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    Opposition pleins tubes, à l’ombre de ces deux thèmes sacro-saints que sont (que redeviennent ?) l’attachement absolu au Tribunal spécial pour le Liban, ainsi que le refus total et définitif de tout armement illégal : par-delà l’hommage de rigueur au sacrifice des martyrs, par-delà l’engagement à poursuivre la lutte pour l’indépendance, la sixième commémoration du 14 Mars aura sonné aussi l’heure des bilans.

    Il en était grand temps puisque le fossé de la frustration n’avait cessé, ces dernières années, de se creuser entre les foules du 14 Mars et les chefs du rassemblement du même nom qui s’est chargé de gérer la révolution du Cèdre. À ces derniers, on reconnaîtra le mérite, fort rare dans notre pays, de s’être livrés hier avec honnêteté et courage au devoir longtemps différé de réévaluation objective. D’autocritique, autrement dit.

    Trop de temps a été perdu en effet, ces dernières années, en stériles tentatives d’accommodement avec des parties, tant locales qu’étrangères, infiniment plus habiles dans l’art de l’extorsion politique. Quant à se borner à accabler le camp adverse sans prendre conscience de ses propres erreurs, c’était vraiment trop facile. Facile en effet de dénoncer la mauvaise foi des autres, leurs fréquentes violations des engagements contractés, leurs atteintes à la sécurité de l’État et des citoyens perpétrées sous prétexte de résistance à Israël ; leurs leçons de démocratie assénées en marge de la révolution égyptienne alors qu’ils vouent eux-mêmes le plus profond mépris pour les règles démocratiques ; leurs impudentes croisades contre la corruption et le népotisme, lesquels pourtant sévissent dans leurs propres rangs. Oui, beaucoup trop facile que tout cela, facile mais totalement inopérant quand, malgré tout ce qui précède, on n’a cessé soi-même d’offrir concession sur concession.

    Relevée plus d’une fois déjà dans ces mêmes colonnes, l’une de ces erreurs les plus lourdes de conséquence aura été, pour l’ancienne majorité parlementaire, de placer son chef au tout premier rang de la confrontation en le portant à la présidence du Conseil. Venu par tragique accident à la politique, Saad Hariri, fils et successeur de la plus illustre des victimes du terrorisme, était naturellement désigné, pensait-on alors, pour veiller, à partir d’un poste de contrôle, au bon cours de la justice internationale, mais aussi pour cautionner un éventuel arrangement avec les parties suspectées d’avoir trempé dans les attentats. Ce projet de grand pardon, le jeune leader du Courant du futur en a d’ailleurs révélé l’existence dans son allocution d’hier.

    Il n’existe pas de ligne médiane entre crime et justice, entre souveraineté et tutelle, affirmait fort à propos hier le Premier ministre sortant, car en la matière, tout compromis ne peut être en réalité que compromission. Or tout aussi illusoire était le schizophrénique concept d’un Saad Hariri en quête de justice, doublé d’un autre Saad Hariri assumant, celui-là, une haute charge officielle et fatalement tenu, dès lors, par de tout autres impératifs politiques et géopolitiques. C’est ainsi qu’il en sera venu ainsi à blanchir péremptoirement la Syrie bien avant la publication du moindre acte d’accusation : cela sans la moindre contrepartie, bien au contraire…

    Enfin libre ? C’est un nouvel et précieux espace de manœuvre que retrouve un Saad Hariri qui a paru hier littéralement transfiguré, impressionnant de sereine détermination, maintenant qu’est jeté par-dessus les moulins l’étouffant corset des astreintes, contraintes et autres convenances gouvernementales. Mais sans doute la principale leçon tirée des évènements de ces dernières années, et explicitée par plus d’un des orateurs d’hier, est-elle la nécessité de redonner confiance – et espoir – à toutes ces foules anonymes, plurielles et non partisanes qui ont fait, elles, le 14 mars 2005, qui ont cru en un Liban de paix, de concorde, de justice et de souveraineté.

    Sublime en vérité était, lors de la commémoration d’hier, cet Ave Maria auquel s’ajoutait subtilement le chant du muezzin. Puisse un jour ce vibrant contrepoint libanais servir plutôt d’hymne à la vie.

    Issa GORAIEB
    L’Orient-Le Jour
    15.02.2011

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