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    Culture de paix sans pacifisme

    Les guerres entre États sont presque révolues depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en raison notamment de l’émergence de l’armement sophistiqué et nucléaire. La victoire militaire est désormais tributaire autant de la célérité de la frappe que des rapports effectifs des forces. Il en découle un coût fort élevé dans les guerres interétatiques.

    On vit ainsi, surtout depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la propagation de guerres civiles, internes, par procuration, par des États régionaux dans des pays, souvent de petites nations, fragiles ou fragilisées. La durée est plus longue, avec des interférences régionales et internationales, et impossibilité d’arrêter le conflit sauf par intervention extérieure. Le règlement est tributaire de la capacité du système régional de sécurité. Ce fut notamment le cas du Liban, arène de guerres (au pluriel) dont une partie est civile, puis de l’ex-Yougoslavie, dans un système régional arabe de sécurité, et européen dans le cas de l’ex-Yougoslavie, affaibli ou inefficient.

    Au cours du traité d’Utrecht (1713) qui clôture des guerres par les religions, un diplomate dit aux Hollandais : « On signera la paix chez vous, pour vous et sans vous. » Ce fut aussi le cas au Liban de l’accord d’entente nationale, dit de Taëf (1989), qui avait été précédé par 14 accords au niveau officiel d’entente nationale, mais qui n’ont pas abouti, parce qu’il fallait désormais, en plus de l’entente interne, un consensus régional et international. Al-Akhdar al-Ibrahîmî, émissaire de l’ONU au Liban puis en Irak, avait dit aux Irakiens le 14/2/2004 : « S’il y a un pays où on ne peut imaginer qu’il puisse y avoir une guerre civile, c’est bien le Liban… » Et pourtant cela a eu lieu quand l’interne et l’externe se compénètrent.

    Idéologies renouvelées des conflits
    Nous vivons trois phénomènes relativement récents : la fin des grandes idéologies politiques de masse, les guerres par les religions, et l’extension de foyers de conflit associés au terrorisme.
    1. Les grandes idéologies politiques de masse : nazisme, fascisme, communisme… et même de grands mouvements philosophiques sont aujourd’hui remplacés par la manipulation des opinions, l’hégémonie médiatique télévisée… créant l’illusion politique. Le récepteur est souvent manipulé et dupe. On vit un simplisme idéologique de principes fondamentaux qui sont instrumentalisés.
    La fin des idéologies constitue un progrès pour la démocratie, mais le besoin de sens, surtout chez la nouvelle génération, fait que la vacuité est remplie par le simplisme, le prêt-à-penser, et l’hégémonie de l’opinion qui est le plus bas niveau de la pensée.
    2. Nous vivons des guerres par les religions, avec l’émergence d’identités individuelles et collectives, des identités meurtrières. Les marchands ont envahi les temples : il y a un judaïsme sionisé, un islam politisé, et un christianisme laïcisant et désengagé ! Pourquoi les religions ? Parce qu’elles sont non négociables et comportent une forte densité valorielle, et donc de mobilisation, surtout que plusieurs groupes parlent aujourd’hui au nom des religions.
    3. Le terrorisme international et transétatique gagne du terrain par le canal de foyers de conflit : le terrorisme est l’armement des faibles, des opprimés, mais aussi de groupes endoctrinés et d’États voyous amadoués par des démocraties apeurées et soumises au chantage. Or plus vous avez peur et plus on vous fait peur. Faut-il choisir le pacifisme de soumission en contrepartie de la sécurité ? Dans ce cas on n’aura ni la paix ni la sécurité. La paix réelle est celle du courage, et non des victimes du chantage.

    Que faire ?
    1. La culture de paix : elle n’est pas du pacifisme ni de la non-violence de paresse, mais résistance civile, courageuse et déterminée, porteuse de principes matriciels, sans soumission au chantage. Le chantage sioniste a-t-il vécu ? D’autres chantages émergent. Peut-on rêver d’un postsionisme en vue d’une paix juste et globale ?
    Une crainte sérieuse : la nouvelle génération en Occident qui n’a pas vécu l’âge militant de la démocratie et de la résistance civile est formée de rouspéteurs, consommateurs de démocratie et de droits de l’homme. Les valeurs du marché ont aussi envahi les milieux académiques, avec un recul des humanités dans l’enseignement.
    2. Faire retrouver aux religions leur âme : il faudra promouvoir l’éducation à l’engagement. Non au chantage, au non-droit, au déni de justice.
    3. La culture de la mémoire collective et partagée : nous avons besoin d’une culture d’immunité et de prévention. L’histoire est-elle une science… humaine ?
    4. ONU et justice internationale : face au terrorisme, la justice internationale est nécessaire.

    ***

    Jean-François Revel avait mis en garde l’Occident contre une politique internationale sans vision et sans courage dans son ouvrage : Comment les démocraties finissent (1983). Soljenitsyne, dissident soviétique et Prix Nobel 1970, avait dénoncé dans son discours à Harvard (8 juin 1978) « le déclin du courage » en Occident.

    Il y a aujourd’hui pire que la régression du courage : céder au chantage avec un discours pacifiste qui favorise les fanatismes, intégrismes et terrorismes et qui menace les acquis de la civilisation, d’une façon qui n’est pas moins grave que durant la Seconde Guerre mondiale.

    Antoine MESSARRA
    L’Orient-Le Jour
    19.12.2010

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