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    « À rebours », une pause dans un mode de vie effréné

    Philosophie et environnement font bon ménage. Du moins, c’est ce que pense Habib Maalouf (membre du Renouveau Démocratique), président du Parti libanais de l’environnement et responsable de la page environnement au quotidien « al-Safir », qui vient de publier son second ouvrage sur le sujet, «À rebours» (Ila al-Wara’).

    L’Orient-Le Jour : Pourquoi ce titre, « À rebours » ?
    Habib Maalouf :
    Il faut donner plus d’un sens à ce titre. D’une part, quand on observe bien ce qui se passe, on se rend compte que, sur plus d’un plan, le monde revient en arrière en pensant progresser. D’autre part, je pense qu’il faut prendre une pause et réfléchir à la vie que nous menons, ce qui ne signifie pas d’arrêter le progrès, mais d’éviter de se diriger vers le précipice. Il y a dix ans, quand je publiais mon premier livre, Au bord du précipice, (Aala al-Haffa), j’étais conscient du danger que courait le monde. Aujourd’hui, je suis convaincu que le ravin est de plus en plus proche. Ce second ouvrage est donc un cri d’alarme qui pousse à la méditation et à la remise en cause de notre mode de vie, afin d’éviter le pire. Le progrès basé sur une idée erronée du développement devient une nuisance.

    Pourquoi cet ouvrage philosophique sur l’environnement ?
    C’est le second livre que je publie dans cette veine, d’autant plus que j’enseigne cette matière à l’université. Je dois ajouter que cet ouvrage ne porte pas simplement sur des questions d’environnement. Il s’approfondit dans la problématique du progrès. Je déplore que la science continue d’être soumise à la loi du marché et de la consommation, et que l’esprit pragmatique, fondé sur l’appât du gain, reste dominant. La philosophie est essentielle pour toutes les disciplines, elle aide à rechercher le sens de la vie.

    Mais alors que proposez-vous dans ce livre ?
    Je pense qu’il faut revenir au système de pensée qui se fondait sur la vérité elle-même, pas sur des objectifs intéressés. Le simple fait de marquer une pause pour réfléchir va freiner les actes qui nous mènent à un point de non-retour. Il faut retrouver l’importance des relations personnelles, dans un monde qui devient trop individualiste.

    N’est-ce pas une vision idéalisée du passé ?
    Mon but n’est pas de revenir au passé, mais de remettre en cause un système de pensée qui nous rend esclave d’un rythme de vie infernal et d’un désir continuel de consommation. On nous a convaincus que le bonheur consiste à consommer toujours plus. Or ce cycle de consommation nous fait vivre dans une anxiété croissante parce que le progrès et la diversité des produits disponibles sont incroyables. Or l’insatisfaction chronique est le contraire du bonheur.

    Quel est le rapport de cette réflexion avec la problématique de l’environnement ?
    Pour ne citer que quelques exemples, la hausse de la consommation entraîne une augmentation de l’utilisation de l’énergie, et son impact bien connu sur le changement climatique planétaire. Quand la consommation va croissant, la production de déchets la suit et le problème devient insoluble. Dans la recherche scientifique, des méthodes comme la manipulation génétique nous emmènent vers des lieux inconnus. On peut aussi évoquer les fléaux résultant de l’agriculture intensive.

    Pensez-vous qu’un changement dans les relations humaines entraînera un changement de la relation avec l’environnement ?
    Je le pense, parce qu’un tel changement nous rendra moins dépendant de la consommation. En d’autres termes, moins de production de déchets, moins d’usines polluantes…

    Ne craignez-vous pas d’être qualifié d’idéaliste?
    À ceux qui me diraient cela, je leur répondrais qu’il est nécessaire d’avoir des valeurs et des idéaux, sinon nous perdons nos points de repère. Cela ne signifie pas pour autant que les écologistes doivent refuser toute concession, mais je crois qu’on peut dialoguer tout en gardant ses idéaux et ses idées, et tout en restant sur ses positions. Pour moi, le véritable écologiste est celui qui considère l’autre comme son environnement et tente de le convaincre de ses idées. Voilà pourquoi quand on parle de partenariat entre les organisations écologiques et l’État ou le secteur privé, je dis qu’il faut préserver son identité. C’est malheureusement un écueil dans lequel tombent aujourd’hui plusieurs organisations qui s’allient au pouvoir et au secteur privé, en perdant leur capacité de contestation. Et les autres, ceux qui refusent de telles concessions, comme notre parti, tardent à décoller car ils n’ont pas d’appui, d’autant plus que les idées environnementales conservatrices sont généralement impopulaires et bien moins attrayantes que celles du
    développement.

    Comment proposez-vous de traduire vos idées alors ?
    À la fin de mon premier livre, je déclarais qu’il fallait attendre des catastrophes pour que les êtres humains deviennent conscients de la gravité du danger sur l’environnement. Je termine ce livre en disant qu’il faut parier sur des coïncidences qui donneraient plus d’écho à la question environnementale. En fait, il faut attendre un changement quelconque.

    Espérez-vous que ce livre lancera le débat qui vous tient tellement à cœur?
    Je n’ai pas beaucoup d’espoir parce que je crois que ces deux livres paraissent à une époque qui n’est pas la leur. Il ne serait pas plus mal que cette œuvre soit aussi destinée aux générations futures, puisque celles-ci ont des droits, notamment à un environnement propre. Pour l’instant, il me suffira de savoir que ce livre lancera le débat dans un cercle réduit et averti. Deux textes de l’ouvrage précédent ont fait l’objet de tests dans des examens officiels. Je trouve que c’est déjà très positif.

    Propos recueillis par Suzanne BAAKLINI
    L’Orient-Le Jour
    10.08.2010

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