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    Nucléarisation

    Je me souviens de la crainte de Rafic Hariri de voir
    le Liban jeté dans les oubliettes de la pensée unique…
    Saad Hariri

    Quarante-deuxième semaine de 2010.

    Le pire, ce sont les brillants cadors aounistes. Ceux-là, aucun état d’âme ne les secoue plus lorsqu’ils plongent tête la première dans le plus aveugle des suivismes et les plus crétines des surenchères. Tout y est, d’un Fady Abboud, ministre du… Tourisme, qui espère que ne soit pas imposé à la résistance un nouveau 7 Mai (c’est le comble des combles), à un Nagi Gharios qui s’étonne, tout député soit-il, du viol de l’immunité du gynécée de la banlieue sud (on aura tout entendu), en passant, naturellement, par un Nabil Nicolas toujours aussi churchillien et qui croit bon de juger qu’il est du droit de Hassan Nasrallah de demander aux Libanais de ne pas coopérer avec la justice internationale, son tribunal et ses enquêteurs… Et puis Michel Aoun. Le chef du CPL ne fait plus de politique. Il a décidé désormais de se consacrer exclusivement à une seule activité : déréaliser. Chimiquement.

    Le pire est là. Parce que, finalement, le processus hier fascisant et aujourd’hui fasciste qu’a initié le Hezbollah cinq ans après l’explosion du 14 février et qu’il a fait passer depuis l’incident d’Ouzaï à une vitesse supérieurement criminelle n’a rien d’étonnant. Cela est même de bonne guerre : le parti de Dieu est persuadé à tort ou à raison qu’il figurera en bonne place dans l’acte d’accusation à venir du TSL. Les Libanais auraient pu comprendre cette paranoïa, la partager, envelopper le Hezb dans le placenta-bunker inexpugnable d’une unité nationale enfin retrouvée, attendre avec lui le texte biblicocoranique de Daniel Bellemare et, au cas où un ou plusieurs membres du parti s’avéraient coupables, aider le Hezb à s’autopurger.

    Ils auraient pu. Ils ne le pourront jamais ni ne le voudront, tellement la détermination de la formation de Hassan Nasrallah à en finir avec la formule libanaise actuelle et à dynamiter le peu qui reste de l’État libanais est goulue. Tellement elle semble irréversible.

    Encore une fois, ce n’est pas tant la communauté internationale qui espère utiliser le TSL et son acte d’accusation pour essayer de décrédibiliser le Hezbollah et le jeter au pied du mur que ce même Hezbollah qui a compris qu’il pouvait avant tout le monde profiter de l’attentat du Saint-Georges et ses conséquences pour chambouler radicalement la donne non seulement libanaise, mais aussi régionale.

    Douter jusqu’à la lie de l’acte d’accusation est une chose. Clamer sa totale innocence en se montrant totalement effrayé par le moindre indice est une chose. Se cacher derrière les femmes et les hommes travestis en femmes, comme en 2006 les canons à missiles derrière les écoles et les mosquées et les maisons, est une chose. Mentir comme un arracheur de dents en prétendant que le bureau beyrouthin du TSL n’a pas prévenu de la visite des enquêtrices à la clinique est une chose. Jouer aux gardiens de la vertu, de toutes les vertus offensées, et s’insurger aussi droit qu’une autruche qui a avalé un balai par erreur contre l’immoralité d’une justice décidée à ne pas se laisser intimider est une chose. Imposer une ségrégation très chemises brunes (ou tchadors bruns) entre les Libanais, une espèce d’apartheid relooké qui veut ligoter à tous les bûchers l’ensemble de ceux qui exigent vérité et justice est une chose. Terrifier Walid Joumblatt au point de lui faire perdre toute échelle de valeurs et l’obliger à passer pour le dernier des imbéciles est une chose. Menacer de pires discordes, de mille autres 7 Mai, d’une fitna infinie est une chose.

    Vouloir pousser la sinistre logique du clonage non plus sur l’autocratie syrienne, mais sur la wilayet el-faqih iranienne jusqu’à son climax, c’est-à-dire commencer à tout faire pour transformer le Liban en paria de la communauté internationale, en est une tout autre. Ce n’est plus un simple appel à la désobéissance civile, une invasion du centre-ville, un camping sauvage devant le Sérail dont il s’agit là, mais d’un suicide pur et simple. Après avoir demandé aux villageois du Sud de lapider la 1701 en s’en prenant aux soldats de la Finul, Hassan Nasrallah exige cette fois de tous les Libanais, dans un réflexe référendaire cannibale et absolument perdu d’avance, d’assassiner la 1757 en boycottant le TSL et en refusant de collaborer avec les enquêteurs onusiens. Dans un seul but : faire du Liban le second Iran, mais en pire (il n’y aura pas, là, d’Agence internationale de l’énergie atomique qui viendra contrôler quoi que ce soit) et, idéalement, obliger les Nations unies à voter une résolution 1929-bis, petite sœur de celle qui avait, le 9 juin dernier, enjoint aux pays de la planète d’imposer des sanctions contre Téhéran. À ce moment-là, le Hezbollah aura gagné – et les lieutenants du CPL n’auront plus que leurs yeux pour pleurer.

    Et ce constat en date du 17 septembre 1948 de Georges Naccache, ces mots qu’il a chuchotés à l’oreille de son Liban : Tu es ce pays où jamais depuis 25 ans les deux horloges officielles n’ont encore réussi à marquer la même heure.
    Plus que jamais aujourd’hui.

    Ziyad MAKHOUL
    L’Orient-Le J0ur
    30.10.2010

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