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    Électricité : une illustration des coûts gigantesques du blocage politique

    L’été approche à grands pas et la perspective d’un nouveau régime de rationnement draconien du courant n’a rien de réjouissant pour les Libanais. L’un des engagements du gouvernement d’union nationale consistait à lancer rapidement la construction de nouvelles capacités de production (600 MW) pour combler le déficit grandissant entre l’offre et la demande. À ce jour, le dossier de l’électricité n’a pas avancé d’un pas en raison des divergences politiques, notamment sur les moyens de financer cet investissement. Ce dossier est l’un des plus révélateurs du coût gigantesque de la paralysie politique pour le pays tout entier.

    Paralysé par des considérations étroites et par la règle du consensus, le pouvoir exécutif est incapable de trancher dans des dossiers complexes impliquant des réflexions stratégiques à moyen et long terme. La situation ne peut plus durer. Car ne rien faire revient très cher : sur le plan financier certes, mais aussi sur le plan social, environnemental et économique.

    Le coût le plus évident est celui mis en lumière par le ministère des Finances, qui a récemment décidé de publier un rapport mensuel sur l’évolution des transferts du Trésor à Électricité du Liban. Ces transferts qui servent majoritairement à financer les achats de combustibles ont totalisé 1 498 millions de dollars en 2009. C’est 20 % des dépenses publiques hors service de la dette et 4,3 % du PIB ! À ce chiffre exorbitant s’ajoutent une série de coûts inquantifiables : les sommes dépensées par les ménages mais surtout les entreprises pour assurer leur approvisionnement en courant à travers l’achat de générateurs ou l’abonnement à des « moteurs » de quartier ; les effets polluants de ces centres de production particuliers qui fonctionnent au mazout ; la pollution occasionnée aussi par la vétusté des équipements d’EDL, je pense en particulier à Zouk et Jiyé…

    Le diagnostic des problèmes du secteur de l’électricité est connu. Rien ne sert de le ressasser : sous-capacité de production, pertes techniques liées à la vétusté des réseaux de transmission et de distribution, vols, mauvaise gestion de l’entreprise publique en charge, pénurie de ressources humaines qualifiées tant au sein d’EDL qu’au ministère de l’Énergie, etc.

    Les solutions sont tout aussi connues : construire de nouvelles centrales ; résoudre le problème d’approvisionnement en gaz du Liban ; parachever le réseau de transmission, en réglant notamment la question de la zone de Mansourieh ; optimiser la distribution ; impliquer le secteur privé ; encourager les énergies renouvelables, qu’il s’agisse de solaire, d’éolien ou d’hydraulique…

    Il me semble que la mise en œuvre de la politique énergétique doit répondre à quelques principes de base :
    1) L’accès à l’électricité est un droit élémentaire au XXIe siècle. Vingt ans après la fin de la guerre du Liban, il est inadmissible que l’État n’assure pas encore ce service, 24 heures sur 24, à ses citoyens.
    2) Si la fourniture d’électricité est un service universel, dû à tous, l’État n’est pas forcément le mieux à même de l’assurer. Le recours à des partenariats avec le secteur privé est une nécessité. Les formules possibles de privatisation sont légion et rien n’interdit des montages financiers permettant de réduire le coût des capitaux nécessaires, à travers la signature de l’État.
    3) La définition des options technologiques pour les prochaines décennies doit certes dépendre de critères classiques de coûts et de rentabilité, mais elle doit aussi prendre en compte des considérations géopolitiques, sachant que le Liban n’est pas lui-même producteur d’hydrocarbures (en attendant la confirmation éventuelle de la présence de gisements dans ses eaux territoriales). Je pense en particulier à la nécessité d’assurer la sécurité des approvisionnements et donc d’en diversifier la provenance.
    4) L’électricité n’est pas seulement une consommation finale, mais aussi une consommation intermédiaire qui représente un élément de la compétitivité des entreprises libanaises, notamment industrielles. La définition d’une stratégie sectorielle se doit de prendre en compte cet aspect, d’autant plus que le Liban est en concurrence directe avec des pays producteurs d’hydrocarbures pour lesquels ce poste de coût est faible. Il s’agit de réfléchir en matière de tarifs, certes, mais aussi d’envisager la construction de réseaux gaziers à destination des industriels.
    5) Les considérations écologiques sont peut-être un luxe dans un pays en voie de développement. J’estime cependant qu’elles sont une nécessité dans un pays tel que le Liban, dont l’environnement naturel a tant souffert. Exploiter intelligemment l’eau et le soleil, voire les vents ne devrait pas être l’apanage des pays riches. D’autant que ces ressources sont disponibles en abondance sur notre petit territoire.
    6) Enfin, la rationalisation des modes de consommation d’électricité est indissociable du chantier d’augmentation de la production. Que ce soit au niveau des techniques de construction ou à celui des équipements des particuliers, des entreprises ou des établissements publics, il est temps d’acquérir des réflexes d’économie d’énergie.

    Face à la gravité de la situation et au coût gigantesque de l’immobilisme, je ne peux que joindre ma voix à tous ceux qui appellent le ministre concerné et le gouvernement tout entier à passer enfin à l’acte.

    Robert FADEL
    L’Orient-Le Jour
    08.04.2010 

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