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    Holà, Salomon !

    Michel Sleiman est ce qu’on appelle un homme avisé, prudent, qui passe pour faire bien attention où il met les pieds.

    Choisi pour succéder, à la tête de l’armée, au général Émile Lahoud devenu président, il traverse sans encombre, dans un quasi-anonymat pourrait-on même dire, cette tranche de tutelle syrienne sur le Liban. Lors du séisme de 2005, il veille admirablement au déroulement pacifique des manifestations du centre-ville de Beyrouth, organisées sous le signe de la révolution du Cèdre. Bien moins admirable cependant sera le laxisme de la troupe face aux graves atteintes à l’ordre public survenues trois ans plus tard dans la partie ouest de la capitale.

    Propulsé à son tour du QG militaire de Yarzé au palais présidentiel de Baabda, Michel Sleiman paraît aussitôt déterminé à assumer à fond son personnage de président de consensus, de rassembleur, de modérateur s’efforçant d’arrondir les angles, multipliant les rencontres autour de la table du dialogue national, ménageant la chèvre et le chou, donnant du marteau, comme on dit savoureusement chez nous, tantôt sur le sabot de la bête et tantôt sur le fer.

    Tant devant l’Assemblée générale de l’ONU que durant son actuelle visite officielle au Mexique, le chef de l’État a brillamment plaidé la cause du Liban, insistant sur l’urgente nécessité d’un règlement juste et global du conflit arabo-israélien. Il a eu la main moins heureuse hélas, dès lors qu’il a tâté de l’interview télévisée, telle celle accordée à la chaîne New TV. Quand en effet le président du Liban, de tout le Liban, entreprend de chapitrer le tribunal de La Haye, quand il l’appelle à rétablir sa crédibilité, à se garder de toute politisation, à éviter toute hâte et à ne négliger aucune piste, c’est qu’il considère que la juridiction internationale est effectivement bien malade et qu’elle ferait bien de suivre ses judicieux conseils. C’est surtout qu’il s’aligne inexplicablement, outrageusement même, sur les ennemis déclarés du tribunal, clients avérés de Damas, de Téhéran ou des deux. C’est qu’il s’oppose objectivement à l’écrasante majorité des Libanais qui voient au contraire dans le TSL un pas décisif vers l’édification de l’État de droit, de l’État tout court, loin des coups des assassins. Et qui refusent d’avoir à choisir, comme veulent les y acculer les maîtres-chanteurs, entre la justice internationale et une mensongère, et par définition précaire, stabilité.

    Quand par ailleurs le président du Liban s’en prend à la même Finul qu’il portait hier même aux nues, on croit entendre un responsable sûr de sa puissance et qui n’a que faire du providentiel écran protecteur des Nations unies. Et le président achève de heurter l’opinion quand il passe complaisamment l’éponge sur la récente razzia armée du Hezbollah sur l’aéroport de Beyrouth, quand il n’y voit qu’une certaine manière de protester contre la convocation judiciaire dont a fait l’objet le général à la retraite Jamil Sayyed …

    Sur les problèmes de l’heure, et dans la pire des hypothèses, on pouvait s’attendre du bien nommé Sleiman à quelque plat jugement à la Salomon. On a vu au contraire cet homme si soucieux pourtant de ses foulées mettre les pieds dans le plat. Et même trois fois plutôt qu’une.

    Issa GORAIEB
    L’Orient-Le Jour
    29.09.2010

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