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    La réforme du secteur de l’énergie, une nécessité pour attirer les investissements

    Si les coupures récurrentes d’électricité sont un souci quotidien pour tous les Libanais, elles constituent aussi une occasion pour faire des affaires. Car, selon le ministère de l’Énergie et de l’Eau, les consommateurs payent environ 1,3 milliard de dollars chaque année aux producteurs privés d’électricité.
    Pour se rendre compte de l’état lamentable du secteur énergétique dans le pays, il faut savoir que cette somme équivaut à la presque totalité des investissements dépensés dans l’ensemble du secteur de l’énergie au Liban au cours des années 1992-2009 (soit quelque 1,6 milliard de dollars).

    Malgré l’existence d’un nouveau « plan électricité », certes indispensable, et la finalisation d’une loi relative au pétrole et au gaz, le Liban ne dispose toujours pas d’un cadre législatif satisfaisant pour venir à bout de ce problème endémique. Un financement supplémentaire est nécessaire pour le développement du secteur de l’énergie, qui est loin derrière ceux de l’Égypte, de la Jordanie et de la Syrie.
    Les obstacles à la réforme du secteur sont nombreux et importants.

    Le pays manque d’une véritable vision globale qui regroupe tous les secteurs de l’énergie. Un plan complet devrait examiner l’offre et la demande d’énergie, les technologies utilisées, l’investissement et la législation, et couvrirait au moins l’électricité, le pétrole, le gaz, les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique ainsi que l’utilisation de l’énergie dans le secteur des transports.
    Il faut rappeler que le plan publié par le ministère de l’Énergie et de l’Eau en juin dernier ne couvre que le secteur de l’électricité, tandis que le nouveau cadre législatif concernant le pétrole et le gaz est traité séparément. Quant à la question de la production d’électricité privée, elle n’est prise en compte par aucun cadre législatif.
    De même, le problème de l’utilisation d’une énergie propre dans les moyens de transport – une source importante de pollution dans le pays – n’est toujours pas adressé de manière satisfaisante. Demeurent absentes les lois relatives aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique, qui seraient tournées vers l’avenir et proposeraient des mécanismes de soutien appropriés.

    Les rares mesures législatives adoptées au cours des dix dernières années, et qui visent principalement la réforme du secteur de l’électricité, font face à d’importants retards d’application concrète. L’industrie est toujours dans l’attente de la création annoncée d’une autorité de régulation de l’électricité et de la restructuration du marché afin de séparer la production, le transport et la distribution d’électricité. Le projet de réforme de l’Électricité du Liban (EDL) a été reporté sine die. Les défis risquent de mettre à mal la mise en place du dernier « plan électricité » en temps voulu.
    Il est à noter que la confiance du secteur privé dans le secteur énergétique du Liban est faible. Le manque de certitude législative et réglementaire empêche la réalisation de grands projets d’investissement. Selon la dernière étude de la Banque mondiale, l’accès à l’énergie constitue un obstacle majeur pour 61 % des entreprises libanaises.

    Le pays est à la traîne de ses voisins en termes d’investissements étrangers dans le secteur de l’énergie. La Banque européenne d’investissement (BEI) a investi 3,7 milliards d’euros dans le secteur de l’énergie dans la région méditerranéenne au cours des années 2002-2009. Mais aucun investissement n’a été réalisé au Liban. Durant la même période, l’Égypte a reçu 1,67 milliard d’euros de la BEI pour son secteur énergétique, le Maroc 703 millions d’euros et la Jordanie 111 millions d’euros. La Banque mondiale a actuellement un portefeuille actif de 269,7 millions de dollars au Liban, mais 5 millions de dollars uniquement sont consacrés à son secteur énergétique.
    Plus important encore, le Liban n’est pas la cible des initiatives visant à développer les capacités des énergies renouvelables, notamment solaire et éolienne, dans la région méditerranéenne. Cela pourrait avoir des implications stratégiques négatives pour la participation du pays dans l’intégration énergétique régionale à long terme.
    De surcroît, le besoin d’investissements supplémentaires dans un secteur libanais de l’énergie en faillite est de plus en plus considérable. Selon le « plan électricité », ce secteur requiert à lui seul 4,87 milliards de dollars d’investissement au cours des cinq prochaines années afin d’atteindre la capacité de production nécessaire. De ce montant, 2,37 milliards de dollars devraient provenir des investisseurs privés et 1 milliard de dollars des donateurs internationaux.
    Pour attirer ces sommes, le gouvernement libanais devrait se fixer pour priorité immédiate la restauration de la confiance des investisseurs. Il doit d’abord définir une stratégie énergétique globale, soutenue par un consensus national. Établir ensuite un ensemble de règles claires qui régissent le secteur de l’énergie. Il doit ensuite édifier des lois pour le développement des énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, qui constituent actuellement la principale priorité des donateurs internationaux ainsi que des sociétés d’énergie actives dans la région méditerranéenne.

    L’incapacité du gouvernement à réformer le secteur de l’énergie équivaut à verser plus d’argent dans le secteur de la production d’électricité privée non réglementé. Les investissements étrangers seront détournés vers d’autres pays de la région qui jouissent d’une vision plus avant-gardiste de leur secteur de l’énergie ainsi que de leur économie.

    Katarina UHEROVA-HASBANI
    L’Orient-Le Jour
    31.08.2010

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