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    Humanisme et patriotisme, ciment de l’union civique

    Contribution de M. Misbah al-Ahdab, député de Tripoli et vice-président du Renouveau Démocratique, au hors-série annuel de L’Orient-Le Jour, paru le 26 mars 2008 et intitulé « Réinventer le Liban ».

    J’imagine un Liban uni, prospère, dynamique, ancré dans ses racines, tout en restant ouvert aux perspectives de progrès du XXIe siècle. Je vois un peuple fort, attaché à ses valeurs tout en étant réceptif aux avancées modernes. Des citoyens désireux de paix, fiers et dignes des quatre piliers de leur équilibre, à savoir : la cohésion du peuple, un rôle visionnaire des dirigeants, une bonne santé économique en harmonie avec l’environnement, ainsi qu’une profonde connaissance véhiculée par l’éducation et la culture.

    En faisant un détour par lui-même, en tant que citoyen, chacun peut se décrisper par rapport à son identité. La cohésion du peuple passe par ce détour qui permet à chacun de retrouver son propre jugement, au-delà du conditionnement politique ou religieux. A l’image du cèdre, j’imagine le peuple libanais comme une entité noble. Malgré la singularité de chacune des branches de l’arbre, elles sont toutes liées à la même racine sacrée, source de notre mémoire et de notre profonde identité. Cette mémoire nous vient du sol libanais, mais elle vient aussi de la terre, mémoire de l’espèce humaine au sens plus large. A l’instar des différentes ramifications faisant la consistance d’un arbre, c’est cette pluralité des êtres qui fait notre force en tant que Libanais. Cette diversité nous rappelle le droit à la différence, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières. Un droit qui nous pousse à honorer le libre-arbitre de chacun en tant qu’élément de l’équilibre collectif. Avant d’appartenir à tel ou tel courant politique ou religieux, c’est l’humanisme et le patriotisme qui doivent ressurgir en tant que ciment de l’intégrité identitaire et de l’union civique.

    Nous sommes à une période de l’évolution, où les dirigeants doivent être des visionnaires. J’entends par là le besoin impératif de re-créer le dialogue avec l’autre, mais aussi le dialogue avec soi-même, en surmontant nos différends et en révisant nos préjugés que nous avons acquis pendant les différentes guerres successives. On se doit de réinventer le citoyen en l’adaptant aux circonstances d’aujourd’hui.

    J’imagine des dirigeants qui privilégient la communication et la concertation, contribuant objectivement au compromis. Il faut oser aller vers des solutions, voire même des réformes qui permettent de ne pas tomber dans le piège du mauvais compromis. C’est en confrontant leurs idées que les différents partis peuvent frayer le chemin à l’innovation. Il ne s’agit pas d’encenser le peuple en lui enlevant sa capacité de discernement, mais plutôt de lui offrir des idées sur lesquelles il pourrait prendre des positions constructives, dans le dessein d’exprimer son opinion avec liberté et sécurité totale.
    Les tensions et déséquilibres entre différents acteurs politiques doivent se transformer en solidarité et force, la violence se transformer en créativité constructive, car n’oublions pas que le potentiel des Libanais est riche. Notre but principal est d’arriver à une réconciliation nationale.

    Les chefs religieux ont leur rôle à jouer, en prônant la carte de la réconciliation inter-religieuse, et ce, à commencer par les jeunes, par exemple dans le cadre d’ateliers d’activités culturelles inter-religieuses.

    Il ne faut pas négliger le rôle des médias qui doivent accomplir leur mission d’information. Leur responsabilité est de refléter tout ce qu’il y a de positif dans la pluralité des opinions, de mettre l’accent sur toutes les ébauches d’entente aussi minimes soient-elles, en évitant toute dramatisation des faits qui plongent le peuple dans un esprit de revanche. Il faut aller au-delà des événements catastrophiques qui font la répétition de l’histoire, pour se focaliser sur les points positifs qui ouvrent la voie à des solutions du futur.

    J’imagine une économie stable, où l’égalité des chances reste le thème majeur. Chaque citoyen est acteur du développement économique. Il faut lui redonner le plaisir de l’activité et le goût du succès. Il contribuera en retour à une revitalisation de la force active, à une amélioration du niveau de vie et à une meilleure productivité. Je vois un Liban ouvert sur des partenariats étrangers, un partenariat avec l’Union européenne et tout ce qu’il présente comme opportunités, et cela avec la soif et la motivation de développer son savoir faire pour arriver au sommet de la pointe technologique.

    Le rôle actif de la femme est à encourager. Elle a une place indispensable au sein de l’économie. Il faut lui accorder la considération qu’elle mérite, en valorisant ses qualités complémentaires à celles de l’homme pour une synergie bénéfique au développement économique.

    En vue d’un développement solide et sain, la conscience de notre environnement est un autre aspect à ne pas perdre de vue. Il est impératif de placer nos efforts dans une attitude civique respectant la nature, ainsi que dans l’adaptation de l’économie à notre environnement. A l’heure où toutes les grandes puissances investissent dans la recherche de nouvelles technologies environnementales, il faut se rappeler la richesse de la nature libanaise. C’est notre devoir de respecter et de protéger ce que la terre nous donne de plus sacré : notre espace vital. C’est de cet espace que dépendra dans un futur très proche le bien être et l’équilibre de chaque Libanais, ainsi que la ruée touristique, de plus en plus importante, vers les sites préservés, faisant du Liban une principale attraction touristique et culturelle.

    Enfin, tous nos efforts doivent particulièrement se pencher sur l’éducation et la culture, autre point clé de la civilisation. L’enseignement est la plus grande « arme » que l’on peut offrir à chaque Libanais. Au XXIe siècle, elle ne doit plus être considérée comme un luxe mais plutôt comme un dû envers chaque enfant. La jeunesse est la sève d’une nation. On lui doit un enseignement éthique qui prône le respect de l’autre et lui offre un passeport pour un futur confortable. Dès le plus jeune âge, il faut une ouverture sur le monde à travers des activités d’échanges culturels nationaux et internationaux. La communication est un art qui doit se développer dès le plus jeune âge. Pour cela, il faut stimuler la curiosité des jeunes, les initier à la notion du travail-plaisir pour un faire plus tard d’excellents chercheurs qui dirigent leur attention et leur énergie à des fins constructives, élevant le niveau du pays. L’épanouissement, c’est être capable de trouver les lois du bonheur en soi. Pour cela, il faut un accompagnement précoce qui aide les jeunes à trouver ces lois d’équilibre en eux, pour un faire de futurs citoyens solides et dynamiques, capables de transmettre à leur tour le savoir qu’on leur a confié.

    Au niveau artistique, beaucoup de Libanais à travers le monde ont déjà prouvé le pouvoir créateur du peuple libanais. Il faut continuer sur leur pas en nous donnant les moyens de promouvoir de plus en plus de talents.

    Il est nécessaire de redonner à chaque citoyen la liberté d’expression, le pouvoir et la disponibilité de plonger dans ses propres ressources afin d’en ressortir avec du matériel profond et créateur, rayonnant l’expression de sa singularité.

    Je suis persuadé qu’avec un remaniement en profondeur, une confiance dans nos ressources et l’audace de dépasser nos préjugés, on peut réinventer le Liban moderne où chaque Libanais marcherait d’un pas renforcé par ses racines, tout en levant sa tête vers les plus hautes sphères de l’évolution.

    Misbah al-Ahdab
    Vice-président du Renouveau Démocratique

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