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    A part le nouveau logo…

    … les Libanais ont vu le 14 mars 2008 au BIEL les mêmes images, les mêmes références politiques et les mêmes personnes. La rhétorique et l’esprit général du document politique du 14 Mars sont ceux que la majorité utilise au moins depuis la fin de la guerre de juillet 2006.

    Une lecture rapide du document et les quelques extraits relayés par les médias laissent à croire que rien de nouveau ou de différent n’a été introduit par le 14 Mars. Cependant, une lecture plus attentionnée permet d’identifier au moins quatre éléments nouveaux qui n’avaient jamais été aussi clairement présents dans les positions de la coalition.

    1- Le nouvel élément politique
    Le document livre la lecture du 14 Mars de la crise politique actuelle. Celle-ci n’est pas une lutte de pouvoir. Il ne s’agit pas de partage de postes ou de sièges, encore moins de qui sera en charge de telle politique et de tel dossier. Il ne s’agit pas de lois ou de décrets. La crise oppose deux visions du Liban, toutes deux valides et défendables d’un point de vue analytique. Toutes deux sont globales et touchent tous les aspects de la vie publique. Le 14 Mars est même allé jusqu’à affirmer que la crise oppose « deux cultures ». Ce faisant, le 14 Mars s’oblige à être cohérent. La description culturelle 14-marsiste du Liban doit se refléter dorénavant dans chaque proposition, position ou action de la coalition.

    2- Les nouveaux partenaires
    En 2008, le 14 Mars s’est enfin rappelé de ce qui a fait sa force en 2005. Au moins en apparence, le 14 Mars a compris que la plupart de ceux qui ont participé aux manifestations historiques n’appartenaient à aucun parti. Le 14 Mars a réalisé que la plupart des articles dans les journaux internationaux de l’époque concernaient ces citoyens indépendants et la société civile libanaise revigorée, offrant à l’Intifada l’image la plus attirante qui soit. Le 14 Mars a enfin écouté Samir Kassir qui, en mai 2005, a demandé à ses amis de revenir à la rue pour revenir à la vérité. Bien sûr, il ne parlait pas du genre de rues qu’on a vu les 23, 25 ou 27 janvier. Samir Kassir demandait au 14 Mars d’écouter les citoyens et de se reconnecter à ceux qui lui ont donné ce qu’ils avaient de plus précieux : leur confiance.
    Les forces du 14 Mars, dans leur document, ont reconnu que le 14 Mars allait au-delà de leurs partis et qu’il comprenait les indépendants et les organisations réformistes de la société civile. Le 14 Mars est allé encore plus loin en invitant ce segment de la population à s’engager activement à l’élaboration de sa vision et de ses propositions. Pour la première fois, chaque citoyen est invité à participer à l’un des onze ateliers que le 14 Mars organise sur les différents aspects sociaux, économiques et politiques de la vie publique au Liban.

    3- Le nouveau courage
    Le meeting du BIEL a établi un autre précédent : la reconnaissance (même partielle) de certaines de ses faiblesses et des échecs qui ont jalonné le parcours du 14 Mars. La majorité a admis qu’elle a déçu. Elle a aussi courageusement affirmé que d’autres erreurs risquent toujours d’être commises. Lors du meeting, a été annoncée la création d’un mécanisme interne chargé de l’évaluation des performances et de la suggestion de mesures d’ajustement.
    La réunion qui s’est tenue au Bristol le 13 avril dernier allait dans ce sens. La notion de « deux cultures » a été contestée par plusieurs figures 14-marsistes. Des arguments de grande valeur ont été débattus. Le secrétariat général de la coalition a clairement affirmé que le document peut être revu, ajusté, amélioré. Ceci s’est par exemple traduit par le remplacement du terme « culture » par « choix intellectuels », afin d’éviter toute confusion, fortuite ou voulue, avec « identité héritée ».

    4- Les nouveaux défis
    En définissant sa vision politique/culturelle, en se liant à nouveau aux indépendants et à la société civile, en lançant un processus ouvert d’auto-évaluation et d’auto-critique, le 14 Mars se crée un nouveau risque : celui de perdre le soutien des franges les plus radicales de sa base populaire, ceux qui ne soutiennent le 14 Mars que pour des considérations confessionnelles. Les dirigeants du 14 Mars seront-ils prêts à se conformer à la vision annoncée si cela revenait à perdre un nombre de supporters ? Le nouveau message sera-t-il suffisamment fort et convaincant pour compenser cette perte éventuelle par l’attraction des indépendants ?
    C’est là le premier grand défi. Le relever serait sans doute la plus grande victoire du 14 Mars depuis le retrait syrien ; la victoire de l’« Intifada dans l’Intifada » . Chaque supporter du 14 Mars a un rôle à jouer afin que cela se produise, dans son entourage immédiat et à l’intérieur des cercles politiques. C’est à chacun de surveiller la rhétorique et l’action des dirigeants pour leur rappeler l’objectif annoncé le 14 mars 2008.
    Avoir un document écrit, une feuille de route réformiste, réduit la marge de manoeuvre du 14 Mars, au sein de l’Exécutif et des administrations. Les erreurs commises, y compris les tirs de joie, seront plus difficiles à justifier et à cacher. C’est là le second défi : la traduction de la vision par le comportement politique quotidien.

    Ces quatre éléments nouveaux en eux mêmes participent de la culture que le 14 Mars tente de promouvoir. Une culture où la participation est plus qu’un slogan. Une culture où chaque citoyen a son mot à dire. Une culture où personne, divin ou humain, ne peut imposer ses décisions ; où chacun peut commettre des erreurs. Une culture où les documents politiques sont à débattre et à ajuster et non à promouvoir et à servir de paravent.

    Enfin, comment parler des éléments nouveaux mis en valeur le 14 mars 2008 et oublier ce mur rouge, à droite, portant les noms de tous les civils qui sont tombés depuis le 1er octobre 2004 ? Pour eux, la démarche du 14 Mars se doit d’aboutir…

    Ayman Georges MHANNA
    L’Orient-Le Jour – 3 mai 2008

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