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    Nadim Salem, le parcours d’un combattant

    Il est mort comme il a vécu : en se battant. Nadim Salem nous a quittés hier, à l’aube, après avoir lutté treize mois durant contre une longue et douloureuse maladie. Il faisait partie de ces rares hommes politiques libanais pour qui les convictions et la juste cause défendue contre vents et marées doivent prévaloir sur les intérêts personnels et électoraux, même si le prix à payer est un siège parlementaire ou un confortable portefeuille ministériel. Homme de principe, conscient de ses véritables responsabilités nationales, Nadim Salem a refusé la voie de la facilité et de la soumission, mettant tout son poids dans la balance en 1998 pour défendre les intérêts de sa région, Jezzine, en s’associant à cette fin aux réunions de Mar Roukoz, contre l’avis de son chef de file Nabih Berry. Cela lui a coûté son maroquin (il était alors ministre de l’Industrie, représentant le bloc Berry) puis son siège à l’Assemblée nationale, en 2000. Mais, pour lui, le sort de la population de Jezzine, soumise injustement aux retombées de l’occupation israélienne, primait sur toute autre considération.
    Nadim Salem a débuté sa carrière politique en 1972 en tant que député grec-catholique de Jezzine, prenant ainsi le flambeau d’une grande famille politique. Son père Nicolas Salem et son oncle Youssef ont tour à tour représenté Jezzine au Parlement de 1925 à 1972.
    Lors de la conférence de Taëf, en 1989, Nadim Salem a joué un rôle actif dans l’élaboration du document d’entente nationale, qui deviendra en 1990 la nouvelle Constitution libanaise. Il a été réélu député de Jezzine sur la liste de Nabih Berry en 1992 et 1996. Ministre des Travaux publics et du Transport de 1990 à 1992, il s’est attelé à réhabiliter les principaux axes routiers du pays et rétablir ainsi les communications entre les diverses régions cloisonnées, au sortir d’une longue guerre civile dévastatrice. Il fut ensuite ministre d’État pour les Affaires du Parlement de 1995 à 1996, en tant que l’un des représentants du bloc Berry, puis ministre de l’Industrie de 1996 à 1998.
    Son divorce politique avec son chef de file, Nabih Berry, a été consommé à la suite des réunions que les responsables et notables de Jezzine ont tenues en 1998 à Mar Roukoz afin de défendre les habitants de Jezzine qui étaient la cible des attaques menées par le Hezbollah dans le contexte de l’occupation israélienne. Nadim Salem et avec lui plusieurs responsables de Jezzine déployaient alors des efforts intensifs afin d’épargner les habitants de leur région. Nabih Berry voyait d’un mauvais œil ces réunions de Mar Roukoz, mais Nadim Salem a persévéré malgré tout sur la voie qu’il s’était tracée, même aux dépens de ses intérêts électoraux et de son alliance avec Berry. Dans une interview qu’il avait accordée en août 2000 à L’Orient-Le Jour, il avait souligné que Nabih Berry « n’a pas pu supporter » son attitude lors des réunions de Mar Roukoz. Il avait eu alors des mots très durs à l’égard de son ancien allié, le qualifiant de « chef de milice ». Confirmant son attitude d’homme de principes, il avait déclaré : « Même si c’est contre mes intérêts personnels, je ne peux pas souscrire à ce qui va à l’encontre des intérêts de ma région, du Sud, ceux du Liban. » Une réflexion qui devrait faire réfléchir certains parlementaires actuels…
    Nadim Salem a été l’un des premiers hommes politiques à réagir favorablement au premier appel de l’Assemblée des évêques maronites, en septembre 2000, qui avait posé pour la première fois, et sans détour, le problème de la présence syrienne au Liban. En 2001, il rejoint le Rassemblement de Kornet Chehwane, qui reflétait la ligne de conduite nationale de Bkerké. Quelques mois plus tard, il deviendra membre du comité exécutif du mouvement du Renouveau démocratique présidé par Nassib Lahoud. Et c’est en tant que principal pôle du Renouveau démocratique qu’il participera activement à la révolution du Cèdre du printemps 2005, qui débouchera sur l’intifada de l’indépendance et le retrait de l’armée syrienne du Liban. Dans un ultime hommage, le Renouveau démocratique a mis l’accent, dans un communiqué publié hier soir, sur les nobles qualités d’homme d’État qui ont marqué le parcours politique de Nadim Salem qui s’est distingué, souligne le communiqué, par le « sens de l’honneur, l’intégrité et la modération ». Un hommage lui a également été rendu hier soir par le gouvernement et l’Assemblée nationale.
    Détenteur d’un diplôme en génie mécanique de l’Université de Bradford, en Grande-Bretagne (promotion 1960), Nadim Salem était membre de l’ordre des ingénieurs. Il était marié à Dunia Boutros et était père de trois enfants, Nicolas, Maria et Tania.

    Michel Touma
    L’Orient-Le Jour
    29 avril 2008

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