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    Yaani, c’est fini !

    Il faudra s’y faire, la république du yaani a vécu. Yaani, c’est ce savoureux mot qui ne veut à la fois rien dire et tout dire, l’équivalent du couci-couça ou de l’à peu près, dont nous, Libanais, avons souvent tendance à abuser. Ce vocable a même été érigé en règle politique pour tenter d’arrondir les angles, dans un pays dont la magnifique nature ne parvient guère à camoufler les tranchantes aspérités. Vaille que vaille, la recette a tenu des décennies durant : un peu d’orthodoxie constitutionnelle, un minimum de consensus intercommunautaire et une bonne dose d’interventions extérieures, bien rarement désintéressées comme de bien entendu.

    Or il y a quelques années déjà que la potion magique n’opère plus. L’orthodoxie constitutionnelle ? Heureux temps où les atteintes aux textes se limitaient à ces amendements, devenus routiniers, qui autorisaient un chef de l’État à s’octroyer une rallonge de mandat ! On a fait bien mieux depuis, avec le droit de porter armes, de se doter d’un réseau de télécommunications privé, bref de se tailler un État dans l’État que s’est arrogé une milice résolument sectaire, tout cela sous couvert de résistance à l’ennemi israélien. On a vu, et on en passe, un parlement cadenassé des mois durant par son propre président, puis la mise hors la loi de la notion de majorité et de minorité parlementaires. On vient d’assister au retour triomphal au pays d’un officier à la retraite qui avait proféré dernièrement des menaces publiques contre le chef du gouvernement et des magistrats : l’attendaient pêle-mêle à sa descente d’avion, en lieu et place d’un huissier, les grosses têtes et les gros bras de la milice, évoluant comme en terrain conquis jusque sur le tarmac de l’aéroport.

    Le consensus ? On n’en est plus aux classiques rivalités et tensions entre chrétiens et musulmans, qui ont marqué, violemment parfois, le Liban du XXe siècle. C’est au rythme d’une grave cassure islamo-musulmane, entre sunnites et chiites, que vit désormais le pays ; apparu au lendemain même de l’assassinat de Rafic Hariri, ce clivage n’a cessé de s’aggraver à l’approche de la publication de l’acte d’accusation du procureur près le tribunal de La Haye. Par-delà cette affaire cependant, par-delà le conflit arabo-israélien, c’est bien l’exercice du pouvoir qui constitue l’enjeu de ce bras de fer. Et on peut parier que ce n’est pas l’actuel gouvernement dit d’unité nationale, pas plus d’ailleurs qu’un remake de l’accord de Doha, qui pourra régler durablement la question. Quoi qu’il en soit – et cela n’est certes pas fait pour rassurer -, ce phénomène de méfiance et d’animosité réciproques entre les deux grandes branches de l’islam, dont l’une a trouvé défenseur protecteur dans l’Iran des mollahs, n’est pas propre au seul Liban. Il se manifeste dans plus d’une monarchie pétrolière du Golfe où se succèdent soudain, depuis quelques jours, appels à la sédition, interdictions de rassemblement, arrestations et même déchéances de citoyenneté.

    Pour ce qui est enfin de la stabilité ménagée du dehors, elle se résume en ce moment aux peu concluants efforts d’apaisement de ce couple boiteux que forment l’Arabie saoudite et la Syrie : ici un royaume offrant concession sur concession aux dirigeants de Damas, dans le hasardeux espoir de les détacher de leur allié iranien ; et là un régime baassiste jouant imperturbablement sur divers tableaux, mais qui pourrait connaître bientôt son heure de vérité.

    Maigre consolation, il n’y a pas que l’État libanais à réinventer.

    Issa GORAIEB
    L’Orient-Le Jour
    22.09.2010

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