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    Baroud d’honneur

    Ziyad Makhoul félicite Ziyad Baroud pour sa nomination au ministère de l’Intérieur, fait part de ses sentiments et ses espoirs, et rappelle son respect pour la personnalité de Nassib Lahoud. 

    L’exercice est périlleux : c’est un procès d’intentions à l’envers. Une façon de faire entendre que l’homme peut faire des miracles.

    Dans ce gouvernement où le pire côtoie quelques belles surprises ; dans ce gouvernement où va régner, statue du commandeur toujours, l’ombre de Nassib Lahoud ; dans ce gouvernement effectivement de tous les dangers : rien n’est aussi délétère, aussi marshmallow écœurant que ce genre d’union nationale ; dans ce gouvernement, enfin, dont la naissance signe le début de la plus frénétique, de la plus sauvage, de la plus insensée des campagnes législatives de ce pays, dans ce gouvernement uniquement né pour et uniquement destiné à s’occuper de ces élections cruciales ; dans ce gouvernement-là, il y a aussi Ziyad Baroud.

    Pas n’importe où, pas à côté : à l’Intérieur – exactement. Là où ont officié un jour des Raymond Eddé, des Kamal Joumblatt, des Bahige Takieddine, mais aussi, plus récemment, bien plus malheureusement, des Michel Murr, des Sleimane Frangié, des Élias Murr préattentat, ou des Hassan Sabeh totalement inféodés… L’Intérieur : c’est le Poudlard de tout gouvernement ; l’espace où chaque premier flic de ce pays aime à se penser comme le fils illégitime mais flamboyant de Fouché et de Harry Potter. Mi-magicien, mi-monstre, ce ministre-là, neuf fois sur dix, se pose au-dessus des lois, se pose en Loi et joue à l’oie. Aux lois. Dans l’imaginaire public, le ministre de l’Intérieur est sans doute l’homme le plus puissant du Liban. Le plus courtisé. Le plus haï. Le plus craint. Le plus fantasmé aussi : un az’ar – ce voyou sympathique qui n’a jamais entendu parler de Shakespeare ou de Céline mais qui sait haranguer ses hommes et qui sait, d’une Amara ou d’un Bnechaï zghortiote, gérer n’importe quelle opération électorale comme d’autres organiseraient un brunch en l’honneur de Haïfa Wehbé. Mais dans ce gouvernement, il y a Ziyad Baroud.

    Il aurait pu s’appeler Charbel Maroun ou Hussein Itani ou Peter Alameddine. La question est ailleurs. En nommant Ziyad Baroud à ce poste, Michel Sleiman fait son Sarkozy (Dati à la Justice ou Kouchner aux AE…) – en mieux. D’une pierre deux coups : en dynamitant l’image d’Épinal, le chef de l’État signe sa différence d’un indiscutable coup d’épée, et le brillant et très Kesrouanais juriste a tous les atouts pour faire jurisprudence. Le nouveau ministre de l’Intérieur n’a rien ou presque de ses prédécesseurs. Ni zaïm (ni fils, gendre ou cousin de…) ni zélote (c’est dire : même Fouad Boutros ou Nassib Lahoud, qu’il respecte pourtant comme rarement, n’ont réussi à le dompter). Le nouveau ministre de l’Intérieur a une immense culture. Le nouveau ministre de l’Intérieur est un érudit. Ni nerd ni geek, il saura aussi vider son verre d’arak ou de jus d’amareddine à la santé des boys dans n’importe quelle caserne des FSI. Mais surtout, Ziyad Baroud a, dans ses veines, la démocratie. Le nouveau ministre de l’Intérieur est peut-être un rebelle à tout – mais pas aux principes sacrés censés fonder et gérer une République.

    L’homme de Jeïta a ses deux travaux d’Hercule : chapeauter, assurer, organiser ces législatives qui s’annoncent d’ores et déjà historiques, cruciales, homériques, et chapeauter, assurer et (ré)organiser la sécurité au Liban. Le cadeau est très beau et le cadeau est particulièrement empoisonné. Et si Ziyad Baroud maîtrise sans doute aucun le premier de ces dossiers, s’il est clair qu’il a de quoi naviguer comme un Tabarly parmi les milliers d’écueils que tout le monde se fera un plaisir de multiplier sur sa route, rien n’est aussi sûr s’agissant du second. De la sécurité : là, les écueils se transformeront en Semtex, en Nahr el-Bared bis, en mille et un périmètres de non-droit, en infinis caprices divins.

    Se félicitant tous de la nomination de Ziyad Baroud au ministère de l’Intérieur, beaucoup, parmi ses aficionados, s’interrogeaient pourtant, se demandaient si cela ne s’est pas fait un peu trop tôt, un peu trop haut, un peu trop vite. Il aurait été parfait à la Justice, disaient certain(e)s, mais à l’Intérieur ? Il faut de l’expérience. Certes. Le pari est risqué, le pari est osé, mais cet avocat-là a tous les bagages, tous les arguments, tous les effets de manche pour relever le défi. Il le fera. À condition, naturellement, qu’il sache s’entourer. Qu’il sache surtout faire confiance à un homme qui pourrait tout lui apprendre. Un homme dont la probité et les qualités sont reconnues de tous – à commencer par ses adversaires politiques – un homme qui saura le guider : Achraf Rifi.

    L’exercice est périlleux : c’est un procès d’intentions à l’envers. Et même s’il s’avérait qu’aucun miracle n’était possible, cet amoureux du Y qu’est le nouveau ministre de l’Intérieur est une sacrée bouffée d’oxygène dans un pays tuberculeux. Mais le pouvoir corrompt, le pouvoir souille, et personne n’est à l’abri, encore moins au Liban.

    Ziyad Baroud a un an pour (se) convaincre. Et c’est très bien ainsi.

    Ziyad Makhoul

    L’Orient-Le Jour
    15 juillet 2008

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