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    Puissance variable…

    À l’évidence, il y a beaucoup à dire sur la visite de Mahmoud Ahmadinejad : du message eschatologique apocalyptique travesti sous un pseudo-dialogue des civilisations et des religions, aux bravades antisraéliennes et antioccidentales, qui font parfaitement bien l’affaire de ses alliés objectifs va-t-en-guerre de l’État hébreu dans un camouflet commun aux efforts de paix régionale, en passant pas les leçons de démocratie et de justice assénées au monde arabe et à l’Occident de la part d’un chantre du totalitarisme… Sans oublier l’affront fait du début à la fin de la visite à l’État libanais, pourtant l’hôte d’Ahmadinejad, et la proclamation franche, pour la première fois, de l’État du Hezbollah dans la banlieue sud, et de son allégeance totale aux contrées persanes, aussi bien par le président iranien que par son fidèle local, Hassan Nasrallah… Qu’Ahmadinejad ait reçu l’accueil d’un demi-dieu, digne d’un Nuremberg filmé par Leni Riefenstahl, par les partisans de sa succursale libanaise n’a non plus absolument rien de surprenant. Tout cela faisait partie du terriblement – et tristement – prévisible, et le peu inspiré cavalier de l’Apocalypse n’a, encore une fois, déjoué aucun pronostic.

    Un seul paramètre est digne d’être soulevé à l’issue de cette visite : le déficit flagrant de légitimité qui a conduit Mahmoud Ahmadinejad, car c’est là le véritable objectif de la visite, à venir se refaire une santé auprès de ses hommes au Liban. Car si les partisans de l’État du Hezbollah se réjouissent d’avoir enfin reçu l’imperator tant attendu et le message qui vient enfin conforter, à l’échelle nationale, le sentiment de supériorité que leur confèrent leurs armes, il reste que son règne ne tient plus, à Téhéran, qu’à la toute-puissance de la répression policière des pasdarans et des bassidj. Dans un sens, sur le ton de la badinerie, Ahmadinejad peut désormais se réjouir d’être l’homme d’État qui possède, proportionnellement, plus de supporters au Liban que chez lui. C’est aussi ainsi, en changeant de perspective, que l’on peut décider de décrypter l’événement. Et, au final, le constat est affligeant pour les deux parties concernées : le président iranien et le Hezbollah. D’autant qu’en voulant confisquer la patrie libanaise comme il a confisqué les votes de son peuple, Ahmadinejad ne perçoit le pays du Cèdre que comme un moyen, un instrument, une plate-forme pour montrer à l’univers entier que rien, pas même des sanctions internationales ou toutes les pressions de la planète, ne peuvent stopper l’inéluctable avancée du nouvel empire mahdivi.

    Qu’Ahmadinejad se réjouisse de tout cela, d’entendre du perse à mille lieues de chez lui, d’être glorifié en leader prophétique, c’est bien normal. Bien moins heureux devraient être, en revanche, ceux qui, gonflés à bloc par l’événement, n’ont pas encore tiré les leçons ni du 8 mars 2005, ni du 7 mai 2008, et qui continuent d’ignorer, en définitive, ce qu’est le Liban : une patrie de la convivialité, de l’ouverture et de la modération, pour tous ses fils, loin de tout despotisme politico-impérial vindicatif, mal dissimulé sous un vernis ethnico-communautaire.

    Mais, allez, il faut aussi voir le bon côté des choses. Et il y en a un. Plus besoin dorénavant de s’époumoner pour le dire : la grande majorité des Libanais, sinon le monde entier, savent désormais qui tire les véritables ficelles au Liban, qui y sème le chaos… et, surtout, pour quelles raisons.

    Michel HAJJI GEORGIOU
    L’Orient-Le Jour
    16.10.2010

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