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    Une Étoile cinq étoiles

    On ne sait à quoi ressemblent exactement ces ailes du Parlement qui viennent tout juste d’être rénovées, et sur l’élégance desquelles s’extasiait l’autre jour le président de l’Assemblée, Nabih Berry, faisant faire aux photographes de presse le tour du propriétaire sur ces mêmes terres où il règne en maître depuis deux décennies. Vous vous fichez sans doute de savoir si les nouveaux bancs combleront ou non, de leur moëlleux, les augustes arrière-trains de nos élus. Et au point où l’on en est dans cette république de toutes les combines, vous vous contrefichez même de savoir ce qu’il en aura coûté au contribuable – faux frais compris – pour mener à terme un chantier qui requérait une telle urgence.

    Là où l’affaire tourne au surréel et à l’absurde cependant, c’est que rien, absolument rien n’est fait pour rénover, pour réhabiliter un tant soit peu,en termes de conformité démocratique, ce machin qui, dans le Liban d’aujourd’hui, tient lieu de Parlement. À commencer ( à tout seigneur tout honneur), par cette présidence Berry qui dure et perdure depuis une vingtaine d’années, faute de candidats chiites osant braver l’OPA milicienne lancée sur cette haute charge. On ne sait trop si ces deux décennies passées au sommet de l’Étoile constituent un record mondial de longévité. Ce qui est sûr en revanche, c’est que le leader du parti Amal est le seul président d’Assemblée à avoir cadenassé, des mois durant, les portes de son domaine, sous prétexte que le gouvernement de l’époque était frappé d’illégalité ; or en admettant même qu’il fut fondé, un tel argument ne rendait que plus impératif, au contraire, un surcroît de vitalité de ce Parlement, par définition souverain.

    Plus grave que cette fossilisation de la présidence est le total dysfonctionnement d’une institution dont la vocation première est de censurer l’action gouvernementale et de légiférer. De la première de ces tâches, l’Assemblée ne s’est guère acquittée, et cela en dépit de l’énorme et inconcevable avantage qu’elle possède : par une des aberrations les plus frappantes de l’accord de Taëf qui servit de cadre à la Constitution, l’exécutif a pratiquement perdu le pouvoir de dissoudre le Parlement, lequel demeure en mesure, lui, de faire chuter le gouvernement.

    En l’espace de 18 ans, la Chambre n’aura procédé ainsi qu’à sept malheureux débats de politique générale, à 16 interpellations. Seules 86 séances plénières auront eu lieu durant la même période s’étalant entre 1992 et 2002. Et pour compléter le tableau, plus de 300 projets et propositions de loi sommeillent en commissions. De nombreuses autres et atterrantes statistiques peuvent être puisées, sur son site Internet, dans une étude exhaustive du parlementaire Ghassan Moukheiber,qui, hors de toute considération politique ou partisane, passe au crible l'(in)action de ce Parlement qu’il n’hésite pas à qualifier de fainéant.

    On ne saurait en dire autant des députés, bien évidemment, d’abord parce qu’il en est heureusement de fort estimables, qui font de leur mieux pour rendre à l’Assemblée sa dignité première. Quant aux autres, ce n’est pas précisément leur fainéantise qu’on pourrait leur reprocher mais plutôt leur inculture politique, doublée d’une fâcheuse perte de mémoire. Car ils ne manquent pas de se faire voir et entendre dans les interminables talk-shows télévisés hélas, plutôt qu’à la tribune de l’Assemblée.

    À quand un bon coup de balai plutôt que tous ces tapageurs lambris, place de l’Étoile ?

    Issa GORAIEB
    L’Orient-Le Jour
    09.04.2011

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