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    Par un jour de violence ordinaire, Omar Amiralay…

    L’un des artistes les plus talentueux, et surtout l’un des esprits les plus libres du monde arabe, n’est plus.
    Omar Amiralay est décédé samedi d’une embolie, résultant semble-t-il d’une erreur médicale, cinq jours après avoir subi une intervention chirurgicale.

    Du régime syrien, il ne faudra s’attendre qu’à des gestes protocolaires d’embarras, le genre d’égard qu’un tortionnaire a parfois pour sa victime lorsqu’elle a rendu l’âme. Une représentation discrète aux funérailles, quelques mots de circonstance, et hop, le tour est joué.

    Mais Amiralay n’en voudra guère aux dirigeants de son pays, on peut le parier. Cette violence morale – dont il ne s’agit ici que de la manifestation la plus symbolique, en l’occurrence le quasi-dénigrement fait à la mémoire de ceux qui ne sont plus -, il n’a fait que la dénoncer tout au long de sa carrière, marquée par des œuvres sur Michel Seurat (Par un jour de violence ordinaire, mon ami, Michel Seurat, 1996) et Rafic Hariri (L’Homme aux semelles d’or, 1999), tous les deux emportés par la barbarie, ou des collaborations avec d’autres frères de la plume et de l’art – Samir Kassir notamment -, eux aussi traqués ou abattus comme des bêtes pour le crime le plus abject qui soit : l’amour de la liberté. Poursuivi, et jusqu’au bout : Déluge au pays du Baas, ultime acte par l’image de résistance culturelle, réalisé en 2003, et critique acerbe de la sinistre réalité syrienne, lui avait valu en 2006 une interdiction de quitter le territoire syrien, juste au moment où son film obtenait une reconnaissance internationale bien méritée.

    Amiralay est mort par un jour de violence ordinaire dans son pays d’origine, comme dans le monde arabe. Il n’aura certainement pas été le premier intellectuel, artiste ou homme politique à payer le prix de ses positions de son vivant. Et il ne sera certainement pas le dernier en tout cas, comme le prouve l’ouverture hier, devant le tribunal militaire de Damas, du procès de l’écrivain syrien Ali Abdallah, accusé de « propagation d’informations fausses ou exagérées qui pourraient affecter le moral de la nation » et d’« atteinte aux relations avec un autre pays ». Son crime : des déclarations faites de prison, concernant les relations syro-libanaises et la fraude électorale d’Ahmadinejad en 2009 à Téhéran…

    Que le génie d’Amiralay ne soit pas reconnu en Syrie n’a rien d’exceptionnel. Mais, au Liban, il ne saurait en être de même – quand bien même l’œil du Sauron syrien s’est de nouveau fixé sur le pays du Cèdre, dans une tentative supplémentaire d’annihiler les dernières fragrances du printemps de Beyrouth. Car Amiralay est l’un des valeureux signataires de la Déclaration Beyrouth-Damas/Damas-Beyrouth élaborée par un groupe d’intellectuels syriens et libanais, fin 2005, et mettant en exergue « la nécessité d’une reconnaissance syrienne définitive de l’indépendance du Liban ». Auparavant, en février 2005, il avait cosigné la Déclaration des intellectuels syriens exigeant le retrait des troupes syriennes du Liban, et réclamant l’arrêt des attaques contre les travailleurs syriens dans notre pays. Samir Kassir en avait donné lecture, place des Martyrs, réprimandant ceux parmi les jeunes manifestants qui huaient la main-d’œuvre syrienne…

    Rien que pour avoir jeté les germes d’une réconciliation véritable et historique entre Beyrouth et Damas, sur base de souveraineté, de réciprocité et de liberté, Amiralay mérite au moins un véritable coup de chapeau libanais, une place à jamais dans le cœur et la mémoire des souverainistes libanais – un petit trou moelleux, sous un cedrus libani, de préférence.
    La dignité, on l’a ou on ne l’a pas. C’est comme ça. Sur ce plan, l’histoire n’est rien qu’une gueuse sans pitié.

    P.S. : S’agissant de dignité, Michel Aoun résonne de plus en plus tristement comme une sorte de chef de secte, d’ex-gourou de la secte Aoum. Hier, à la manière d’un antihéros déchu de Marquez, il affirmait à nouveau sa volonté de créer des roses sans épines, de façonner un nouvel homme et de « réformer les journalistes », sans doute pour les ramener sur le droit chemin. Fort bien. C’est de bonne guerre. Mais tenir ce genre de propos avant son pèlerinage damascène au moins semestriel pour la Saint Bachar, c’est insulter d’un seul coup la mémoire de Kamel Mroué, Riad Taha, Sélim el-Laouzi, Michel Seurat, Samir Kassir, Gebran Tuéni – ou encore la douleur de May Chidiac et Marwan Hamadé – et tant d’autres victimes de ce « réformisme » que prône aujourd’hui Aoun…
    En voilà un, faux chantre de la liberté, qui manquera toujours du courage nécessaire pour s’incliner sur la tombe d’un Omar Amiralay.

    Michel HAJJI GEORGIOU
    L’Orient-Le Jour
    08.02.2011

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