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    La dé-règle du jeu

    Comment a-t-on pu croire sérieusement, il y a près de deux décennies, qu’une révolution théocratique – parrainée, financée et armée par l’étranger, de surcroît – était sincèrement désireuse et capable de s’insérer harmonieusement, comme elle s’y disait prête, dans la mosaïque libanaise ? Quelle incroyable candeur a-t-elle pu faire croire qu’une milice chaque jour plus puissante, rendue maîtresse de la communauté chiite et qui en est même venue à s’ériger en État dans l’État, avait une fois pour toutes renoncé à son idéal proclamé naguère d’une république islamique bâtie sur le modèle iranien, qu’elle était mûre désormais pour se livrer honnêtement à l’action politique avec ses règles, astreintes et contraintes ? Comment l’intrusion de la poudre dans les rapports entre les idéologies diverses pouvait-elle manquer de dévoyer, de dénaturer, de vicier l’exercice déjà acrobatique de la démocratie au Liban ?

    Comme tout évènement extraordinaire, la décision du Hezbollah de prendre part aux législatives de 1992, prélude logique à sa participation au pouvoir exécutif, pouvait présager du meilleur comme du pire. C’est la même et éphémère illusion que faisait naître en 2006 le document d’entente signé avec ce parti par le Courant patriotique libre du général Michel Aoun. De là en effet où il se faisait fort de libaniser le Hezbollah, c’est au contraire le héraut de la libanité pure et dure que l’on a vu se jeter dans les bras de Damas et de Téhéran. Le meilleur, on ne l’a jamais entr’aperçu en fait, puisque le Hezbollah ne cherchait rien d’autre qu’à garder le beurre et l’argent du beurre, les armes et l’action politique, toutes deux vouées au service d’un même et peu rassurant objectif.

    De cette véritable hérésie, la conséquence la plus choquante, prévisible et même inévitable malgré les serments publics multipliés par le parti de Dieu, aura été le recours, face aux adversaires politiques, à ces armes censées servir exclusivement à la lutte contre l’ennemi israélien. Les ravages ne se comptent plus cependant au plan des institutions. Ce n’est plus ainsi l’autorité légale mais la milice qui détient la décision de paix ou de guerre. Dans le triste Liban d’aujourd’hui, on peut se prêter au jeu électoral, mais sans le moins du monde se plier au verdict des urnes, sans reconnaître au camp victorieux le statut de majorité au sein d’un Parlement, lequel, par ailleurs, s’est trouvé en chômage forcé durant plus d’un an : cela sans parler des engagements contractés dans le cadre du dialogue national et jamais tenus.

    Ce mercredi, le pays retient son souffle dans l’attente d’une session, tenue pour décisive si tant est qu’elle n’est pas une fois de plus reportée, de l’assemblage hétéroclite qui a pour nom gouvernement d’unité. Atmosphère surréelle en vérité, qui en dit long sur l’état actuel de la démocratie dans notre pays et où l’on voit évoluer, dans l’ordre :

    – Une opposition bien présente néanmoins au pouvoir, acharnée à circonvenir le Tribunal spécial pour le Liban et qui à cette fin insiste pour que soit mis au vote le transfert devant la Cour de justice de l’affaire dite des faux témoins. Et qui jure ses grands dieux (mais sans convaincre personne) qu’elle se soumettra de bonne grâce au résultat, quel qu’il soit, alors même qu’elle distille, par voie de presse, les scénarios sécuritaires les plus apocalyptiques.

    – Un bloc regroupant les fidèles du président Sleiman et du leader druze Walid Joumblatt et qui œuvre à une formule de compromis : consensus qui ne serait lui-même en réalité que le peu digne reflet d’une entente éventuelle entre les puissances régionales gérant, avec l’assentiment des forces politiques locales, la stabilité interne du Liban.

    – Last but not least, une majorité sérieusement remise en question par la défection de Joumblatt et dont le chef, le Premier ministre Saad Hariri, est déterminé à s’opposer à tout vote risquant d’être défavorable, quitte à évacuer la salle s’il y est acculé.

    De cet impitoyable bras de fer demeure désespérément absent, chez les uns comme chez les autres, le souci des besoins quotidiens du citoyen. Que peut-il advenir de ce gouvernement d’unité qui vient d’avoir un an d’existence et où l’on retrouve, comme au premier jour, tous les ingrédients de la plus parfaite désunion ? En ces temps d’incertitude, une chose est sûre : s’il est un mal, un seul, qu’un paralytique n’a plus à craindre, c’est bien la paralysie.

    Issa GORAIEB
    L’Orient-Le Jour
    10.11.2010

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