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    Le pis-aller dit de Doha doit être impérativement régulé

    L’écueil du vote au sujet des sanctions contre l’Iran a été finalement contourné par une décision de match nul entre partisans de l’abstention et du rejet. 14 voix contre 14, les deux camps se sont neutralisés. Donc pas de décision et le Liban n’a pas participé au scrutin au Conseil de sécurité. Ce qui revient à dire que, finalement, c’est l’abstention qui l’a emporté. Mais aussi, en revanche, que l’État libanais n’est toujours pas en mesure d’exprimer une volonté propre.
    Quoi qu’il en soit, si l’on rajoute la polémique sur les droits des Palestiniens qui a suivi au Parlement l’affrontement sur les sanctions en Conseil des ministres, on constate que le Liban reste exposé à des divisions redoutables entre camps farouchement opposés. Et que son avenir politique et sécuritaire danse plus que jamais sur un fil d’acier.

    Selon des sages, il devient urgent de rétablir les mécanismes constitutionnels, prévus pour protéger le pays des réactions négatives que les résultats des votes peuvent provoquer. Un retour donc à l’esprit républicain démocratique qui commande que chacun entérine la volonté de la majorité, et s’y soumette sans rechigner. Comme ne cesse de le réclamer le chef de l’État.

    La Loi fondamentale issue du pacte de Taëf énumère (art 65 C) quatorze sujets importants qui nécessitent une majorité des deux tiers du gouvernement, en cas de vote par suite d’impossibilité d’accord à l’amiable. Pour les questions ordinaires, la majorité simple des membres présents suffit, étant entendu que le quorum est des deux tiers.
    Aujourd’hui, le clivage global ambiant, mais également d’innombrables contradictions ou complications à caractère partisan ou communautaire imposent le recours à la formule dite de la démocratie consensuelle, consacrée par les accords de Doha. Une dérive qu’incarne le soi-disant gouvernement d’union nationale regroupant majoritaires et minoritaires. Nécessité fait loi, dit-on. Mais, dans tous les cas, il faut un minimum d’organisation et d’encadrement rationnel, pour prévenir un chaos destructeur. Il faut donc que les pôles du pays s’entendent sur des dispositions déterminées pour réguler le jeu, comme cela avait été fait à Taëf. Sans quoi, ces cabinets fourre-tout où l’on fait cohabiter les contraires risquent à tout moment d’imploser, avec crise de pouvoir à la clé. Ainsi, les partisans du rejet des sanctions avec l’Iran auraient pu, comme les ministres chiites du pénultième cabinet Siniora, claquer la porte pour n’avoir pu imposer leur volonté au gouvernement. Ils n’ont pas voulu aller jusque-là, l’enjeu ne concernant pas directement le Liban. Mais enfin, ils peuvent toujours démissionner, et tout disloquer, sous n’importe quel nouveau prétexte.
    Il est donc requis que les camps en présence s’accordent sur un point essentiel. À savoir, la liste des sujets qui nécessitent un vote aux deux tiers, étant entendu et clair que l’évolution impose une large extension des quatorze questions prévues dans la Constitution issue de Taëf. Ensuite, il faut fixer les limites pour savoir à partir de quel point on doit renoncer à une décision à l’amiable, afin soit de recourir au vote, soit de geler la question litigieuse.
    L’expérience a montré, et montre encore tous les jours, que même si l’inexistence de règles respectées de tous ne met pas la vie gouvernementale en danger, elle débouche sur une paralysie de la machine d’État dans son ensemble. Le blocage découlant de l’opposition entre les deux principaux camps en présence fait qu’il n’y a ni projets de base, ni réformes, ni administration active, ni prestations publiques valables dans aucun domaine.

    Le plus grave reste cependant le dangereux cafouillis que pourraient susciter de prochaines décisions à prendre. On pense, par exemple, à une éventuelle injonction du Tribunal international chargé de juger l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri, de lui livrer des suspects libanais, ou résidant au Liban…

    Emile KHOURY
    L’Orient-Le Jour
    18.06.2010

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