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    Que peut-il advenir du 14 Mars?

    Après la chute du gouvernement de Saad Hariri le 12 janvier et le passage de la coalition du 14 Mars dans le camp de l’opposition parlementaire, nous avons souhaité faire le point sur l’évolution du mouvement, sur ses faiblesses et ses manquements aussi. Le politologue Ziad Majed, ancien membre de la Gauche démocratique (cofondée par Samir Kassir, et proche du 14 Mars), revient avec nous sur les échecs et les lacunes du mouvement politique né en 2005 avec le soulèvement populaire qui demandait entre autre la fin de l’hégémonie syrienne au Liban. Il évoque également tout ce qui selon lui constitue aujourd’hui encore la force et la raison d’être du 14 Mars.

    iloubnan.info: Dès 2005, Samir Kassir et vous-même parliez de “Printemps inachevé” pour évoquer le printemps de Beyrouth. Quand on regarde les révolutions ayant cours actuellement dans le monde arabe, ces propos nous reviennent et prennent un sens supplémentaire: pourquoi, par exemple, les participants à ce soulèvement en 2005 n’ont-ils pas marché sur Baabda pour faire tomber le président Emile Lahoud, que les anti-syriens à l’époque désignaient pourtant comme un représentant de Damas?

    Ziad Majed: En dépit du succès du phénomène populaire l’intifada de mars 2005 en termes de recours à la rue et à la « cité » de centaines de milliers de personnes qui ont manifesté avec détermination, refusant les assassinats, l’hégémonie syrienne, et réclamant une deuxième indépendance libanaise, ce phénomène n’a pas réussi à parachever un changement interne accompagnant le départ forcé des troupes syriennes. Il n’est ni parvenu à renouveler la classe politique, ni à ce qu’un chantier de réformes soit mis en place, ni à ce qu’un dialogue sérieux soit lancé pour redéfinir la position et le rôle régionaux du Liban ainsi que les caractéristiques du système politique qui doit le gérer. D’où le printemps « inachevé » comme l’avait nommé Samir dans ses écrits (ou « le printemps de Beyrouth et l’Etat inachevé » comme j’avais intitulé mon livre-recueil d’articles sur les dynamiques politiques de ce moment historique de 2005).
    Je pense que les limites de l’Intifada sont dues à divers facteurs dont notamment le fait que ce soulèvement ne s’est pas suffisamment préparée face à l’exacerbation de l’enthousiasme confessionnel, lequel a été « toléré » (ou même camouflé) lors du tournant historique indépendantiste mais qui a rapidement dégénéré sous l’effet de la concurrence intercommunautaire inhérente à la nature du système politique. Cette concurrence a rendu la destitution du président de la République difficile. Elle a également rendu toute initiative citoyenne ou laïque laborieuse du fait du retour en force des puissances communautaristes et traditionnelles en vue des élections législatives de mai 2005, juste quelques semaines après la grande mobilisation populaire.

    Si l’ensemble des institutions politiques (présidence de la République, présidence du Parlement, présidence du gouvernement) avaient été “décapitées”, l’évolution du mouvement auraient-elle été différente pendant ces six dernières années?

    Les « formules » communautaires, les ambitions et illusions collectives, et le discours «conservateur» que le Liban connaît au lendemain de la fin de la tutelle syrienne illustrent la force de l’ancien système politique et sa culture consociative et confessionnelle en place (sans pour autant illustrer son efficacité dans la gestion des crises dans le pays). Un système, que les ténors de la classe politique dans les deux camps, étant en même temps leaders communautaires, souhaitaient probablement préserver.
    D’ailleurs, les alliances et résultats des élections parlementaires de mai et juin 2005 ont renforcé cette hypothèse. Ils ont rendu tout changement au niveau des « présidences » quasiment impossibles, ou du moins ils ont défendu l’idée que chaque fonction au sein des institutions constitutionnelles relève du droit communautaire, et que questionner la légitimité de son tenant semble être « une agression » envers une communauté.

    Quelles sont les principales causes qui ont “défait” ou affaibli le 14 Mars?

    Il y a des causes internes au camp du 14 Mars et d’autres externes. Pour les premières, nous pouvons citer l’absence d’un projet politique concret, la nature conservatrice de l’élite politique, l’absence de toute ambition réformatrice, et la dépendance aux politiques ambigües des « alliés » externes (l’Arabie Saoudite, la France et les Etats Unis surtout).
    Pour les secondes, il ya les assassinats ciblant des intellectuels, responsables politiques et députés du 14 mars, la contre offensive du régime de Damas soutenue par le Hezbollah et ses alliés (lui offrant une assise communautaire capable de bloquer les processus politiques institutionnels), et surtout les armes du parti de dieu permettant régulièrement des modifications dans les rapports de force, et même dans les alliances et la majorité parlementaire…

    De votre point de vue, le 14 Mars peut-il “renaître”?

    Vu les clivages internes, l’opposition d’une grande partie des Libanais aux armes du Hezbollah, la forte mobilisation à la place des Martyrs ce dimanche 13 mars, et les conséquences de l’inculpation attendue du tribunal spécial, le 14 Mars reçoit et recevra suffisamment d’oxygène pour résister au nouveau gouvernement et même pour contre attaquer politiquement, maintenant que ses composantes se trouvent dans l’opposition.
    Par ailleurs, je pense qu’un nouveau projet, basé sur les aspirations d’une grande partie de celles et ceux qui ont manifesté le 14 Mars 2005 et qui continuent à défendre le projet d’indépendance, de stabilité et du monopole Etatique des armes, mais basé également sur des réformes dépassant le confessionnalisme et le clientélisme dominant aujourd’hui doit être envisagé pour sortir de l’actuelle impasse…
    Un tel projet n’est pas dénué de difficulté ni d’obstacles de tous genres, mais il aura certainement le mérite d’être tenté, d’autant plus que la situation dans toute notre région arabe évolue, avec un vent de liberté qui souffle et une peur qui change de camp…

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