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    La « père-version » face à la loi

    Que nous apprend Sigmund Freud sur le travail de Daniel Bellemare?

    Au fur et à mesure que s’approche la publication de l’acte d’accusation du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), ceux qui pourraient être accusés de l’assassinat de Rafic Hariri, crime fondateur du Liban nouveau, sont en proie à l’affolement. Depuis le 16 février puis le 14 mars 2005, ces présumés coupables ont multiplié toutes les tentatives possibles pour déjouer les aboutissements du 14 Mars, TSL en premier. Tout ou presque a été perverti par eux, de la parole donnée aux accords signés, tant sur le plan national interne que sur le plan international. Mais puisque tout ou presque a été perverti, pourquoi la publication de l’acte d’accusation est-elle si dangereuse pour les présumés coupables ?

    Pour le comprendre, nous ferons le détour par la clinique psychanalytique qui nous apprend qu’il est difficile, voire impossible d’analyser un pervers. La raison principale est qu’il pervertit la loi. Sa devise « Je sais bien mais quand même » (Octave Mannoni) donne l’impression qu’il reconnaît la loi, « je sais bien » mais il la dénie en même temps « mais quand même ». Pourquoi vient-il donc à la psychanalyse en étant porteur d’une demande de soins ? Comment comprendre ce paradoxe ? Lacan eut un éclair de génie en réécrivant le mot perversion. Il a ajouté un trait d’union au mot perversion, séparant le mot père du mot version. La père-version est la version du père. La père-version est la version détournée de la loi que soutient le pervers, la loi d’un dictateur pervers.

    En gardant à l’esprit toutes les précautions qui s’imposent quand on passe d’un registre conceptuel individuel à un registre collectif, nous pouvons dire que les régimes dictatoriaux, étatiques ou organisationnels sont des régimes pervers. Ils respectent en apparence les règles de la démocratie, pour les détourner sous la table. Aucun accord n’est possible avec eux, ni verbal ni écrit. Ensuite vient un moment où, ne pouvant plus imposer leur politique par la voie de la démocratie pervertie, ils en viennent à l’élimination physique de leurs adversaires. La série des attentats qui ont visé les hommes politiques libanais depuis 35 ans en témoigne. Enfin, cela ne pouvait continuer éternellement. La série devait bien s’arrêter un jour. L’assassinat de Rafic Hariri fut l’assassinat de trop. Pourquoi ?

    Sur un plan individuel, le paradoxe du pervers signalé plus haut peut nous éclairer.

    Le pervers qui n’obéit pas à la loi tout en demandant l’aide du psychanalyste nous apprend que sa démarche est aussi un appel au père, un appel à la loi. Il sait que la loi va mettre un terme à sa perversion, mais il l’appelle quand même. Il est déchiré entre intégrer la communauté des humains en acceptant de se soumettre à la loi et à ses effets de castration, ou continuer à jouir de sa perversion en étant exclu de cette communauté. Il est déchiré entre une place dans la communauté des frères et sœurs et la poursuite d’une soumission jouissive à la version du père. De ce fait, l’analyse d’un pervers est longue, laborieuse, terrible.

    Sur un plan collectif, beaucoup seront tentés de suivre le régime ou l’organisation pervers. Fascinés par la puissance perverse et la capacité de jouissance sans limites du dictateur, ils se laissent entraîner. Beaucoup de Libanais sont tombés dans ce piège-là. Mais ils peuvent également s’en libérer, grâce à la loi. S’accrocher à la démocratie, la vraie, est la seule voie possible contre les régimes et les organisations pervers. La loi de la communauté des frères et des sœurs contre l’arbitraire d’un dictateur tout-puissant et pervers.

    Voilà la fonction du TSL.

    Les régimes et organisations dictatoriaux pervers vont le combattre jusqu’au bout, mais une fois l’acte d’accusation publié, ils seront obligés de s’y plier. Parce qu’ils pourront intégrer la communauté des frères et sœurs, moyennant une sanction, une castration de leur toute-puissance. À l’instar de ce qui s’est passé en Afrique du Sud, l’acte d’accusation peut servir comme une sanction symbolique, avant le jugement final.

    De ce fait, le TSL va contribuer à assurer le dernier pas fondateur du Liban nouveau. Le premier aura été l’assassinat de Rafic Hariri. Le second celui de la révolution du Cèdre. Le troisième pas fut la victoire unificatrice de l’armée libanaise à Nahr el-Bared.

    Il y aura donc un avant et un après l’acte d’accusation.

    Chawki AZOURI
    L’Orient-Le Jour
    17.01.2011

    One response to “La « père-version » face à la loi”

    1. Marc says:

      J’ai jamais compris pourquoi le Hezbollah voulais tuer Rafik Hariri. Ca n’a jamais était leur cause.

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