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    Le spectre des petits hommes noirs

    Alors donc voilà bien un vocabulaire recyclé qui réapparaît dans nos colonnes. « Situation dangereuse », « dernière chance », rien qu’à les lire, ces mots, on en a le cœur soulevé. On se croit guéri de la guerre, mais c’est comme une longue maladie qui récidive. Les signes annonciateurs de crise, on les connaît par cœur. À tel point qu’il suffit à certains de simuler ces symptômes, en offrant par exemple le spectacle d’une promenade de santé à plusieurs dizaines, à l’aube, en noir, sur la route de l’aéroport, pour que les parents se précipitent aux portails des écoles, pressés de mettre leurs enfants à l’abri.

    Même si tout le monde n’a pas marché dans la manip, il est clair que nos émotions nous dominent, et ce n’est pas glorieux. Pas glorieux, juste humain. Nous en avons tant vu mourir pour rien. La peur parasite la mémoire. Désormais, il suffit d’une pantomime pour terrer les habitants chez eux. Plus que la peur, d’ailleurs, c’est l’irrationnel qui nous pétrifie. C’est la situation kafkaïenne dans laquelle on se trouve piégé quand une faction de la population décide de prendre l’autre en otage pour faire pression sur un tribunal auquel elle prête l’intention (rappelons qu’aucune décision officielle du TSL n’a encore été rendue publique) de l’accuser. De quoi ? D’un assassinat. Un gros. Et pour prouver son innocence, elle va sortir ses B7 des grands soirs. Voilà.

    À l’heure où la révolution des jasmins fait battre de fierté le cœur de tout Arabe en mal d’équité, il serait temps de se demander pourquoi au Liban nous n’avons jamais de revendications sociales. Nos révolutions sont systématiquement claniques. Jamais l’injustice ou la pauvreté n’ont drainé de foules dans les rues, ou alors, de façon anecdotique, pour offrir un semblant de légitimité à un camp contre l’autre. Tout va-t-il si bien au pays du Cèdre que nous n’ayons aucun sujet de plainte ? La politique a-t-elle à ce point envahi notre être que nous soyons si dociles sur des questions pourtant vitales ? Jusqu’à quand l’appartenance au groupe prendra-t-elle le pas sur l’épanouissement de l’individu ?

    Fifi ABOU DIB
    L’Orient-Le Jour
    20.01.2011

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