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    Entre libanisation et hezbollahisation

    Lorsque le Courant patriotique libre a signé le 6 février 2006 le « document d’entente » avec le Hezbollah, il a tenu à préciser avec insistance, dans un premier temps, qu’il ne s’agissait là nullement d’une alliance entre les deux formations, mais plutôt d’une sorte de déclaration de principes commune. Et pour faire avaler à l’opinion publique la couleuvre de cette démarche politiquement contre nature, certains cadres du CPL entretenaient l’illusion selon laquelle l’objectif recherché était de stimuler une « libanisation » du Hezbollah, reconnaissant ainsi implicitement l’existence d’un problème sur ce plan. Trop contents de bénéficier ainsi d’une couverture chrétienne inespérée, les dirigeants du parti pro-iranien ont rapidement qualifié leur nouvelle relation d’alliance stratégique, n’hésitant pas à mettre sur le devant de la scène le général Michel Aoun à chaque fois qu’une position tactique quelque peu délicate devait être prise par le 8 Mars.
    Emporté par la dynamique implacable enclenchée le 6 février 2006, le chef du CPL n’a pas tardé à placer ses liens avec le Hezbollah sous le label d’« alliance éternelle ». Et la politique étant indubitablement la résultante d’un rapport de force, en guise de libanisation de la formation chiite, c’est plutôt à un étrange phénomène de hezbollahisation du CPL auquel nous avons assisté. La dernière en date des manifestations de cette hezbollahisation a été la réaction du courant aouniste à l’agression caractérisée perpétrée par les miliciens du Hezbollah contre un hélicoptère de l’armée dont le pilote a été abattu. Alors que, à titre d’exemple, l’ancien Premier ministre Sélim Hoss, connu pour ses positions mitigées et prudentes, a adopté une attitude très ferme au sujet de cette attaque, le CPL a entrepris de publier un communiqué particulièrement laconique de quatre lignes, se contentant de déplorer l’incident et de réclamer timidement qu’une enquête soit menée par les autorités concernées, sans faire aucunement mention des circonstances du drame ou de ses auteurs.
    Qu’un courant qui était jadis à l’avant-garde de la mouvance souverainiste en vienne à banaliser de cette façon une agression aussi grave que celle de Sejoud, cela ne peut avoir qu’une seule explication, à savoir que ce courant est devenu l’otage, essentiellement électoral, du Hezbollah. D’autant que son chef était commandant de l’armée et que son leitmotiv était précisément la prééminence de l’État et de l’armée face à toute milice ou faction cherchant à imposer un mini-État de fait accompli dans le pays. Un tel leitmotiv n’était-il pas d’ailleurs le prétexte brandi haut et fort (surtout avec force) pour justifier les deux batailles successives menées en 1989 et 1990 ? Un leader a, certes, le droit de changer de comportement. Mais en général, il est préférable que cela se fasse dans la bonne direction et non pas à contre-courant de l’histoire…
    Il reste que bien au-delà de telles considérations d’opportunismes politiques et de calculs politiciens, l’affaire de l’hélicoptère a mis en évidence, d’une manière dramatique, le caractère chimérique du principe prôné désormais ouvertement par le général Aoun, portant sur la « complémentarité » entre l’armée et la « Résistance » (en l’occurrence le Hezbollah). Car, comme le soulignait hier en substance l’ancien député Salah Honein dans une interview à La Voix du Liban, il ne saurait y avoir de complémentarité entre une thèse et son antithèse, entre deux forces armées ayant chacune son propre projet politique, pas nécessairement convergent avec l’autre.
    Dans des cas extrêmes, une coordination bien huilée pourrait être, à la rigueur, envisageable entre des troupes gouvernementales et une forme de résistance populaire, mais à la condition que la décision de guerre et de paix soit du seul ressort de l’autorité centrale, que la chambre d’opérations militaires relève uniquement de l’armée régulière et que – plus important encore – la résistance en question soit celle de toutes les composantes nationales, et non pas celle d’un seul et unique parti. Surtout lorsque ce parti s’obstine à refuser que quiconque puisse ne fût-ce que discuter du « droit » qu’il s’est lui-même arrogé, par la force des armes, de monopoliser tout acte de résistance. Et de surcroît, cette complémentarité défendue par le général Aoun constitue une véritable insulte à l’intelligence des Libanais du fait que, de par son financement, ses racines, sa structure, son idéologie, la source de son armement, le soutien logistique, politique et matériel qu’il reçoit, le Hezbollah est organiquement tributaire, dans ses grandes décisions politiques, d’un mentor régional qui ne cache pas sa volonté de transformer le Liban en un terrain d’affrontements avec ses divers adversaires géopolitiques, occidentaux ou arabes.
    L’agression de Sejoud a ainsi illustré, dans le sang, à quel point il est illusoire de concilier la logique de l’État central, rassembleur, avec celle d’un parti armé, motivé dans son comportement, et, depuis des décennies, par un projet supranational et une raison d’État étrangère. Le lieutenant Samer Hanna aura payé de sa vie cet antagonisme incontournable entre les impératifs d’une armée nationale, seule garante de la souveraineté, et la logique, conditionnée par des paramètres régionaux, d’une faction paraétatique qui s’emploie, pas à pas, progressivement, lentement, de façon pernicieuse, à accroître l’étendue des lignes rouges et des contraintes qu’elle cherche à imposer à l’État. Car irrémédiablement, le champ de son influence ne peut être qu’inversement proportionnel à celui du pouvoir central.

    Michel TOUMA
    L’Orient-Le Jour
    01.09.2008

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