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    La fin d’une utopie

    Hariri pourra-t-il toujours porter ces deux casquettes: chef du gouvernement et héritier du sang?

    S’il est un point, un seul, sur lequel devraient se rejoindre toutes les fractions libanaises, même si d’aucuns répugnent à l’avouer, c’est bien l’incapacité absolue de la justice locale à gérer les grandes affaires nationales. Ainsi, divers chefs, dont deux présidents de la République, ont été assassinés dans un lointain passé sans que soient jamais publiées les conclusions d’une quelconque enquête. Le parquet eut-il seulement fait mine de bouger à l’époque, que des magistrats sourds aux menaces et pressions, car il en existe quand même, seraient probablement venus s’ajouter à la liste des victimes.

    C’est bien pour cette raison que le meurtre de Rafic Hariri et la longue série d’attentats politiques qui l’a suivi ont rendu nécessaire la mise sur pied d’un Tribunal spécial pour le Liban. De cette instance on n’attend pas forcément qu’elle débusque, puis qu’elle châtie tous ceux qui ont commandité ou exécuté de tels actes. De gros poissons pourraient sans doute réussir à passer à travers les mailles du filet en sacrifiant allègrement sous-fifres, éléments incontrôlés et autres boucs émissaires. Il reste que le tout n’est pas seulement de sanctionner, mais aussi de prévenir ; or de par sa seule existence – une véritable première dans cette partie du monde vouée à la violence politique et à l’impunité -, le TSL devrait constituer un puissant facteur de dissuasion face aux récidivistes, aux assassins de demain.

    Vœux pieux, que toutes ces attentes qu’ont en partage les Libanais épris de vérité, de justice, de normalité ? Moins sereine pourtant malgré les apparences, bourrée de contradictions malgré l’arrogante assurance qu’ils affichent, est la position des ennemis du Tribunal, qu’ils qualifient d’instrument politique aux mains des États-Unis et d’Israël. Les tares et défaillances de la justice locale, sa funeste vulnérabilité à l’intimidation comme à la séduction, ces remuants contestataires devraient être les tout premiers à les connaître. C’est pourtant cette même et très approximative justice qu’ils somment de se saisir de l’affaire des dénonciations calomnieuses qui ont entraîné l’arrestation, puis l’élargissement pour insuffisance de preuves, de quatre généraux ayant occupé des postes sensibles dans le domaine de la sécurité.

    À ces artistes de la vocifération, voici cependant qu’on vient d’assigner – sans égard pour la cohérence de leur propos, si ce n’est pour leur dignité nationale – un recours plus invraisemblable encore. Cette solution alternative, c’est en effet l’appareil judiciaire notoirement docile d’un régime étranger encore plus notoirement dictatorial. Dérisoires et même risibles au plan technique et pratique, les 33 mandats d’arrêt lancés par le parquet syrien, et qui visent pour la plupart des proches du Premier ministre Saad Hariri, sont lourds en revanche de portée politique : jolie performance en vérité, pour un pays qui ne cesse de dénoncer la prétendue politisation du Tribunal spécial.

    C’est quand les États souffrent de carence que s’imposent les tribunaux internationaux, déclarait dernièrement le ministre syrien des AE. Walid Moallem sait fort bien de quoi il parle, son gouvernement n’ayant pas peu contribué en effet au travail de sape dont est l’objet, depuis des décennies, l’État libanais. Ce qui est nouveau cependant, c’est que le moment de vérité est là, marquant la fin d’une utopie : celle qui portait Saad Hariri, pour leader de la majorité parlementaire qu’il fût, à croire qu’il pouvait porter sans problème les deux casquettes d’héritier du sang et de chef de gouvernement, tenu par définition à la raison d’État. Qu’il était capable d’assumer durablement la posture du grand écart, un pied à Damas et l’autre à La Haye. Qu’il lui était possible de jouer la Syrie contre le Hezbollah. De normaliser les rapports libano-syriens, d’établir même des rapports personnels amicaux avec le président Bachar el-Assad, tout en proclamant son indéfectible attachement à la justice internationale. De dire, comme il le faisait le mois dernier, son regret d’avoir été amené, par la faute de faux témoins, à lancer des accusations hâtives contre Damas sans se douter que ce n’était pas assez, que ce ne serait jamais assez à moins qu’il se résigne à un désaveu clair et net du TSL, qu’il rompe avec ses alliés du 14 Mars, qu’il fasse, une fois pour toutes, une croix sur un terrifiant passé.

    Mais le règne de la terreur serait-il vraiment révolu pour autant ?

    Issa GORAIEB
    L’Orient-Le Jour
    06.10.2010

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