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    Après la « révolution du jasmin », la liberté ne nous est plus étrangère

    Depuis l’expédition de Napoléon en Égypte, les peuples arabes, prenant confiance de leur retard et déchéance, ont trouvé dans les concepts occidentaux de liberté, de démocratie un espoir de réveil de leur longue léthargie. Depuis, l’histoire du monde arabe se résume à la recherche perpétuelle de ce réveil introuvable. Ainsi, la prise de conscience de leur sous-développement et de leur déclin fut d’autant plus douloureuse que pénible parce que ce déclin n’a pas toujours existé. Plus encore, cette douleur et cette impasse se feront ressentir de manière plus amère après la Nahda par l’échec des Arabes à être après avoir été. En effet, comme dit Kierkegaard, « le désespoir, c’est toujours en quelque sorte l’expérience de la limite : ce que je peux être, je ne le suis pas et ce que je suis, je ne le veux pas. » Ce sentiment de désespoir a débouché sur celui de l’impuissance et, simultanément, sur celui de victime.

    La « modernité arabe » est si creuse et superficielle que tout changement est devenu synonyme d’occidentalisation, poussant certains penseurs à soutenir que la modernité s’oppose à l’essence même des populations du monde arabe qui ne sont que des consommateurs et non des producteurs de cette modernité. Ce n’est pas un hasard donc si la région du monde arabe, plus que toute autre région du monde, renferme toutes les formes de régimes totalitaires et dictatoriaux, d’extrémismes religieux et de sous-développements économiques et sociaux.

    Alors que dans le paysage du monde arabe le passé rayonnait aux dépens de la paralysie du présent et de l’absence d’avenir, la « révolution du Jasmin » en Tunisie a montré que la société arabe est capable de produire de l’intérieur sa propre transformation, et que la dynamique du déclin n’est pas son destin.

    Le soulèvement de la population tunisienne, qui ébranla un régime mafieux telle une statue de stable pour la première fois dans un pays arabe, est aussi la première révolution du XXIe siècle. L’événement est si grandiose que le quotidien français Libération titra à la une de son numéro du 15 janvier « Hourrya » en lettres arabes et non en lettres latines. Cela veut dire que le mot « Liberté » n’est plus adéquat pour refléter l’ampleur de l’événement. Le peuple tunisien a lui-même imposé et créé en sa langue le titre de sa révolution, « Hourrya », en prouvant que la liberté ne lui est plus étrangère. Fruit d’une réclamation endogène et interne, la liberté n’est plus un concept importé, mais une soif familière, un mouvement collectif qui permet de prendre son destin en main et de pointer son regard vers un nouvel horizon.

    Cette prise de conscience, cette nouvelle expérience, aura des répercussions sur le regard des populations arabes sur elles-mêmes. L’incapacité est devenue puissance, le futur est devenu un avenir construit collectivement. Désormais, le monde arabe n’est plus condamné à choisir entre les régimes autoritaires ou les islamistes, un nouveau choix est à portée de main, il suffit juste de le ramasser.

    L’avenir ne réside plus dans le terrorisme aveugle ou les résistances romantiques, et encore moins dans les interventions étrangères, mais dans la chute du mur de la peur.

    C’est pour dire que si le peuple tunisien écrit une nouvelle page dans l’histoire de la région, sa responsabilité est immense et l’enjeu est considérable, car ce qui va se passer dépasse le sort de la Tunisie. Seul le temps éclairera les leçons à apprendre, mais ce qui est certain c’est que les dirigeants actuels dans le monde arabe vivent des nuits agitées.

    Marwan HARB
    L’Orient-Le Jour
    29.01.2011

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