus globaux relatifs au Proche-Orient. Les premiers étaient perçus comme raffermissant son indépendance, son immunité intérieure, alors que les seconds le consacraient dans le rôle de théâtre de règlements de comptes régionaux. On se souvient d’ailleurs du combat mené par le général et ses partisans pour faire prévaloir la résolution 520. Tout comme on se souvient des efforts permanents de la Syrie – ils se poursuivent à l’heure actuelle – pour contrer les résolutions « libanaises ».
    De tout temps, le Liban officiel s’est accroché à ces dernières… jusqu’à Émile Lahoud. Après le retrait israélien du Liban-Sud, en 2000, ce président fut véritablement le premier à inverser la donne, à jouer la carte du maintien du Liban dans la sphère de jeu de l’axe syro-iranien.

    Il y a quelque temps, il a été écrit que le « aounisme » est devenu aujourd’hui la « phase ultime » du « lahoudisme ». Avec une énorme différence : Émile Lahoud ne draine pas les foules. Michel Aoun, si.
    Or justement, au vu de l’évolution de son discours politique, il y a un terrible contraste entre la stature apparente qu’a atteinte le général Aoun et le poids réel du rôle qu’il a à jouer. Les superlatifs – positifs ou négatifs – que l’on sort à tout bout de champ à son sujet finissent par dissimuler l’enjeu véritable qu’il représente aujourd’hui, celui d’un simple appoint.
    Certes, on a besoin de lui pour gagner les élections, mais c’est à peu près tout ce qu’on lui demande. Si l’opposition gagne, ce seront les options du Hezbollah qui seront au pouvoir, et si elle perd, c’est au général que la défaite sera forcément imputée, puisque les vraies batailles n’auront lieu que dans les circonscriptions chrétiennes.
    Derrière l’écran de fumée, se cache une réalité tangible : Hassan Nasrallah a réussi une gageure. Il recrute même en temps de paix.

    Elie FAYAD
    L’Orient-Le Jour
    20.11.2008

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