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    Stupeur et frétillements

    Ce n’est jamais très bon signe quand ça gigote – rien de bien nécessairement mauvais non plus, mais sûrement rien de bon. Et en cette fin d’année, ça gigote de partout ; chacun a/fait la fête qu’il peut, rarement celle qu’il veut…

    Michel Sleiman gigote. Il reçoit au palais de Baabda à tout-va, mais c’est toujours en one on one (parce que, comment pourrait-il réunir deux adversaires politiques lorsqu’à l’intérieur de chaque camp les divergences se multiplient comme les petits pains…) et toujours une bouteille géante de Maalox à portée de main, indispensable s’il veut digérer ces centaines de couleuvres que ses interlocuteurs en général et les représentants du 8 Mars en particulier, qui l’attaquent frontalement un jour sur deux, se font un plaisir fou de lui faire avaler. Et dire que les Libanais étaient persuadés que l’ingestion de couleuvres était un monopole exclusivement réservé au sunnisme politique, à la famille Hariri notamment… Saad Hariri, justement, gigote pareillement. Élevant le capitale-hopping au rang d’art de gouverner, il sautille d’un chef d’État à l’autre comme Hamlet entre les quatre murs du château d’Elseneur et se retrouve réduit, de par les diktats miliciens de la minorité parlementaire, à gérer les feux de forêts, à allumer le sapin de Noël du centre-ville aux côtés d’un Santa Claus local totalement hébété, et à répéter qu’il est indispensable que se tienne enfin un Conseil des ministres.

    Michel Aoun gigote aussi, tout entier arc-bouté, quasiment plié en deux entre sa défense quotidienne et acharnée de Fayez Karam et ses tirs à boulets rouges/noirs tout aussi réguliers contre un Achraf Rifi qui en énerve décidément (bien) plus d’un, qui n’a certes rien de l’ange, mais rien non plus d’un démon (pourquoi tout le monde s’escrime à oublier Wafik Jezzini ?). Paris et Damas gigotent tout autant : cette drague tous azimuts entre la Syrie et la France prend des proportions de plus en plus risibles, comme si une pseudo-(real)politik à coups de Viagra, sous les yeux grands ouverts de la chiraquocompatible Michèle Alliot-Marie, pouvait leurrer longtemps, notamment sur les intentions jamais bonnes d’un Bachar el-Assad. Les fameux trois A gigotent eux aussi, la troïka Assiri-Ali-Abadi, ces ambassadeurs saoudien, syrien et iranien comme autant de mousquetaires désœuvrés qui se retrouvent une fois la semaine à dîner à Beyrouth, ne serait-ce que pour préserver les apparences. Le 14 Mars gigote étrangement : le voilà qui parraine un rassemblement pour la justice et la réconciliation, à l’image de ce qui a sauvé l’Afrique du Sud après la libération de Nelson Mandela et la fin de l’apartheid, une initiative plus que louable et dont l’urgence avait été ressassée pendant des mois jusque dans ces mêmes colonnes, mais qui s’avère totalement disproportionnée, voire hors sujet, lorsqu’on la jauge à l’aune de ce qu’il y a en face, de l’autocratie qu’il y a en face : c’est bien beau de vouloir combattre (ou prévenir) l’épée par la plume, mais il y a des limites…

    Parce que, naturellement, le Hezbollah gigote beaucoup. Beaucoup trop. Mohammad Raad gigote singulièrement depuis quelques jours, entre une conférence de presse carnavalesque destinée, Sélim Jreissati à l’appui, à prouver aux Libanais et aux autres qu’ils ont le QI d’une endive et la mémoire d’un banc de poissons rouges séniles, et des menaces à peine voilées, un ultimatum qui ne dit pas son nom, une dernière chance de trois ou quatre jours pour sortir de cette crise que le Hezbollah lui-même a initiée, visiblement incapable de tirer la moindre leçon de ses erreurs passées – pas la moindre.

    Tout le monde gigote, sauf les Libanais, engoncés dans cette crainte molle, moite et stérile que seules une insupportable attente et mille interrogations peuvent générer et qui vivotent au lieu de profiter comme il se doit de ces trois semaines à venir de fête(s) et de vie.

    C’est ridicule. Et rageant. À supposer que l’acte d’accusation du Tribunal spécial pour le Liban incrimine un ou plusieurs de ses membres, que pourrait encore faire le Hezbollah ? Jeter une flopée de missiles sur Israël pour faire diversion ? Envoyer ses hommes surarmés occuper toutes les institutions, déloger un Michel pour en placer un autre, aller jusqu’au bout de ce putsch qu’il met en place depuis le résultat-séisme des législatives de 2009 ? Pasdaraniser Beyrouth et les régions ? Habiller ses miliciens d’orange et annexer le Kesrouan, le Metn et la colline d’Achrafieh ?

    Transformer tous les sunnites de Beyrouth en autant d’Aung San Suu Kyi ? Penser que les druzes vont les regarder faire en buvant du matté ? S’imaginer et se convaincre que la crédibilité du parti de Dieu existe encore, ici et dans la rue arabe ?

    Quoi que le Hezb fasse, le TSL ira jusqu’au bout de sa mission et le Hezb devra assumer l’entière responsabilité de ses éventuels actes à venir, qu’il payera, nécessairement, un jour ou l’autre. Saad Hariri est peut-être prisonnier d’un choix insensé, tiraillé entre justice et sécurité, entre vérité et stabilité, mais il n’est pas le seul à devoir affronter un dilemme shakespearien : le Hezbollah aussi. Et tout autant.

    Arrêter de gigoter et comprendre qu’il y a là une occasion en or (qui ne se représentera plus : la région est en perpétuelle évolution) pour s’assurer d’heureux lendemains serait le plus beau cadeau que le Hezbollah pourrait s’offrir à la Noël.

    Ziyad MAKHOUL
    L’Orient-Le Jour
    11.12.2010

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