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    Beyrouth, une jungle de béton étouffante

    C’était un matin typique, j’étais bloquée dans les embouteillages, écoutant de la musique, quand j’ai reçu un appel de Nabiha. Pleurant, elle me dit : « Ils sont en train de déraciner l’arbre, l’arbre à côté de ma maison, celui que ma grand-mère a planté ; l’arbre aux oiseaux qui chantent et bercent mes journées, l’énorme arbre. Comment peuvent-ils faire cela ? »

    Nabiha habite à Koraytem, près de l’ambassade d’Arabie saoudite. Le ministère de l’Agriculture a accordé à l’entrepreneur et au propriétaire du terrain proche de sa maison, le permis de couper cet arbre entourant le nouveau gratte-ciel Koraytem Gardens. Le permis mentionne que les arbres présentent un danger pour la sécurité publique, raison pour laquelle ils doivent être arrachés.

    Mais pour Nabiha, l’arbre est synonyme de vie, de durabilité et d’équilibre. Le couper signifiait couper ses racines, son oxygène, enlever une partie d’elle. Courageuse, Nabiha a pu, grâce à ses relations, sauver l’arbre temporairement. En attendant, elle continue à se battre ardemment pour annuler le permis autorisant le déracinement de plus de 12 arbres entourant sa résidence.

    Regardons autour de nous, l’arbre de Nabiha représente chaque arbre à Beyrouth, chaque espace vert dans la ville ; l’arbre de Nabiha symbolise l’évasion quotidienne laissée à chacun de nous, loin de la folie, de la pollution et de la vie urbaine accablante. Beyrouth connaît une croissance quotidienne sans limite. Du jardin de l’Est, cette ville est devenue une masse grise de béton. Beyrouth est laide, Beyrouth est suffocante.

    L’Organisation mondiale de la santé établit une norme d’un minimum de 40 mètres carrés d’espaces verts par habitant dans une ville. Beyrouth a seulement 0,8 mètre carré. La ville dispose de six jardins publics, la plupart d’entre eux sont mal entretenus ou interdits au public.

    Les deux tiers de la forêt des Pins de Beyrouth sont fermés au public. Les jardins de Sanayeh, Sioufi, Gebran Khalil Gebran et des Jésuites sont les seuls petits espaces verts qui existent encore. L’hippodrome et le campus de l’Université américaine ne sont pas ouverts au grand public.

    Pourtant, les espaces verts compensent une partie des coûts sanitaires et environnementaux générés par la vie urbaine. Ils sont indispensables pour le bien-être physique et mental des citadins. Les arbres absorbent les polluants de l’air et du bruit, les espaces verts sont des espaces sociaux qui incitent à la méditation, les rassemblements et le repos social. Ils aident à atténuer la rugosité de l’environnement urbain et relient les habitants à la nature. Les espaces verts sont une nécessité à la survie des villes et des citadins.

    La construction est en plein essor à Beyrouth, mais elle se fait sans l’adoption d’une stratégie ou d’une planification urbaine claire et bien définie. Bien que le nouveau maire de Beyrouth ait promis une multiplication des espaces verts, nous continuons d’assister à leur dégradation au profit de la cupidité des promoteurs immobiliers. De plus, le permis autorisant à couper les arbres et à détruire les jardins est souvent facilement obtenu auprès des ministères et des municipalités, la corruption et certaines relations aidant.

    Malgré ce sombre tableau, plusieurs mesures peuvent encore être prises pour sauver la ville. Les décrets d’application du plan d’urbanisme qui ont été institués il y a plusieurs années doivent être délivrés. Un nouvel ensemble de normes de construction en milieu urbain doit être développé afin de garantir une surface suffisante d’espaces verts autour de la capitale. Les panneaux de publicité devraient laisser place aux arbres et aux plantes aux bords des routes et des autoroutes. Des toits et des balcons verts peuvent être aménagés sur les bâtiments ; ils pourraient être créés par les ménages à de faibles coûts ou par des promoteurs. L’hippodrome de Beyrouth devrait être transformé en un espace public. Il doit y avoir au minimum, quelques mètres carrés d’espaces verts et d’arbres autour des bâtiments, les jardins existants doivent être protégés et ouverts au grand public et de nouveaux espaces verts doivent être aménagés au travers de la ville.

    Nos enfants aujourd’hui sont privés de lieux publics où jouer, ce qui augmente leur temps d’exposition aux téléviseurs, aux jeux vidéo et aux ordinateurs. Les Libanais ne peuvent se rencontrer que dans les maisons, les restaurants et les cafés de narguilé. Seuls ceux qui peuvent s’offrir une maison à la montagne ou une excursion hors de la ville arrivent à accéder à l’air frais et à la nature.

    Tout cela m’amène à se demander où se trouve vraiment le danger réel pour la sécurité publique. Dans les arbres ou dans les jungles de béton ? Beyrouth perd ses poumons. Nous devons agir.

    Dalal MAWAD
    L’Orient-Le Jour
    10.03.2011

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