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    Négationnisme

    L’une des plus subtiles formes de la guerre qui nous est faite consiste à dire – et à nous faire croire – que nous n’existons pas, que nous n’avons pas d’histoire. Après avoir tenté de nous annexer, Bachar el-Assad prétend, avec la même désinvolture, réécrire notre histoire. À l’en croire, entre 2005 et 2009, rien de bien important ne s’est passé au Liban et pour le Liban.

    C’est d’abord au 14 Mars, à un moment fondateur de notre histoire récente au cours duquel le Liban a pris consistance dans la conscience de centaines de milliers de Libanais, que le président syrien s’en prend. Il s’agit là, ni plus ni moins, d’une forme de négationnisme. Les années 2005-2009 ont été des années d’intenses combats pour notre indépendance politique. Ce sont des années exaltantes et tragiques où nous avons vu disparaître, dans des attentats ciblés, certains des porte-étendards de notre seconde indépendance. Ce sont également des années d’efforts intenses pour faire advenir le tribunal international, qu’on cherche à discréditer en en faisant un « bazar ».

    Nous parlons d’indépendance politique, sachant que c’est la seule que nous recherchons. En effet, ce n’est ni l’indépendance culturelle, ni l’indépendance économique que recherche le Liban. L’interdépendance économique du Liban et de son environnement géographique et humain saute aux yeux. Nous ne pouvons pas plus nous priver de nos côtes que de notre hinterland. Nous sommes, de par notre emplacement géographique, des courtiers, un pays de transit, un pays économiquement dépendant de voies de communications transnationales.
    Culturellement, nous sommes un pays de rencontre, un carrefour, un « point d’intersection ». Au demeurant, il y aurait quelque chose d’absurde à croire qu’on peut – ou qu’on doit – être indépendant culturellement. Dans un monde en pleine mutation technologique, économique, politique et culturelle, il faut plus que jamais, comme on dit, « penser global et agir local ».
    Mais cela ne signifie en aucun cas que nous n’avons pas une histoire politique indépendante de celle de la Syrie ou de tout autre État. Malgré ses liens culturels et familiaux, le Liban est distinct de la Syrie. Il ne se construit pas contre la Syrie, mais s’en distingue nettement : deux volontés de vivre distinctes s’y expriment. Historiquement, le Liban a toujours été le fruit d’une volonté interne des Libanais de vivre ensemble, dans leurs diversités religieuses, unis par une même volonté de liberté et d’autonomie. Le point faible du modèle de « l’alliance des minorités » qui guide l’action du général Michel Aoun, c’est qu’il va à l’encontre de la constante historique à l’origine du Liban et en exclut une composante.

    Que des erreurs aient été commises dans notre combat, qui le nierait ? À nous d’en tirer les leçons : bien sûr, l’alliance avec les néoconservateurs était compromettante ; bien sûr, en 2006, on a – certains du moins – secrètement souhaité qu’Israël vienne à bout des armes du Hezbollah ; bien sûr, on a jeté des hommes en prison sur la base d’accusations politiques et de dossiers fabriqués de toutes pièces ; bien sûr, il s’agit de perfidies qui ont vicié notre cause. Bien sûr, tout cela exige réparation. Mais réparation ne signifie en aucun cas reniement.

    C’est subtil. L’un des terrains où se livre ce combat pour l’indépendance est notre mémoire et cette volonté de vivre en commun. Et chez les Libanais, ce terrain est encore friable. Nous avons la mémoire courte, alors que l’histoire se déroule aussi bien sur le temps court que sur le temps long. En somme, après les attentats, et en complément de ceux-ci, on attente à notre mémoire. Et le plus grand crime que commettent les transfuges, c’est ce crime contre notre mémoire. Et la leur.

    Fady NOUN
    L’Orient-Le Jour
    06.04.2010

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