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    Étude alarmante sur le poids économique de la corruption au Liban

    Selon une étude élaborée par la Lebanese Transparency Association (LTA), en collaboration avec d’autres associations et organismes indépendants, les pratiques liées à la corruption représentent entre 1,25 et 1,5 milliard de dollars par an au Liban.

    La propagation de la corruption au sein de l’administration publique et son impact sur l’économie ont été au cœur d’une conférence organisée hier par l’Association libanaise de la transparence (LTA) en collaboration avec le Centre international pour l’entreprise privée (CIPE) et le Réseau national pour la lutte contre les pots-de-vin (LABN), relevant de la LTA. Plusieurs hommes d’affaires, dirigeants d’entreprise et activistes ont participé à cet évènement – un des premiers en son genre.
    À cette occasion, le coordinateur du réseau LABN, Fadi Saab, a souligné l’ampleur de ce fléau sournois qui ronge l’administration et nuit aussi bien à la bonne gouvernance qu’au développement économique durable, indiquant que les pratiques de corruption (pots-de-vin, dessous de table, fraude, détournements de fonds etc.) représentaient entre 1,25 et 1,5 milliard de dollars annuellement au Liban, soit une proportion variant entre 4 et 5 % du PIB.
    M. Saab a en outre insisté sur le rôle des organismes indépendants et des ONG, en l’occurrence la LTA et le LABN, dans la prévention de la corruption et de ses effets néfastes sur le plan économique. « Cette prévention est difficile et prend beaucoup de temps, spécialement dans les pays où la mentalité tolère la corruption », a-t-il toutefois avoué, mettant en parallèle l’accent sur l’impact négatif de la corruption sur les investissements au Liban.

    Au cours de cette conférence, les résultats d’une étude sur la corruption, élaborée par la société de recherche locale InfoPro et basée sur un panel de 250 entreprises libanaises, ont ainsi été présentés et commentés par le directeur du département de recherche économique à la Byblos Bank, Nassib Ghobril.
    Cette étude s’est appuyée sur plusieurs pistes d’analyse, dont notamment la situation des administrations publiques, le système judiciaire, les inspections fiscales, l’enregistrement de compagnies, la qualité des prestations publiques, les secteurs de l’électricité et de l’eau, la téléphonie fixe et l’enregistrement de terrains, à partir desquelles l’ampleur de la corruption a été évaluée.
    Le délai dans la réalisation d’un service public et l’interférence de l’argent « sale » pour accélérer le processus ont figuré dans la plupart des résultats de cette étude.
    Ainsi, selon l’enquête, près du tiers des entreprises interrogées déclarent avoir effectué des paiements supplémentaires à chaque fois qu’elles avaient besoin d’un service public. Quant aux entreprises qui ont été l’objet d’inspections fiscales, elles ont dû dans 36 % des cas payer un pot-de-vin, qui s’est élevé dans 74 % des cas à plus de 500 000 livres.

    L’étude déplore également la lenteur administrative au sein de certains secteurs, à l’instar de celui de l’électricité, dans lequel 14,4 % des particuliers ou des entreprises ayant soumis une requête d’abonnement ont dû attendre plus de 45 jours pour que leur demande aboutisse. Dans 30 % des cas, la cause de ce retard était due à l’absence de paiement de « bakchich », indique en outre l’enquête.
    Il en est de même pour l’enregistrement d’un terrain où les délais particulièrement longs (plus de 45 jours dans 37,5 % des cas) étaient liés à un chantage portant sur le paiement de pots-de-vin.
    Si, au Liban, l’ampleur du bakchich est fortement déplorable, les résultats n’en demeurent pas moins alarmants à l’échelle mondiale. En effet, selon une étude de la Banque mondiale, sur les 35 000 milliards de dollars qui représentent le poids de l’économie globale, plus de 1 000 milliards sont perdus annuellement sous forme de pots-de-vin.

    Les recommandations pour réformer les secteurs

    Pour freiner ce fléau rampant et renforcer la transparence au sein de l’administration publique, quelques recommandations sectorielles ont été apportées par des experts.
    Ainsi, selon Gina Chammas, directrice générale du cabinet de conseil Tomorrow’s Advice, la réforme du secteur de l’électricité est une nécessité, au vu des pratiques illicites qui le caractérisent. Celle-ci passe, entre autres, par une comparaison des dépenses effectives avec le budget d’origine. De plus, les différents contrats signés par l’Électricité du Liban (EDL) « devraient être publiés systématiquement dans un souci de transparence », a-t-elle ajouté.
    Concernant le secteur de la construction, Serge Yazigi, président de la société d’urbanisme Majal, a déploré la difficulté de suivre l’évolution d’une transaction immobilière à cause du manque de transparence. Il a en outre recommandé que tout nouveau projet de construction soit accompagné d’une annonce à ce sujet, ce qui permettrait aux personnes habitant à proximité de poser une éventuelle réclamation.
    Pour les recommandations en matière de taxation, l’avocat Yéhia Hakim a d’abord déploré l’évasion fiscale ainsi que les difficultés au niveau de la collecte d’impôts et le manque de statistiques pour pouvoir lutter contre la corruption. « Il est indispensable d’avoir par exemple des chiffres sur le nombre d’employés du secteur public. Or, les chiffres varient entre 200 000 et 300 000 employés dans la fonction publique, d’où la nécessité de statistiques plus fiables » a-t-il ajouté. M. Hakim a en outre déploré le faible niveau de salaires dans le secteur public, qui rend les employés de la fonction publique plus vulnérables aux pratiques de corruption, appelant à une révision de l’échelle des salaires.

    Khalil HATEM
    L’Orient-Le Jour
    08.07.2010

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