• Home
  • About Us
  • Events
  • Blogging Renewal
  • In the Media
  • Tajaddod Press Room
  • The Library
  •  

    « Monstres » en stock

    Pour le Beluga impérial, les motifs de Feraghan ou de Tabriz et les Quatrains d’Omar Khayyam, il faudra repasser un autre jour. La Perse qui vient chez nous en ces temps-ci fleure davantage l’uranium enrichi et un alliage encore plus explosif, fait d’obscurantisme religieux, d’idéologie totalitaire et d’expansionnisme politique.

    Qu’il faille, en dépit de ce constat, considérer tout chef d’État comme le bienvenu au Liban ne devrait pas faire l’ombre d’un doute. Lorsqu’on se targue d’être ouvert, il faut l’être dans toutes les directions. Ou alors on ne l’est pas.

    Et Mahmoud Ahmadinejad n’est justement pas n’importe quel chef d’État. D’un point de vue strictement libanais, le successeur de Reza Pahlavi et de Mohammad Khatami, pour ne pas remonter jusqu’à Darius, ne peut être qu’en terrain familier au Liban, tant l’histoire des deux pays a souvent convergé.

    Certes, l’actuel président iranien a peu de choses en commun avec ses prédécesseurs. Mais il n’appartient pas au Liban officiel d’afficher sa préférence pour l’un ou les autres. Tout comme il ne revient pas à l’Iran officiel de ne conter fleurette qu’à une partie des Libanais.

    Cela étant dit, on est en droit de se demander combien, au final, pèsera le volet officiel, d’un côté comme de l’autre, sur les résultats concrets de la visite du président iranien. En d’autres termes, que vaudront les mamours et les souriantes boutades échangés à Baabda face aux coups de boutoir assénés dans la banlieue sud et à Bint Jbeil ? Il n’y a pas à dire, on doit être bien entraîné à Téhéran pour mettre et ôter ses gants avec une telle célérité. Et encore, il paraît que M. Ahmadinejad s’est retenu…

    Mais passons… En réalité, l’unique temps fort de cette visite, ce n’était ni à Baabda, ni au Grand Sérail, ni chez Nabih Berry, ni même dans la banlieue sud. C’était l’instant où le président iranien s’est retrouvé à un ou deux kilomètres de la frontière israélienne. Le Liban, qui cherche tous les prétextes ces jours-ci pour figurer dans ce numéro un mondial des best-sellers puérils qu’est le Livre Guinness des Records, devrait, après le tabboulé, le hommos et, tout dernièrement, le drapeau libanais, y postuler pour un nouveau titre : ces dernières années, M. Ahmadinejad a promené de par le monde sa prophétie de « la-prochaine-disparition-de-l’entité-sioniste », mais jamais d’aussi près. C’est le Liban qui le lui a permis. Ce Liban qui, autrement, se dit être « pays-message » et souhaite, sans rire, être le « centre universel pour le dialogue des religions et des civilisations ». Mais là n’est pas l’essentiel, car jusqu’à nouvel ordre, le Liban n’est guère le pays d’un seul message, mais de deux, l’un étant la parfaite antithèse de l’autre.

    Ce qui compte réellement dans cette visite au Liban du président iranien, c’est ce qu’en feront – et en font déjà – les deux principaux intéressés, c’est-à-dire l’Iran et Israël. Et par quelque bout que l’on regarde la chose, on ne peut qu’aboutir à un unique constat : convergence !

    La machine de propagande mondiale israélienne fonctionne à plein rendement : « Le monstre est à nos portes. Aidez-nous à dire non à la paix, à construire nos colonies, à violer encore plus de terres… Et, accessoirement, sortez vos milliards… »

    La machine de propagande « arabo-islamique » iranienne n’est pas en reste, ni d’ailleurs celle de ses instruments libanais : « Arabes, vous n’êtes plus en mesure de faire face au monstre qui s’est installé sur votre terre. Vous êtes des incapables, des lâches et des traîtres. Aidez-nous à vous dominer… Et accessoirement, que vos milliards deviennent les nôtres… »

    Israël, celui-là même qui aida jadis l’Iran dans sa guerre contre l’Irak et qui, au tout début de la première intifada, en 1987, jeta un regard si bienveillant sur le berceau du Hamas, et lui donna même le biberon, parce qu’il fallait venir à bout d’une OLP désormais prête à la paix, cet Israël-là a réussi par un tour de passe-passe à persuader le monde entier qu’il est LA cible du « monstre » iranien.

    Et l’Iran, celui-là même qui, à chaque fois qu’il se manifeste, directement ou par le biais de ses chantres libanais et palestiniens, déclenche aux quatre coins de la planète encore un peu plus de sympathie pour Israël, réussira-t-il, par un tour de passe-passe, à achever de persuader les Arabes que le « monstre sioniste » est réellement SA cible ?

    La réalité, la triste réalité, c’est que, par delà la double et gigantesque supercherie, la cible, la vraie, l’unique est le monde arabe. Et les assaillants sont nombreux… Car il ne faut pas oublier le troisième larron, ou plutôt le troisième « monstre » : Ben Laden…

    N’est-ce pas parce qu’il avait fini par incarner une sorte d’anti-Ben Laden arabo-sunnite que Rafic Hariri a été assassiné ?

    Elie FAYAD
    L’Orient-Le Jour
    15.10.2010

    Leave a Reply