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    Un choix cornélien

    Passons sur les accusations fantaisistes qui confèrent au TSL un caractère américano-sioniste quand le Conseil de sécurité de l’ONU, dont le tribunal dépend, inclut la Russie et la Chine qu’on peut difficilement accuser d’être les instruments du complot américain qui se trame au Moyen-Orient. Il n’en demeure pas moins que ceux qui menacent la stabilité du Liban sont des alliés objectifs de l’ennemi israélien.

    L’importance du Tribunal spécial pour le Liban réside non seulement dans la recherche de la vérité, mais dans la protection du Liban en sanctionnant ceux qui chercheraient à intimider la classe politique à travers les assassinats. Protéger le Liban de ceux qui bâillonnent la volonté démocratique des Libanais est tout aussi important que de le protéger contre un ennemi extérieur. La portée politique du TSL réside dans sa capacité à interdire l’assassinat comme moyen de pression quels que soient les assassins. C’est aussi la volonté de la communauté internationale qui refuse le principe de l’assassinat pour faire avancer des objectifs politiques et considère que « cet acte terroriste et ses incidences constituent une menace pour la paix et la sécurité internationales » (résolution 1757 du Conseil de sécurité).

    Ceux qui s’opposent au TSL cherchent au contraire à imposer la logique de violence et d’intimidation, afin de préserver la capacité offensive de leur rôle politique. C’est là le fond du débat. Pour ou contre l’assassinat comme moyen politique !

    Par ailleurs, le TSL ne saurait chercher à porter préjudice à la Résistance car la qualité des accusés potentiels ne lui importe que dans la mesure où ils sont liés au crime et non par leur appartenance politique. Les informations qui ont filtré dans la presse parlent d’individus et non de partis. On veut nous faire croire que les coupables ont été choisis d’avance dans le cadre d’une sombre machination visant à renverser l’équilibre politique au Proche-Orient. Si l’assassinat de Hariri profite à Israël ( ?), comme le prétendent certains, ceux de Gebrane Tuéni, Samir Kassir et Pierre Gemayel qui y sont liés profiteraient à qui ?

    Personne ne cherche, à travers la recherche de la vérité, à exploiter l’acte d’accusation à des fins de politique interne. On sait bien que cette exploitation maladroite serait trop dangereuse pour la cohésion du pays et se retournerait aussitôt contre ceux qui, à l’avance, s’en laveraient les mains. L’acte d’accusation n’est qu’une supposition étayée par des arguments que la défense se chargera de démonter. Ce n’est pas un jugement ! Ce qu’on comprend moins en revanche, c’est la raison pour laquelle la Résistance s’est enfermée dans un dilemme cornélien en usant de surenchères politiques qui allaient crescendo. Comment pourra-t-elle défendre la patrie quand, sous prétexte de se défendre contre l’acte d’accusation du TSL, elle menace ses propres arrières, le peuple qui lui donne sa profondeur stratégique et sa légitimité ? Si défendre la Résistance contre les accusations du TSL impose la déstabilisation politique du Liban, que choisira donc le peuple libanais ? Se soumettre au chantage de la violence ou se défaire de ceux qui lui imposent ce choix ? La Résistance évitera-t-elle le piège que lui imposent ses choix politiques ou recherchera-t-elle dans le peuple et l’armée la protection de sa légitimité ? Et finalement, que dire d’une Résistance qui menace de détruire le pays, qu’elle prétend protéger de l’ennemi israélien, sous prétexte de sauvegarder sa réputation ?

    Une paralysie du pouvoir, soit par une passivité obstructive (point de gouvernement avant de décider de l’affaire des faux témoins dans le sens qui convient aux obstructionnistes), ou par des actes de violence internes qui visent à contraindre les institutions libanaises à délégitimer le TSL, détruit la légitimité de la Résistance en la coupant de sa base populaire. Les menaces de déstabilisation et de renversement des institutions que profèrent certains mouvements politiques ne sont-elles pas équivalentes aux menaces israéliennes contre le Liban, ce qui les met objectivement tous les deux dans le camp des ennemis de la paix et de la prospérité pour des raisons diamétralement opposées ? Drôle de dilemme pour les Libanais forcés de choisir entre un protecteur qui les rackette et l’ennemi israélien.

    Le peuple libanais qui a soutenu la Résistance face aux occupants saura-t-il résister à ceux qui seraient tentés par des aventures paraconstitutionnelles ou devra-t-il se plier à leur diktat pour préserver la paix et la sécurité ?

    Le mouvement populaire surgi en 2005 et mandaté par le peuple deux fois depuis vivra ou périra à l’aune de cette épreuve imposée.

    Jihad MOURACADEH
    L’Orient-Le Jour
    16.12.2010

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