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    « Résistance » contre qui ?

    La télévision du Futur a, certes, repris hier ses émissions, mais il n’en demeure pas moins qu’il nous faudra très longtemps pour effacer de notre mémoire les tristes et révoltants événements de ces derniers jours.
    Face au canon, le canon de la terreur, du totalitarisme, les mots sont-ils vains ?
    Face au canon de la discorde, de la guerre de mille ans, de l’humiliation et de la honte, le verbe est-il encore de circonstance ?
    Face à la folie, à la mégalomanie, à la traîtrise, à la trahison, aux ivresses furieuses et prématurées, au bonheur fou et obscène de certains devant la souffrance des autres, que peut-on encore dire ?
    Face au silence du monde, à la lenteur et la résignation de la planète devant l’écrasement de tout un peuple, où puiser encore le courage de résister par la pensée et la culture, alors que la barbarie avance…?
    Toutes ces questions, je me les pose sans arrêt depuis trois jours. J’ai voulu m’emmurer dans mon silence, suicider ma révolte et regarder mourir mon pays et son modèle de société. J’ai voulu faire le deuil de ma muse, de mon épouse-chimère, la liberté, violée sous mes yeux, brûlée vive dans un ignoble embrasement. J’ai voulu, l’espace d’un court instant, me résigner devant la violence, renoncer à mes idéaux.
    Mais je me ressaisis. Parce qu’il faut résister.
    Je veux être la voix de ces centaines de milliers de Libanais qui veulent vivre en paix, dans un Liban désarmé et débarrassé une fois pour toutes de toutes les barbaries, de tous les totalitarismes, de toutes les guerres civiles, de toutes les milices, de toutes les armes, sauf celles d’une armée enfin respectable, enfin respectée, et surtout enfin respectueuse d’elle-même et de son rôle.
    Je veux être la voix de tous ces Libanais agressés dans leur être, dans leur amour-propre, dans leur dignité, dans l’enceinte de leur domicile, de tous ces Libanais qui ont peur aujourd’hui des combats, de la violence, de l’incivilité, de la barbarie.
    Je veux être la voix de tous ceux qui sont agressés et qui résistent parce que leur vie, leur pays, leur démocratie, leur liberté, leur société sont en jeu.
    Je veux résister, agir par la pensée, en joignant ma voix à celle de Nassir el-Assaad, rédacteur en chef libre et courageux du quotidien al-Moustaqbal, qui s’est réveillé un matin en recevant sept obus du Hezbollah sur les locaux de son quotidien où il avait été contraint de passer la nuit.
    Je veux résister en joignant ma voix à celle de Nadim el-Mounla, directeur de la chaîne satellite al-Moustaqbal, fermée sous la menace par les occupants et rouverte hier par un acte de résistance culturelle et civique.
    Je veux résister en joignant ma voix à celle de Sahar el-Khatib, qui vient de découvrir, horrifiée, que ses voisins et ses frères ont pu perdre le sens de l’humanité et basculer dans le fascisme, la haine et la violence. Sahar el-Khatib, émouvante, magistrale, parce qu’irrémédiablement libre.
    Je veux être la voix de Nadim Koteich, bloqué à Washington. Je veux dire aussi à mon ami Nadim qu’il est infiniment libre et qu’il doit être fier de son chiisme, qui n’est pas celui de la haine, mais celui de la paix, du pluralisme et du véritable Liban, celui d’Ibrahim Chamseddine, de Mohammad Hassan el-Amine, de Ali el-Amine, de Saoud el-Maoula, de Hani Fahs, de Yehia Jaber, de Ziyad Majed, d’Ahmad el-Assaad, de Habib Sadek, de Okab Sakr, de Youssef Bazzi, de Mona Fayad, de Jihad el-Zein, de Mohammad Hussein Chamseddine, parmi tant d’autres qui me donnent envie d’aimer le chiisme, de me sentir chiite autant que chrétien, et, par-dessus tout, de me sentir libanais.
    Je veux écrire pour tous les hommes politiques libres et courageux, qui résistent non seulement pour leur leadership politique, mais pour la liberté d’opinion de chaque homme, aujourd’hui assiégé et en péril ; je veux écrire pour tous les députés qui ont le revolver sur la tempe, qui ont été contraints de quitter leurs maisons.
    Au Liban, depuis quelques jours, les conditions de sauvegarde de la liberté s’effondrent. Il n’y a plus que des armes damnées, plus jamais sacrées. Mais il y a, et il y aura toujours, des hommes libres, toujours plus.
    Cela échappe aux tenants du totalitarisme, dépasse leur entendement et ils ne pourront jamais le comprendre. Ils ignorent le sens de la liberté, le goût de la liberté, la flamme de l’amour et de la liberté qui anime nos cœurs.
    Telle est la véritable origine de cette guerre menée contre nous et contre l’âme du Liban, qui restera toujours évanescente. Il faut savoir que tous ceux qui se liguent contre l’essence du Liban périssent et finissent dans les oubliettes de l’histoire.
    La liberté finit toujours par triompher, quel que soit le calibre du canon.

    * * *

    « Soldats contre qui ? » s’interrogeait il y a sept ans Samir Kassir face aux exactions de la soldatesque syrienne au Liban. Voici le temps de se demander : « Résistance contre qui ? » Contre Israël, mais contre des Libanais aussi. D’abord.

    Michel HAJJI GEORGIOU
    L’Orient-Le Jour
    14 mai 2008

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