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    Le président syrien se dédit sans vergogne au sujet de Chebaa

     

    Un événement : dans son intervention sur la chaîne du Hezbollah, Bachar el-Assad a fait état, pour la première fois, de prétentions syriennes sur Chebaa. Prié d’expliquer les raisons pour lesquelles la Syrie s’abstient de communiquer à l’ONU les pièces permettant l’homologation de Chebaa comme territoire libanais, il a répondu : « Parce qu’on ne peut délivrer un document que l’on ne détient pas. On ne peut en disposer, en effet, qu’après avoir accompli les procédures juridiques établissant les titres de propriété des possesseurs de biens fonciers. Donc, il faut déterminer qui leur a octroyé ces avoirs, la Syrie ou le Liban, et à quelles dates, avant ou après l’indépendance. Ensuite, il faudra effectuer un relevé typographique circonstancié, pour mettre un terme au problème. Mais il est illogique que nous prodiguions le document demandé pour des raisons politiques. »
    Ces propos rétractent, et contredisent, les assurances syriennes antérieures, exprimées maintes fois devant les autorités libanaises, notamment devant les présidents Sleiman, Hariri et Siniora. Les dirigeants syriens, notamment le président Assad et son ministre des Affaires étrangères, Walid Moallem, répétaient à satiété que « les fermes de Chebaa sont bien libanaises ». Pour indiquer qu’une fois que l’occupant israélien se serait retiré, le tracé frontalier permettant l’attribution des hameaux au Liban serait effectué sans faute. Bachar el-Assad précisait que tant que les terres restaient occupées, il n’était pas matériellement possible de procéder au relevé typographique nécessaire.

    L’ambiguïté de la précédente position syrienne était alimentée par le fait patent que, contrairement au Liban, à la France et à l’Angleterre, la Syrie n’avait communiqué aux services qualifiés de l’ONU aucun des documents d’archives que son cadastre détient sur la question. En fait, le revirement de Bachar el-Assad était déjà inscrit dans un commentaire de son père, Hafez el-Assad, pour qui le volet de Chebaa comporte deux aspects distincts, l’un politique et l’autre juridique.
    Finalement, s’il y a quitus syrien c’est en faveur d’Israël, et contre le Liban mais aussi contre la légalité internationale. Car, pour commencer, la position nouvelle du président syrien signifie qu’en violation de la 1701, son pays n’effectuerait de tracé de ses frontières avec le Liban qu’en excluant Chebaa. Ensuite que la Syrie n’est pas disposée à contribuer à l’homologation de la libanité de Chebaa pour permettre à l’ONU d’appliquer sa solution : une fois l’enclave occupée placée sous le régime de la 425, et non plus de la 242 concernant le Golan, Israël serait obligé de s’en retirer. Le domaine passerait, pour une période transitoire, sous autorité onusienne, pour être ensuite restitué au Liban.
    En réalité, l’imbroglio initial est imputable autant aux débordements envahisseurs d’Israël qu’au Conseil de sécurité lui-même. En effet, c’est pour s’emparer plus facilement du plateau du Golan, en 1967, que l’État hébreu avait investi Chebaa, et non en 1978 quand il avait occupé le Sud-Liban jusqu’au Litani. À partir de là, comme Terjé Roëd-Larsen le souligne dans ses rapports réguliers, « le Conseil de sécurité a classé les fermes de Chebaa comme terres syriennes occupées. Personne, parmi ceux qui servent la loi internationale et observent les résolutions du Conseil de sécurité, ne peut affirmer autre chose ».
    Walid Moallem avait répondu à l’émissaire spécial du secrétaire général de l’ONU, pour lui lancer : « Établissez donc la libanité de ces fermes à l’ONU, si vous êtes soucieux du Liban et si vous voulez promouvoir le dialogue libano-libanais. Faites-nous la grâce d’en retirer Israël. Après quoi, il n’y aura pas de problème. Chebaa sera déclarée libanaise ou syrienne. Actuellement, elle n’est ni l’une ni l’autre, car elle est occupée par Israël. Si M. Roëd-Larsen veut vraiment le bien du Liban, le meilleur service qu’il puisse lui rendre serait de porter Israël à évacuer le territoire. À ce moment, je le répète, il n’y aurait plus de problème. Pour notre part, nous sommes en effet avec tout ce que les Libanais conviendraient entre eux, à condition que l’entente soit sérieuse… »
    Si on détaille ces propos, on trouve qu’il y a là à boire et à manger. Tantôt Moallem indique que la détermination de l’appartenance de Chebaa ne se ferait qu’après le retrait israélien, tantôt il promet de rendre l’enclave aux Libanais, pour peu qu’ils s’entendent sur ce point et l’on ne voit pas pourquoi ils ne le feraient pas. Par contre, le même Moallem a clairement affirmé en 2009 au coordinateur onusien pour le Liban, Michael Williams, qui en témoigne, que Chebaa est sans aucun doute libanaise. Acceptant même, selon le diplomate, que le Conseil de sécurité soit informé de cette position syrienne, bousculée et même rayée maintenant par Bachar el-Assad. Alors que, selon Michaël, la question de Chebaa avait été réglée entre le Liban en deux temps, en 1946 puis en 1963 et en 1964. L’émissaire précise que, sans doute à cause de la guerre, certains documents d’archives libanais ont disparu, tandis que la Syrie n’accepte toujours pas de communiquer ses copies.

    Emile KHOURY
    L’Orient-Le Jour
    01.04.2010

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