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    La psychologie, un moyen original d’approcher les enjeux politiques du Liban

    Dans un pays qui a connu de douloureuses expériences comme le Liban, chaque citoyen porte sans doute des séquelles psychologiques plus ou moins graves liées aux différents événements qui ont secoué le pays. Sandra Noujeim publie dans L’Orient-Le Jour un article qui rend compte de la liaison entre les problèmes du pays et l’état psychologique des Libanais

    Pour IDRAAC, les individus présentent un tempérament vivace, même s’ils sont exposés aux traumatismes de la guerre

    La psychologie, un moyen original d’approcher les enjeux politiques du Liban

    L’intérêt porté sur la psychologie des Libanais est limité. Pourtant, les répercussions de l’insécurité politique et économique sur l’état d’esprit de la population ne peuvent être négligées. Plus encore, elles seraient l’origine d’éventuels troubles psychologiques. En fait, ces perturbations, graves ou minimes, sont rarement déclarées, étant perçues comme tabous par certains, ignorées par d’autres, ou simplement jugées sans importance par rapport aux enjeux actuels de la société. Face à cela, des institutions sont nées dans la perspective de cerner l’évolution psychosociale des individus, afin d’en évaluer l’importance réelle, d’en étudier les causes, et d’établir enfin des directives visant à en atténuer les malaises.

    Dans ce cadre, l’Institut pour le Développement de la Recherche Appliquée en Clinique (IDRAAC) a organisé, le mardi 11 mars 2008 à l’hôtel Sofitel-Le Gabriel, une conférence exposant les développements récents sur la réalité de la santé mentale au Liban, à la lumière des diverses études menées par l’institut.

    Fondé en 1982 par son actuel directeur exécutif Dr. Elie Karam, IDRAAC a pour objet de conduire et de promouvoir la recherche dans le domaine psychologique à l’échelle nationale, en collaboration avec le Département de Psychiatrie et de Psychologie Clinique à l’Hôpital Saint Georges, et d’autres centres médicaux, universitaires et humanitaires, locaux et internationaux.

    Après la projection d’un film présentatif de IDRAAC, Dr. John Fayyad, pédopsychiatre et Mme Caroline Tabet, psychologue ont expliqué la méthode et les résultats de l’étude entreprise par IDRAAC sur les besoins psychosociaux des enfants et adolescents du Sud et de la banlieue Sud de Beyrouth après la guerre de Juillet 2006. Les données regroupées 8 mois après la fin des hostilités ont révélé l’existence effective de pareils besoins chez les mineurs (de 3 à 18 ans) de cette région : les rapports de 27.3% des enseignants sollicités ont affirmé que les élèves âgés de 8 à 11 ans ont souffert de troubles importants dans leur capacité de concentration, leur motivation et leur humeur. De même, 15.4% des adolescents risquent de souffrir à des degrés différents de symptômes post-traumatiques en rapport avec la guerre. Il faut savoir que même avant la guerre, 2.5% des jeunes dans les régions étudiées présentent le risque de connaître un malaise psychologique. Dr. Fayyad a cité les sources essentielles susceptibles de déclencher un tel malaise : une exposition (de près ou de loin) à des événements de guerre, des problèmes scolaires significatifs, des difficultés dans les rapports familiaux, un sentiment d’insécurité continu par rapport à la situation actuelle du pays. En contrepartie, cette étude révèle une quasi-inexistence de services et de ressources psychologiques dans les régions concernées.

    Mais 75 % des adolescents semblent avoir trouvé dans la prière le meilleur moyen d’adaptation à la situation de guerre. Une série de recommandations (couvrant les relations parent-enfant, enseignant-élève) inspirées des résultats de cette étude empirique a été communiquée aux ministères et organisations concernés.

    Dr. Karam a ensuite exposé l’étude LEBANON (Lebanese Evaluation of the Burden of Aliments and Needs Of the Nation), menée dans le contexte du projet de « La santé mentale mondiale » lancé en collaboration avec la faculté de médecine de l’université de Harvard et l’Organisation Mondiale de la Santé et avec le soutien du ministère de la Santé libanais. Il s’agit d’une investigation exhaustive à l’échelle de tout le Liban (une telle recherche n’ayant été parallèlement menée que dans 27 autres pays, tous non arabes), une enquête précise et délicate portée sur les maladies mentales, les troubles psychiatriques ainsi que les maladies physiques chroniques de la population. Les données recueillies ont été décrites par Dr. Karam comme une référence précieuse pour toute étude éventuelle dans le domaine et un recueil unique d’informations à considérer pour le lancement de nouvelles campagnes de sensibilisation. En effet, « pour déclencher le changement, nous avons besoin d’opinions et de preuves soutenant ces opinions (…) et c’est dans cette collecte d’informations que joue la solidarité entre libanais », a déclaré Dr. Karam.

    L’allocution de Mlle Mariana Salamoun, membre de l’équipe de recherche à IDRAAC, a décrit les tempéraments qui prévalent chez les libanais: 19.6% seraient hyperthymiques (en état constant de dynamisme, de vivacité et de productivité; caractéristique des leaders) et 18.7 % auraient un tempérament anxieux. Le tempérament couvre la dimension émotionnelle de l’individu, par distinction avec l’intelligence (en rapport avec la capacité cognitive) et le caractère (la manière de réagir et de percevoir les éléments). Cette étude lie la nature du tempérament dominant de l’individu à sa prédisposition aux troubles psychologiques.

    Enfin, Dr. Aimée Karam, psychologue clinicienne, a évoqué le rôle que la « thérapie cognitive » est susceptible de remplir dans le dénouement des négociations politiques et diplomatiques. Il s’agit d’une thérapie qui explore les éléments psychologiques des négociateurs pouvant expliquer leur mésentente, dans un effort de les résoudre. C’est précisément sur 6 protagonistes éminents du dialogue national, représentatifs de 4 différents groupements politiques libanais, que Dr. Karam a pu dégager « les principales causes de la rupture du dialogue interlibanais » : entre autres, la dépendance des parties sur différentes influences externes, l’aspiration de quelques parties à diriger seules le pays, les divergences de croyances et de convictions (certains sont passionnés, aspirant à des valeurs unifiées, d’autres, plus pragmatiques, tentent de mettre en commun les intérêts respectifs des parties en jeu).

    La psychologie semble ainsi un moyen original d’approcher les enjeux politiques du pays. Une solution capable d’atténuer la crise ? En tout cas, on aura tout essayé…

    Sandra Noujeim

    L’Orient-Le Jour, 19 mars 2008

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