• Home
  • About Us
  • Events
  • Blogging Renewal
  • In the Media
  • Tajaddod Press Room
  • The Library
  •  

    Quand le Liban deviendra-t-il un pays démocratique ?

    Chacun de nous s’interroge : quand donc le Liban deviendra-t-il enfin un pays démocratique avec tout ce que la signification de démocratie comporte de sens ?
    La démocratie est le pouvoir du peuple. Le peuple est à la base de tous les pouvoirs, quelle que soit la forme de démocratie qu’il choisit.
    Au Liban, le peuple n’a rien choisi puisqu’il n’a jamais été consulté par référendum. Ce sont les puissances internationales et régionales, en collaboration avec quelques personnes au pouvoir qui sont loin d’être désintéressées, qui ont choisi pour lui.

    Ce fut pour commencer le système politique issu du mandat français, puis celui issu du pacte national de 1943, puis des accords de Taëf, et finalement des accords de Doha.
    Aucune assemblée constitutive n’a été formée pour étudier une Constitution moderne évolutive et adaptée qui prenne en compte tous les aspects nouveaux caractérisant la population libanaise et son environnement. Le peuple s’est accommodé des arrangements qu’on lui a choisis et qui se sont avérés particulièrement inapplicables et meurtriers.
    Les Constitutions/arrangements n’ont « évolué » qu’à l’occasion de crises successives, parfois violentes. Comme si le peuple libanais était immature et ne pouvait pas se projeter dans l’avenir pour trouver des solutions à ses propres problèmes. À chaque fois, les nouveaux « arrangements » nés des crises constituaient une régression par rapport à ceux qu’ils remplaçaient plutôt qu’une évolution vers le meilleur.
    Les chantres du « génie » libanais ont mis cette faculté sur un piédestal, la parant de toutes les qualités d’intelligence et de débrouillardise, et ils ont omis de mentionner les guerres et les atrocités commises, surtout depuis l’indépendance. Est-ce une marque d’intelligence et de débrouillardise que de s’entre-tuer pour arriver à une Constitution boiteuse qui ne nous conduira qu’à une nouvelle Constitution boiteuse ? Sommes-nous condamnés à ne pas marcher droit ?

    Nous ne nous sommes jamais demandé s’il ne serait pas plus utile et « intelligent » de se pencher sur une modernisation de notre Constitution au début du XXIe siècle ? Il y a quand même de grands hommes de droit et des penseurs hors normes dans notre pays qui seraient capable d’élaborer une nouvelle Constitution qui devrait être soumise à un référendum populaire et dont les bases humaines seraient peut-être, pourquoi pas, les suivantes :
    – Un État laïc avec une séparation totale de la religion et de l’État et avec tout ce qui s’ensuit de lois civiles applicables à tous les citoyens sans exception, ainsi que l’interdiction formelle pour les instances religieuses de s’immiscer dans les affaires publiques, et l’institution de l’égalité de tous les citoyens en droits et devoirs.
    – La liberté pour tous d’exercer la religion de leur choix dans le respect et la dignité (en excluant par loi les sectes qui entravent la liberté de l’individu et qui l’embrigadent) et l’interdiction formelle du discours insultant ou provocateur contre l’une ou l’autre des religions sous peine de poursuites judiciaires.
    – L’extension des prestations sociales, de santé et éducatives à tous les citoyens suivant un principe d’égalité.
    – La séparation «étanche» des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire et la liberté du quatrième, «la presse», dans le respect des lois. Cette séparation sous-entend que personne, quelle que soit sa fonction, ne sera au-dessus des lois. Peut-être faudrait-il envisager l’élection des procureurs par le peuple comme cela se fait aux États-Unis, avec des garde-fous pour empêcher les abus.
    – Spécification des cas de haute trahison, dont la sanction pourrait aller jusqu’à la déchéance de la nationalité libanaise et qui comprendrait l’intelligence avec l’ennemi et avec les pays étrangers, quels qu’ils soient. Cela sous-entend que les Libanais défendent leur pays contre toute agression extérieure d’où qu’elle vienne. L’ennemi est celui qui veut mettre en danger la sécurité intérieure et/ou ses lois fondamentales et l’intégrité territoriale du Liban.
    – La politique étrangère devrait suivre le principe de la suprématie de l’intérêt du Liban sur les intérêts de tous les autres pays et que le principe de l’équidistance des relations avec les autres pays soit respecté en évitant la politique des axes. Il ne s’agit pas là d’une politique de neutralité mais d’une politique qui marie nos amitiés avec nos intérêts vitaux et nos moyens de défense avec nos ambitions d’indépendance.
    – Reconnaissance du principe pour notre pays de se doter par tous les moyens légaux d’armements modernes pour défendre sa politique et ses intérêts. Cela sous-entend l’obligation de mettre en place une loi de programmation militaire révisable périodiquement pour l’armée selon l’évolution dans le temps.
    – La défense du patrimoine historique et culturel doit aussi figurer dans la Constitution pour empêcher le pillage des richesses et pour le développement et la mise en valeur de ce patrimoine.

    Des bases essentielles à toute Constitution non confessionnelle, mais uniquement centrée sur le citoyen qui devrait être la source de tous les pouvoirs et non plus la chair à canon des usurpateurs de pouvoirs et des vampires suceurs de sang.
    Est-ce trop demander que de pouvoir se doter d’un cadre qui préserverait le Liban des soubresauts dus aux humeurs mystiques d’illuminés ?

    Joseph W. ZOGHBI
    L’Orient-Le Jour
    31.07.2010

    Leave a Reply